Les écoles d'enfants de troupe. — L'organisation des écoles
d'enfants de troupe créées par la loi du 19 juillet 1884 est l'objet d'un
important décret rendu, le 3 mars, par le président de la République Outre
celle de Rambouillet, nous aurons cinq autres écoles militaires préparatoires
: trois pour l'infanterie, une pour la cavalerie et une pour l'artillerie,
le génie et le train. Des enfants de marins et de gendarmes pourront être
également admis dans ces divers établissements. Chacun d'eux aura un effectif
maximum de cinq cents élèves, âgés au moins de treize ans et de quatorze
au plus et pris parmi les fils de soldats, caporaux ou brigadiers, sous-officiers,
officiers, jusqu'au grade de capitaine inclusivement ou assimilés, et
d'officiers supérieurs ou assimilés, décédés. Les fils de militaires retirés
du service ne sont aptes à concourir qu'autant que leur père est, ou a
été, en possession d'une pension de retraite intégrale ou proportionnelle,
d'une pension de réforme pour infirmités ou blessures, ou qu'il ait contracté
un rengagement de cinq ans au moins.
Les fils de militaires non enfants de troupe sont admis dans les écoles
aux mêmes conditions que les autres enfants. L'admission des élèves n'est
prononcée que sur la production d'une déclaraton signée par les parents
et spécifiant qu'ils consentent à l'engagement ultérieur de leur enfant
dans un des corps de troupes de l'armée.
Les écoles militaires préparatoires deviendront ainsi une véritable pépinière
pour nos cadres de sous-offîciers. En outre, l'Etat va entretenir 5,000
eufants de troupo trop jeunes encore pour entrer dans les écoles. Mais
ces onfants ne seront plus, comme autrefois, laissés dans les casernes
; ils demeureront confiés aux soins de leurs parents, qui recevront 100
fr. pour ceux de deux à cinq ans ; 150 fr. pour ceux de cinq à huit ans,
et 180 fr. pour les enfants au-dessus de huit ans.
Ces allocations ne vont pas entraîner pour l'Etat une augmentation de
dépenses, les enfants de troupe figurant au budget au chapitre de la solde
des corps de troupes. L'organisation que complète le décret du 3 mars
constitue un progrès considérable ; elle témoigne de la sollicitude du
Parlement et du gouvernement de la République pour les familles qui se
sont vouées eux ct leurs eufants au service de l'armée.
Le Finistère du 1er avril 1885.
B R E S T . - Vendredi 14 septembre 1888, vers 4 heures
du soir, le jeune Michel (Louis), âgé de 17 ans, demeurant Grand'Rue,
74, se baignait à la grève de Lanninon, en compagnie de plusieurs camarades.
L'imprudent s'éloigna du bord, et tout-à-coup, sentant que le pied lui
manquait, appela à l'aide, puis disparut. Le jeune Boissac, âgé de 16
ans, enfant de troupe à l'école de cavalerie d'Autun [ouverte en 1886
NDLR] et demeurant chez son père, gendarme à cheval à Brest, plongea aussitôt
et réussit à ramener Michel à la surface. En même temps, un autre jeune
garçon, Quéré, enfant de troupe de la gendarmerie maritime [1832-1926
rattachée à la Marine NDLR], venait lui prêter assistance. Les sauveteurs,
réunissant leurs efforts, ramenèrent leur camarade sur le rivage, où il
reçut les soins nécessaires.
L'Union monarchiste du Finistère
L'heureux fait-divers raconte de façon sous-jacente
ce qu'était le hameau de Lanninon, un petit port de pêche donnant sur
une grève pentue avant que l'armée, par manque de place à l'embouchure
de la rivière Penfeld, n'aménage la côte et ne défigure à jamais l'écart
maritime dont la population augmentait grâce à l'activité portuaire de
Brest. Les bassins de Lanninon, des cales sèches pour diverses réparations,
seront détruites lors de la libération de Brest en 1944.
Les enfants de troupe, bien qu'officiellement, le statut n'existe plus
depuis 1874 par écrit puis 1884 dans les faits, sont des élèves masculins
d'une école militaire préparatoire (devenue lycée militaire) qui y sont
inscrits grâce au statut de sous-officier de leur père bien souvent. Peu
à peu l'appartenance parentale à l'armée ou la gendarmerie ne sera plus
exigée. Quoiqu'il en soit, l'expression d'enfant de troupe a survécu comme
une menace à l'encontre des garçons mauvais élèves à l'école dont les
parents s'inquiétaient pour l'avenir. Après le bonnet d'âne à l'école,
la promesse d'un redressement en tant qu'enfant de troupe, ont paralysé
des générations d'enfants en difficulté scolaire. Si certains élèves ont
réussi à surnager aux épreuves et ont eu une carrière militaire honorable,
combien furent brisés ?
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