Projet de loi du 11 novembre 1882 - travaux du port de Brest

MM. le vice-amiral Jauréguiberry, ministre de la marine, et Tirard, ministre des finances, ont présenté à la Chambre, dans la séance du 11 novembre, au nom de M. le Président de la République, un projet de loi autorisant le Ministre de la Marine et des Colonies à entreprendre, jusqu'à concurrence de 93.500.000 francs, les travaux des ports des rades de Cherbourg, Brest et Toulon.

La création d'une rade fermée et d'un avant-port à Brest, figure pour 33.500.000 francs.

L'établissement de postes d'armement et de postes d'achèvement à flot dans l'intérieur du port de Brest, pour 7.000.000 fr.

Voici la justification sommaire de chacun de ces ouvrages :

Avant-port et rade fermée à Brest.

Le port de Brest est resté à peu prés tel qu'il a été installé autrefois pour les besoins de la marine à voile. Il ne remplit donc plus, à un degré suffisant, les conditions nécessaires de tout port militaire qui, aujourd'hui, doit être organisé de telle sorte que la réparation et l'armement des navires puissent s'y exécuter avec promptitude, que sa rade soit suffisamment abritée pour que les bâtiments au mouillage n'aient pas à redouter l'attaque des torpilleurs ; enfin qu'on y dispose de moyens faciles d'effectuer, par tous les temps et avec rapidité, le ravitaillement, en charbon, vivres, munitions et rechanges, d'une escadre revenant de la mer.

Dans la situation actuelle, le peu de largeur de la Penfeld et l'encombrement qui en résultent rendent très lentes les opérations d'armement. Mouillée en rade, une escadre serait exposée à être détruite, comme à Cherbourg, par les torpilleurs ennemis qui pourraient facilement franchir le goulet. Enfin, à cause de la houle qui, par certains vents, se manifeste en rade et des difficultés de rentrée «les bâtiments dans le port, les ravitaillements auxquels l'on aurait à pourvoir en temps de guerre seraient toujours difficiles, souvent impossibles.
Pour conserver au port de Brest toute sa valeur militaire, il a été reconnu indispensable :
1° De créer, en avant de la Penfeld. une rade de refuge et de ravitaillement, abritée par une digue et deux jetées en enrochements contre le ressac de la mer et contre les attaques de l'ennemi ;
2° D'établir dans l'anse de Lanninon, à l'ouest de l'entrée du chenal, un port d'embarquement constitué par de vastes terre-pleins, servant au dépôt du matériel et des approvisionnements de la flotte.

D'après le projet présenté à ce sujet par les Ingénieurs et approuvé par les départements ministériels intéressés (Guerre, Marine et Tra- vaux publics), la rade fermée aura une superficie d'environ 300 hectares, jugée suffisante pour le mouillage de la flotte.

La digue Sud, tracée en ligne droite sur le haut fond existant en dedans du banc de Saint- Pierre, aura une longueur de 2,100 mètres. Celle de l'Est, de 570 mètres de longueur, s'enracinera au musoir extérieur du port de commerce ; enfin, la digue de l'Ouest, longue de 210 mètres seulement, prendra son origine à terre, près de l'aiguade des quatre pompes.

Deux passes seront réservées entre les musoirs des digues : la première, de 300 mètres à l'Ouest, et à peu de distance du goulet de la grande rade ; la seconde, de 400 mètres à l'Est, eu face de l'entrée du port militaire,

Le port de Lanninon sera abrité par deux digues intérieures destinées à le préserver du ressac de la rade de refuge, de telle sorte que les quais de ce port seront accostables à toute heure de marée, vers l'Ouest, pour les bâtiments et chalands calant 2m,50, et, vers l'Est, pour les plus grands navires.

Tous ces terre-pleins seront desservis par des réseaux de voies terrées reliées avec le chemin de fer de l'arsenal, qui est raccordé lui-même avec les lignes de la Compagnie de l'Ouest, et deux bassins de radoub créés dans l'un desdits terre-pleins assureront la visite et les réparations urgentes des bâtiments de la flotte. L'ensemble des ouvrages énumérés ci-dessus est évalué à J3.500.000 francs.

Amélioration du chenal de la Penfeld et création de postes d'armement et d'achèvement à flot.

Les chantiers et ateliers de construction du port de Brest sont dépourvus de postes d'achèvement à flot pour les travaux de blindage et ses ateliers de réparation n'ont pas, sur leur rive, des postes de premier armement pour les travaux de charpentage, forge, serrurerie, installation de machines, etc.

Les postes de stationnement des navires en armement ou en catégorie de réserve, qui occupent la rive gauche, s'éloignent des quais en raison de l'augmentation du tirant d'eau, et envahissent le chenal de manière à paralyser ou à rendre très difficiles les mouvements dans le port.

Afin de remédier à ces inconvénients qui pourraient, à un moment donné, devenir très compromettants pour le service, il est urgent d'exécuter les travaux d'améliorations ci-après :
Création de postes pour l'achèvement à flot et le premier armement des bâtiments neufs, à leur sortie des chantiers et des bassins de radoub. A
pprofondissement et régularisation du chenal en vue d'assurer l'entrée et la sortie dans les conditions nécessaires des bâtiments de tout tonnage.
Creusement de nouvelles souilles pour permettre aux bâtiments en armement ou en désarmement de se rapprocher des quais.
Etablissement de platins pour le stationnement des bâtiments pouvant s'échouer. Le devis de ces travaux s'élève à 7.000.000 de francs.

La période d'exécution de ces ouvrages ne devra pas dépasser dix années.

Le Gouvernement a demandé l'urgence, qui est accordée.

Le Finistère 18 11 1882.

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