Gazette des Tribunaux
10 septembre 1872
Le 4° conseil de guerre, à Versailles.
En substance.
Nathalie Duval, femme Le Mel, née et mariée à Brest, fut une libraire
à Quimper jusqu'en 1861, date de faillite. Le couple s'installe à Paris
mais la femme Le Mel quitte son mari et fréquente des "agitateurs" qui
grossiront les rangs des communards. A l'heure de la Commune de Paris,
après le 18 mars 1871, la femme Le Mel participe à des manifestations
subversives avec outrance. Elle est donc poursuivie :
1er d'avoir provoqué la guerre civile par cris, menaces, discours etc
;
2e d'avoir fait ou aidé à faire des barricades, ayant pour objet d'entraver
l'exercice de la force publique et provoqué ou facilité le rassemblement
des insurgés par le port de drapeau ou autres signes de ralliement.
Le comportement déchainé de la femme Le Mel, a conduit celle-ci a tenté
de s'empoisonner durant les débats.
Un témoin déclare que durant les six derniers mois avant son arrestation,
la femme Le Mel s'était contentée de pain et de fromage pour que ses enfants
aient plus à manger qu'elle.
Le conseil de guerre condamne la prévenue à la déportation dans une enceinte
fortifiée.
La commune de Paris refuse la défaite de la France,
la capitulation de Paris, lors de la guerre
de 1870 ; exige une démocratie directe… La répression de l'Etat s'achève
par la semaine sanglante. De nombreuses femmes, pour la première fois,
se sont exposées. Des communards sont fusillés sur place, d'autres arrêtés
avant jugement, la plupart jugés coupables (10137), sont condamnés à mort(95
dont 23 exécutés), aux travaux forcés (251), à la déportation plus ou
moins sévère (4586) dont 1169 en enceinte fortifiée.
Des navires déclassés de la marine française transformés en pontons
d'emprisonnement sont au mouillage dans la Rade
de Brest devant Roscanvel.
Le fort
de Quélern détient des prisonniers de la Commune. Des embarquements
pour la Nouvelle-Calédonie sont organisés…
(Perrine) Nathalie Duval (1826-1921) instruite est socialiste. Mère de
trois enfants, elle devient relieuse à Paris. Elle est une activiste reconnue
lors des grèves de 1864. Devient déléguée syndicale. Elle cofonde une
coopérative alimentaire, puis un restaurant social. Son mari se met à
boire et s'insurge contre les implications de sa femme. Elle se sépare
de lui en 1868 avec ses enfants sous le bras... Elle cofonde "l'Union
des femmes".
Extrait d'un rapport de police : "à la tête d’un bataillon d'une cinquantaine
de femmes, elle a conduit la barricade de la place Blanche… y a arboré
le drapeau rouge."
La délibération du conseil de guerre dure une demi-heure et Nathalie Duval
est transférée sur le vaisseau "La Virginie" pour Nouméa en compagnie
de Louise Michel dans une cage de fer. Elles sont embarquées avec d'autres
communardes à la cale
Sourdis en Roscanvel. La boucle du destin d'une Brestoise emportée
par ses convictions revenant brimée à son point de départ avant d'être
exilée...
Elle est graciée en 1879, revient en France à bord de "La Picardie"
et rentre à Paris affaiblie. Elle travaille dans la presse grâce à un
ancien communard… et meurt à l'hospice aveugle, esseulée, démunie. La
presse de Gauche lui rendra un long hommage.
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