Souscription au profit de l'œuvre de l'extinction de la mendicité

Extrait du procès-verbal du 25 juillet 1874 de la réunion du conseil municipal de Brest « Au moment où M. le Maire se disposait à lever la séance, M. Lamarque demande à présenter une observation relativement à la publication dans les journaux de la localité des comptes rendus sommaires des délibérations du Conseil.
« Loin de vouloir restreindre cette publicité, M. Lamarque serait heureux qu'on pût l'étendre encore davantage, mais il faut que dans leurs rapports avec les journaux, le Conseil et l'Administration municipale voient les bienséances observées et leur dignité respectée. Cette dignité serait compromise s'il était permis à un journal qui reçoit des communications, soit de la part du Maire, soit de la part du conseil, d'insérer tel document parce qu'il lui plaît, et de se taire sur tel autre parce qu'il lui est désagréable.
« C'est ainsi cependant qu'agit en ce moment l'administration du journal l'Océan, en refusant de parti pris de publier dans ses colonnes l'arrêté pris dernièrement par M. le Maire de Brest ayant pour objet l'ouverture d'une souscription au profit de l'œuvre de l'extinction de la mendicité et cela malgré la prière réitérée qui lui en a été adressée par M. le Maire.
« M. Lamarque ne voit pas ce que l'Océan peut trouver de personnellement désagréable dans l'arrêté dont il s'agit et dans l'œuvre à laquelle il se rapporte, mais il pense que le conseil, en présence d'une semblable attitude, doit s'abstenir de toute communication à ce journal.
« Cette motion est adoptée. »

Les douloureux rapports des journalistes et des politiques sont à eux seuls une polémique sans fin. Les uns se servant des autres pour leur rayonnement respectif. Dans le cas présent, la municipalité de Brest est républicaine de gauche modérée sous l'égide de Charles François Auguste Salaün-Penquer, médecin et maire. Un courant progressiste que la presse républicaine d'alors "Le Finistère", "l'Electeur" encense ce qui ne satisfait pas la presse conservatrice, légitimiste, monarchiste, bonapartiste…, dont "l'Océan" est le titre le plus représentatif. Tout ceci sous l'œil de l'Eglise et des prêtres élus de la 3ème république.

Hippolyte Chavanon est le rédacteur en chef de "l'Océan" un journal légitimiste, antirépublicain, anti francs-maçons, religieux. Ce conservateur acharné et militant était membre du Comité royaliste du Finistère. Il contribuera à l'élection de l'évêque royaliste Charles-Émile Freppel dans la 3e circonscription du Finistère. Les tirages de presse sont modestes tout simplement parce que l'illettrisme est encore étendu et que payer l'équivalent de 20 centimes pour lire le journal est un coût inaccessible pour une population démunie. La presse républicaine trouve écho à Brest et en presqu'île de Crozon dans les milieux agricoles (Est de la presqu'île), la presse conservatrice excelle dans les milieux ruraux là où la révolution de 1789 ne semble pas avoir eu prise ou plus simplement là où le sentiment religieux a survécu à la tourmente révolutionnaire. Les légitimistes se trouvent dans l'ancienne noblesse, et les nantis qui ne souhaitent pas une république qui nivèle les droits et les privilèges.

Dans ce contexte quand le maire progressiste de Brest part en lutte contre la mendicité en tentant une approche sociale dont les financements ne pourront être que soustraits à la population argentées, le rédacteur en chef de l'Océan, ne souhaite pas épiloguer sachant d'une aprt que la religion qu'il défend prône la bienveillance et que d'autre part que cette bienveillance sera attendue d'une classe sociale qui méprise la pauvreté.

On parle à cette époque de la prohibition de la mendicité. La thématique infuse dans la société politique et il est vrai que par le biais des recensements, le moindre village a son mendiant déclaré.

Au Conseil général, M. Penquer, maire de Brest parmi d'autres élus, est d'avis que "l'extinction de la mendicité ne peut être résolue que par la création d'un dépôt. Il n'est pas question de créer un vaste établissement agricole, mais seulement d'annexer le dépôt a un hospice déjà pourvu de jardin ou de verger. Le département ne s'en- gagerait pas beaucoup en faisant l'essai pro- posé ; il donnerait par là un encouragement efficace aux communes qui, après avoir réussi à éteindre chez elles la mendicité, se voient envahies par les mendiants des communes voisines." 22 avril 1874.

L'opposition de Droite considère que d'autres départements s'y sont essayés sans réels succès pour des dépenses inutiles, ce qui est partiellement vrai. Soit que le dispositif ait été mal anticipé ou qu'il n'y ait pas eu suffisamment d'accompagnement. A cette époque certains départements abandonnent l'idée, d'autres sont en attente... L'aide sociale aussi réaliste ou utopiste soit-elle ne convainc pas les légitimistes, orléanistes, bonapartistes… L'Eglise quant à elle souhaite garder la main-mise sur la pauvreté afin de créer des hospices et des aides locales facilitant l'imprégnation politico-religieuse.

En conclusion : « Le Conseil général reconnaissant la nécessité des mesures répressives contre la mendicité invite l'administration à poursuivre activement ses démarches en vue de la création d'un dépôt à titre d'essai. »

L'usage des souscriptions se fait en toutes circonstances dès que la municipalité a besoin d'argent pour un projet fut-il de loisir, d'aménagement ou de nécessité. La presse publie des avis ainsi rédigé :
« 13 juin 1874.
Le Maire de Brest a l'honneur de prévenir MM. les souscripteurs du dernier Emprunt Mu- nicipal (emprunt du 260,000 francs émis au mois de janvier 1874), qu'ils peuvent retirer leurs titres déposés chez M. Foucault, receveur municipal rue d'Aiguil- lon, 30. »

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