B R E S T : 22 janvier 1874. Vers 10 heures du matin, on
trouvait pendu, derrière la porte de sa chambre, le nommé Henri Lairon,
âgé de 47 ans, maître armurier en retraite, demeurant au premier étage
de la maison numéro 10, rue Poulic-al-Hor. Resté veuf avec trois enfants
en bas âge, Lairon aurait été poussé par la misère à cet acte de désespoir.
B R E S T : 1er mai 1874. Le nommé Soulsy, mécanicien à bord du steamer
Horatio, du port de Newcastle, donnait depuis plusieurs jours des signes
d'aliénation mentale. Dans un de ses accès, il avait cherché à faire sauter
la machine du steamer ; à plusieurs reprises on avait dû l'empêcher de
se jeter à la mer et on avait dû l'enfermer dans une cabine. Poursuivi
par l'idée du suicide et privé de toute autre ressource, Soulsy s'est
servi d'une ardoise pour se faire au cou une profonde blessure. Il a été
relevé baignant dans son sang et conduit à l'hôpital civil de Brest.
Le docteur Caroff, appelé sur les lieux, a déclaré que la blessure était
mortelle.
B R E S T : 2 juillet 1874. Le nommé Moreau, Louis, âgé de 47 ans, demeurant
rue de Traverse, 22, s'est précipité, vers onze heures du matin, du haut
du pont qui relie Brest à Recouvrance, et est tombé sur le quai où il
s'est tué sur le coup. On attribue ce suicide au désespoir où l'avait
jeté la misère.
La Dépêche de Brest
— L'Electeur du Finistère (26 avril 1873) annonce qu'un jeune officier
d'une marine étrangère s'est tiré à la tête, vendredi, un coup de revolver.
La balle a glissé sur l'os frontal ; mais on croit la blessure mortelle.
B R E S T : 1er mai 1873. Le bateau Marie-Augustine de Brest est entré
vers quatre heures et demie du soir dans le port marchand, traînant à
la remorque un cadavre recueilli sur l'eau près de terre, en face des
Quatre-Pompes, Saint-Pierre-Quilbignon. Un grand nombre de personnes s'étant
rassemblées, plusieurs d'entre elles malgré ses vêtements bourgeois l'ont
reconnu pour être le nommé Joseph Carroussin, âgé de 47 ans, maître tailleur
à la 1ère compagnie d'artillerie de marine à Brest. On ignore si cet homme
s'est suicidé ou s'il est tombé à la mer accidentellement.
La Dépêche de Brest
S A I N T - P I E R R E - Q U I L B I G N O N : 23 février
1884. Le nommé Jean-Pierre Le Calvez, cordonnier à Brest, a tenté de se
suicider, samedi dernier. François Pellé, meunier au village de la Grande-Rivière,
raconte qu'étant occupé à couper des ajoncs au bas de la grève de Pouricmaot,
son attention fut attirée par un individu qui se promenait de long en
large sur la route bordant la grève ; par moment cet homme s'appuyait
sur le talus au-dessus de la mer qu'il regardait d'un air égaré. A un
instant donné, il s'assit sur le talus, qui domine les roches de la grève
de 16 à 18 mètres, et, se précipitant dans le vide, tomba sur les rochers
qui étaient à découvert, la marée étant basse. L'état de ce malheureux
est des plus graves ; il porte une large blessure au front et son corps
est couvert de contusions. On attribue sa tentative de suicide à un désordre
de facultés mentales produit par l'habitude de la boisson.
B R E S T : 9 avril 1884. Il y a quelque temps, nous racontions les péripéties
du suicide d'un individu qui s'était précipité du haut du pont National
à Brest. Il vient d'avoir un imitateur. Samedi dernier, Caugant Frédéric-Émile,
porte-faix, âgé de 25 ans, a exécuté le même saut, tombant sur le Quai
Tourville, où il s'est fracturé le crâne. La mort a été instantanée. On
ignore complètement les motifs de ce suicide, bien que ce jeune homme
eût, depuis quelques jours, manifesté l'intention de se détruire
B R E S T : Le nommé Edouard Dondot, fumiste, âgé de 28 ans, demeurant
à Brest, rue Traverse n° 39, s'est suicidé dimanche dernier, 20 avril
1884. Il était autrefois associé, pour son commerce, avec un nommé Née,
décédé au mois de février dernier, et dont la veuve habitait avec lui.
Dimanche soir, au milieu de son souper, il se leva brusquement, alla à
son armoire placée derrière la veuve Née, y prit un revolver, s'en tira
un coup à la tempe droite et tomba foudroyé. Transporté à l'hôpital civil,
il ne mourut cependant que lundi matin à 7 h. 1/2. Ce malheureux, qui
laisse une veuve et deux enfants en bas âge, voyait ses affaires décliner
depuis la mort de son associé, et on suppose que c'est un embarras commercial
qui l'a poussé à son acte de désespoir.
B R E S T : Le n ommé Henri Henry, cordonnier, âgé de 36 ans, s'est noyé,
le 9 juin 1884, dans la rade du port de comerce ; sa mort est attribuée
à la boisson.
S A I N T - P I E R R E - Q U I L B I G N O N : On a trouvé,
le 31 octobre 1884, pendu dans un champ, près du village de Bégavel, en
Saint-Pierre, le nommé Olivier Bernicot, âgé de 57 ans, retraité du port
de Brest. Ce suicide est attribué à un chagrin de famille.
B R E S T : 14 février 1885. On écrit de Brest qu'un enfant de 15 ans,
apprenti charron dans un atelier de Saint-Marc, s'est pendu dans un champ
voisin de la maison de son père. Ouel motif a pu, si jeune, le pousser
à cet acte de désespoir ?
B R E S T : 30 mai 1885. — SUICIDE. — M. Maréchal lieutenant d'infanterie
de marine, revenant du Tonkin
çomme convalescent, s'est brûlé la cervelle à l'hôtel de la Bourse. On
ignore la cause de ce suicide.
B R E S T : Un jeune marin de 20 ans, Simon Henri, de Brasparts, engagé
volontaire depuis le 20 février dernier, s'est pendu le mardi 9 mars 1886,
dans un champ situé en la commune de St-Marc. On ignore complètement le
motif de cet acte de désespoir.
B R E S T : Le 22 avril 1887, vers dix heures et demie du soir, une jeune
fille blonde, proprement vêtue, âgée de 13 ans environ, tentait de se
suicider en se précipitant à la mer du haut du pont Gueydon.Presque immédiatement
elle était retirée de l'eau par un marin. Soutenue par deux hommes, elle
fut conduite au poste du port pour y recevoir les soins que nécessitait
son état. Pendant le trajet, elle refusa de donner son nom et son adresse,
mais elle dit qu'on avait eu tort de la sauver : plus tard elle recommencera.
Elle se serait précipitée du haut du grand pont : mais se voyant poursuivie
par un marin, elle descendit sur le petit pont pour exécuter son triste
projet.
L'Union monarchique du Finistère
Les suicides brestois sont le fait de méthodes parfois différentes de ce que le milieu rural telle que la presqu'île de Crozon propose. Les supposés motifs sont cependant très similaires : problèmes psychiatriques et désespoir matériel pour ne pas aller jusqu'à la mendicité… probablement, car en matière de souffrances et misères humaines, les nuances sont infinies. Dans les milieux militaires le révolver reste de mise.
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