Etat de siège à Brest -1870-1873-1944

La loi du 9 août 1849* concernant l'état de siège, soit la remise de l'autorité de l'Etat aux mains des militaires avec droits de police à toute heure du jour et de la nuit est mise en application lors de la guerre de 1870 (19 juillet 1870 - 28 janvier 1871) contre la Prusse déclenchée par la France et qui fut une défaite meurtrière pour l'armée française. Une défaite qui entraîna la chute de Napoléon III.

En ce qui concerne Brest et d'autres ports stratégiques, le décret du 19 août 1870 instaure l'état de siège qui peut se comprendre dans une ville hautement militarisée bien que le front de l'Est soit bien loin. Le gouvernement de Défense nationale installé le 4 septembre 1870 prônant une guerre à outrance, guidé par Léon Gambetta, s'illusionne encore et dans la toute nouvelle opposition hautement conservatrice, impérialiste, légitimiste, bourbonnienne, l'état de siège est une garantie de stabilité et d'autorité sur un pays sous convulsions sociales qui aboutira aux communes dans les grandes villes, dont la commune de Paris, la plus connue… L'administration impériale est imprégnée d'autoritarisme d'autant que l'empereur qui vient de tomber en était le promoteur.

"Les Prussiens. — La Compagnie de l'Est a reçu l'ordre de préparer soixante- dix trains pour le transport des troupes allemandes en Allemagne. C'est un premier allégement au fardeau de l'occupation. L'importance du fait est considérable."
L'Electeur du Finistère 6 juin 1871.

L'occupation prussienne, partielle, du pays recule au fil du paiement de la dette de guerre de la France... La paix humiliante est en cours. Les situations de guerre ne sont cependant plus. Le docteur Charles François Auguste Salaün-Penquer qui n'est autre que le maire républicain de Brest (1871-1880), durant des mois, intercède par courriers auprès de l'administration d'Etat pour que soit levé l'état de siège toujours en vigueur en 1873. Il n'obtient aucun résultat et s'en étonne. L'édile fait un voyage personnel à Versailles le 19 mars 1873 pour rencontrer cette administration rétive qui se satisfait de la contrainte pour faciliter les reprises en main sanglantes si nécessaire. Le maire est alors considéré comme un héros parmi les républicains de gauche. L'imbrication de la vie militaire et de la vie civile à Brest n'avait pas créé de heurts significatifs sans pour autant que la nécessaire liberté individuelle soit écartée. La plupart des familles brestoise a un lien avec la marine. Un fils militaire, un père ouvrier de l'arsenal… Difficile d'objecter… Brest connaîtra des colères bien plus vives lors de la laïcisation des écoles communales de la ville à partir de 1880, sans oublier les confrontations avec les jésuites devenus indésirables (1882).

Etat de siège à Brest qui influe la liberté de la presse

— l'Electeur annonce que son gérant a été mandé à la Préfecture maritime, où on lui a recommandé, au nom du l'état de siège, de modérer les attaques du journal contre M. le sous-préfet de Brest. Voilà une bonne plaisanterie, quand on se rappelle le ton et les intempérances de langage des journaux monarchiques à l'égard de Mr. Thiers et des préfets républicains. Et voilà aussi un beau fonctionnaire pour se faire protéger par la force armée, que M. le sous-préfet de Brest ! Pourquoi, d'ailleurs, cette mesure d'intimidation ! Est-ce qu'on oserait appliquer à l'Electeur les rigueurs de l'état de siège qu'on vient d'épargner au Républicain du Finistère ?

22 avril 1874

Qui est penaud ? C'est M. le sous-préfet de Brest, dont la défaite est complète. Quelle glorieuse campagne à inscrire dans ses états de services, et comme tout cela est fait pour rehausser dans son arrondissement le prestige de ce fonctionnaire brouillon. C'est en vain qu'il tentera de faire taire les journaux et qu'il cherchera une protection à l'abri du grand sabre de l'état de siège. Il n'y a pour un fonctionnaire qu'une protection efficace : c'est l'estime qu'il sait inspirer par ses actes.

Le Finistère.

Conférences interdites

B R E S T . — On sait que la loi sur l'enseignement supérieur autorise tout citoyen jouissant de ses droits civils et politiques à faire, sous la condition d'une déclaration déposée dix jours à l'avance entre les mains de l'inspecteur d'Académie, et d'une autre déclaration, déposée entre les mains de l'administration, en conformité des prescriptions de la loi du 1868 sur les réunions publiques, des cours isolés. Voulant user de la faculté que lui donne la loi, M. Corentin Guyho, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation se proposait de faire à Brest, les samedi 23 et lundi 25 des conférences publiques. M. Corentin Guyho comptait sans l'état de siège. Les précédents, sans doute, auraient dû l'avertir. On se souvient, en effet, du tour joué par cet être capricieux, l'état de siège, M. Rousseau, lorsqu'il voulut, au mois d'août 1873, faire une réunion privée dans la salle de la Bourse, alors que M. de Mun, l'orateur des cercles catholiques, jouissait de toutes les libertés. Pas plus que M. Rousseau, M. Guyho n'a trouvé grâce devant l'état de siège. Il ne lui a point suffi de s'être mis en règle avec la loi, pour éviter l'interdiction. De par l'état de siège, les conférences n'ont pas eu lieu. Ce n'était pas assez pour assurer sa gloire. Vous souvient-il, dit l'Électeur, de ce qu'on appela à la fin de l'empire la bataille de Clichy ou la Campagne du cimetière Montmartre ? — Une véritable armée, postes doublés, troupes consignées, cartouches distribuées, police sur pied, et rien ; pas d'émeute à dissiper, pas le moindre attroupement, pas même de curieux à « faire circuler ; » une ville paisible, un public railleur, et chacun le lendemain de s'aborder avec un demi sourire : — « Nous l'avons en dormant, Messieurs, échappé belle. » Monsieur Pinard (car ceci est de l'histoire), Monsieur Pinard, de malencontreuse mémoire, n'y résista pas et disparut dans l'éclat de rire qui suivit cette victoire sans combattants. Une mésaventure pareille vient de couronner à Brest les exploits de l'ordre moral. Vraiment, la leçon était bien méritée.

Le Finistère du 27 octobre 1875

Le prochain état de siège de Brest date du 4 août 1944. L'armée allemande sous la pression de l'armée américaine aux portes de Brest en ruines décide de résister.

*Loi du 9 août 1849 sur l'état de siège, version abrogée depuis le 21 décembre 2004

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