LE SFAX, croiseur à flottaison cellulaire - 1884

Annuaire naval Brassey

Brest. LE SFAX, croiseur à flottaison cellulaire. — Nous empruntons à l'Océan les très intéressants renseignements suivants sur le grand croiseur qui, construit à Brest sur les plans de M. l'ingénieur Bertin, doit être mis à l'eau le lundi, 26 de ce mois, à 3 heures de l'après-midi.

La caractéristique de ce navire, ce qui le distingue essentiellement de tous ceux qui ont été construits dans ces dernières années pour le service des stations, c'est le système défensif de sa flottaison constitué par une tronche cellulaire qui s'étend du premier pont blindé jusqu'au pont de la batterie. Cette partie du navire est entourée par une ceinture de cofferdams ou caissons batardeaux, destinés à empêcher l'irruption de l'eau dans les compartiments intérieurs, en cas où le bordé extérieur viendrait à être troué par un projectile, un choc ou toute autre cause. L'espace enserré entre ces cofferdams est séparé en cellules ou compartiments parfaitement étanches, au moyen de sept cloisons longitudinales et de seize cloisons transversales en tôle d'acier, reposant sur le premier pont blindé. Ces compartiments, utilisés comme soutes, ne sont accessibles que par le pont de la batterie qui leur sert de plafond, et leur capacité varie de vingt à quarante mètres cubes. Si, malgré le remplissage des cofferdams, qui forment un premier blindage, un boulet, après avoir traversé le bordé, pénétrait jusqu'à l'une de ces cellules en traversant encore sa cloison extérieure, il est probable que la résistance du contenu de la cellule amortirait enfin sa vitesse et l'on en serait quitte pour l'introduction dans les capacités du navire d'une masse d'eau de quarante mètres cubes au plus, augmentant son poids d'autant de tonneaux, et dont le seul effet fâcheux serait de faire immerger le croiseur de quelques centimètres, mais sans en compromettre la sécurité ni en altérer sensiblement ni les qualités nautiques ni la valeur militaire. Combien faudra-t-il donc de boulets heureux pour mettre hors de combat un tel navire, et n'est-il pas, par le fait seul de sa construction, protégé au moins autant qu'il pourrait l'être, par ces pesantes cuirasses qui atteignent au- jourd'hui jusqu'à soixante centimètres d'épaisseurs ? L'idée de cet ingénieux système n'est pas neuve, et en France notamment, il avait été proposé, il y a douze ans déjà, par l'auteur même des plans du Sfax. Son adoption générale débarrasserait nos navires de guerre de ces lourdes et coûteuses cuirasses, qui n'ont pour elles que leur valeur défensive, et par compensation, augmentent considérablement le déplacement, le tirant d'eau, le prix de revient de nos vaisseaux, les rendent bien plus difficiles à manœuvrer, et n'ajoutent rien à leur valeur offensive. N'est-il pas à espérer aussi que la suppression des cuirasses rendra inutiles ces canons fabuleux de poids tels que tous leurs mouvements exigent l'emploi de machines spéciales, qu'il faut si peu de chose pour mettre hors d'état de servir. De là, nouvelle économie et dans les poids et dans les prix de revient, et notre possibilité d'augmenter très sensiblement le contingent de nos forces navales sans grever davantage notre budget.

Pourquoi donc l'idée de M. Bertin a-t-elle été laissée si longtemps à l'état de projet ?

A-t-on redouté de trop compliquer le service intérieur ? A-t-on seulement obéi à ce sentiment de défiance qu'inspirent, et bien souvent à juste titre, les idées nouvelles, et cédé au courant d'idée qui, pendant quelques années, nous en- traîna à n'adopter pour nos croiseurs et nos cuirassés, que des types déjà construits et essayés à l'étranger. Toujours est-il que l'efficacité de la tronche cellulaire est enfin reconnue ; on avoue que ses inconvénients sont loin d'en contrebalancer les avantages et l'on admet aujourd'hui qu'avec un déplacement inférieur de 1,300 tonneaux, le Sfax, aura une valeur militaire supérieure à celle du Tourville, le plus beau de nos vaisseaux actuels.

Quelques détails maintenant sur les dimensions et le mode de construction du Sfax. La longueur de rablure en rablure au premier pont est de 89 mètres ; la longueur totale de l'allonge de poupe à l'extrémité de l'éperon, de 95 mètres ; la largeur hors bordé, de 15 mètres, la hauteur de batterie ou distance du seuillet de sabord à la flottaison de 1,08 et le tirant d'eau de l'avant et de l'arrière est de 1,70, ce qui porte le dernier à 7,65.

Au tirant d'eau moyen de 6,80 correspond un déplacement de 4,500 tonneaux dont 2,100 sont consacrés au poids de coque. Le reste est réservé pour l'exposant de charge, c'est-à-dire l'ensemble des poids amovibles, artillerie, munitions, appareil moteur, combustible, mâture, agrès, apparaux, embarcations, équipage, vivres et objets divers.

L'artillerie, entièrement composée de nouvelles pièces du modèle long de -1881, comprend : sur le gaillard, six canons de 16 centimètres dont deux en chasse, et quatre parle travers dans des encorbellements pratiqués pour les recevoir dans la batterie; dix canons de M centimètres sur affûts hydrauliques à recul réduit. Il y a de plus huit canons revolvers.

Le Sfax aura deux hélices, actionnées par deux machines horizontales à grilles non renversées : ces machines dont chacune a deux cylindres, sont logées sur l'avant l'une de l'autre dans deux chambres séparées. L'appareil évaporatoire se compose de douze corps de chaudières cylindriques à deux foyers chacune. Elles marchent à une pression de régime de 6 kilogrammes et devront, au tirage normal, développer une puissance totale de 6000 chevaux de 75 kilogrammètres au moyen de laquelle le navire devra atteindre une vitesse de 15 nœuds. On pourra augmenter la puissance à l'aide d'un tirage forcé produit en chambre close par l'action de 4 ventilateurs de 80 chevaux ; on espère ainsi pouvoir développer 7400 chevaux et atteindre une vitesse de 16 nœuds 3/4, ou 30 kilomètres à l'heure. L'approvisionnement du charbon est de 545 tonneaux en charge normale, mais la capacité des soutes permet d'en loger 800, ce qui mettrait le Sfax à même de franchir une distance de deux mille lieues marines (plus de onze mille kilomètres), à la vitesse de dix nœuds. La mâture et la voilure sont celles d'une frégate ordinaire et suffiront, en bien des circonstances, à faire marcher le navire en économisant son charbon.

La membrure du Sfax, entièrement métallique, est revêtue d'un bordé en tôle d'acier dont l'épaisseur, de 14 millim. dans les fonds, se réduit graduellement et n'est plus que de 10 mil lim. à la hauteur de la batterie. Ce bordé est lui-même enveloppé d'un bordé en bois de deux plans, dont l'un, celui qui est plaqué sur la tôle, est en teak, bois qui ne contient pas comme le chêne d'acide susceptible d'attaquer le fer et l'acier. Le bordé extérieur est doublé en cuivre comme celui des navires en bois ordinaire. Cette disposition garantit la carène en tôle de la salissure et de la corrosion, contre les- quelles on n'a pu trouver jusqu'à ce jour de préservatif plus efficace.

On ne peut évidemment porter un jugement définitif sur la valeur d'un navire avant de l'avoir vu à l'épreuve, mais par tout ce qui vient d'être exposé, on peut se croire autorisé à présumer que nous allons posséder dans le Sfax un nouveau type d'une valeur sérieuse et de nature à faire grand honneur à l'éminent ingénieur qui en a conçu les plans. X...

24 mai 1884
L'Union monarchique du Finistère

Point de fait de guerre, ni de marine, pour ce navire à cheminées et à voiles. Croiseur protégé de 2ème classe, blindage partiel. En service en juin 1887 et retiré du service en 1906. Travaux de modernisations en 1889, 1895, 1899, néanmoins mis en réserve en 1896 à Landévennec sur la zone mouillage de l'Aulne, il est utilisé pour des manœuvres uniquement. Le Sfax rentre cependant dans l'histoire de la marine cependant en ramenant le capitaine Dreyfus de l'Île du Diable (Guyane française) le 9 juin 1899 pour Port-Haliguen (Quiberon France) le 1er juillet suivant afin de présenter l'officier à un procès en révision à Rennes.

Déclassement en réserve de deuxième catégorie en janvier 1901, puis en réserve spéciale le 20 janvier 1903 avec un équipage réduit de maintenance qui fréquente les débits de boissons de Landévennec avec assiduité. Désarmé le 13 août 1905 et transformé en ponton de dépôt de munitions d'obus et de charges propulsives jusqu'en 1909. Mis en vente le 26 mai 1909, la vente est signée le 25 août 1910 afin d'être déconstruit dans le civil.

Le ministre de la marine Théophile Aube cherche à équiper la flotte de corsaires commerciaux, des navires secondaires engageant la marine marchande ennemie. Le programme réalisé sera moins ambitieux que celui projeté.

Comme de nombreux navires construits dans les arsenaux de Brest qui faisaient vivre une grande part de la population, il y eut une répercussion sur la vie de la presqu'île de Crozon par la présence des matelots à terre qui firent vivre des familles de commerçants.

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