Annuaire naval Brassey
Brest. LE SFAX, croiseur à flottaison
cellulaire. — Nous empruntons à l'Océan les
très intéressants renseignements suivants sur le
grand croiseur qui, construit à Brest sur les
plans de M. l'ingénieur Bertin, doit être mis à
l'eau le lundi, 26 de ce mois, à 3 heures de
l'après-midi.
La caractéristique de ce navire, ce qui le distingue essentiellement de tous ceux qui ont été
construits dans ces dernières années pour le
service des stations, c'est le système défensif
de sa flottaison constitué par une tronche cellulaire qui s'étend du premier pont blindé jusqu'au pont de la batterie. Cette partie du navire
est entourée par une ceinture de cofferdams ou
caissons batardeaux, destinés à empêcher l'irruption de l'eau dans les compartiments intérieurs, en cas où le bordé extérieur viendrait à
être troué par un projectile, un choc ou toute
autre cause. L'espace enserré entre ces cofferdams est séparé en cellules ou compartiments
parfaitement étanches, au moyen de sept cloisons longitudinales et de seize cloisons transversales en tôle d'acier, reposant sur le premier
pont blindé. Ces compartiments, utilisés comme
soutes, ne sont accessibles que par le pont de la
batterie qui leur sert de plafond, et leur capacité
varie de vingt à quarante mètres cubes. Si, malgré le remplissage des cofferdams, qui forment un
premier blindage, un boulet, après avoir traversé
le bordé, pénétrait jusqu'à l'une de ces cellules
en traversant encore sa cloison extérieure, il est
probable que la résistance du contenu de la cellule amortirait enfin sa vitesse et l'on en serait
quitte pour l'introduction dans les capacités du
navire d'une masse d'eau de quarante mètres
cubes au plus, augmentant son poids d'autant
de tonneaux, et dont le seul effet fâcheux serait
de faire immerger le croiseur de quelques centimètres, mais sans en compromettre la sécurité
ni en altérer sensiblement ni les qualités nautiques ni la valeur militaire.
Combien faudra-t-il donc de boulets heureux
pour mettre hors de combat un tel navire, et
n'est-il pas, par le fait seul de sa construction,
protégé au moins autant qu'il pourrait l'être,
par ces pesantes cuirasses qui atteignent au-
jourd'hui jusqu'à soixante centimètres d'épaisseurs ?
L'idée de cet ingénieux système n'est pas
neuve, et en France notamment, il avait été
proposé, il y a douze ans déjà, par l'auteur
même des plans du Sfax. Son adoption générale
débarrasserait nos navires de guerre de ces
lourdes et coûteuses cuirasses, qui n'ont pour
elles que leur valeur défensive, et par compensation, augmentent considérablement le déplacement, le tirant d'eau, le prix de revient de
nos vaisseaux, les rendent bien plus difficiles à
manœuvrer, et n'ajoutent rien à leur valeur
offensive. N'est-il pas à espérer aussi que la suppression des cuirasses rendra inutiles ces canons
fabuleux de poids tels que tous leurs mouvements exigent l'emploi de machines spéciales,
qu'il faut si peu de chose pour mettre hors d'état
de servir. De là, nouvelle économie et dans les
poids et dans les prix de revient, et notre possibilité d'augmenter très sensiblement le contingent de nos forces navales sans grever davantage notre budget.
Pourquoi donc l'idée de M. Bertin a-t-elle
été laissée si longtemps à l'état de projet ?
A-t-on redouté de trop compliquer le service
intérieur ? A-t-on seulement obéi à ce sentiment
de défiance qu'inspirent, et bien souvent à juste
titre, les idées nouvelles, et cédé au courant
d'idée qui, pendant quelques années, nous en-
traîna à n'adopter pour nos croiseurs et nos cuirassés, que des types déjà construits et essayés
à l'étranger. Toujours est-il que l'efficacité de
la tronche cellulaire est enfin reconnue ; on
avoue que ses inconvénients sont loin d'en contrebalancer les avantages et l'on admet aujourd'hui qu'avec un déplacement inférieur de 1,300
tonneaux, le Sfax, aura une valeur militaire
supérieure à celle du Tourville, le plus beau
de nos vaisseaux actuels.
Quelques détails maintenant sur les dimensions et le mode de construction du Sfax.
La longueur de rablure en rablure au premier
pont est de 89 mètres ; la longueur totale de
l'allonge de poupe à l'extrémité de l'éperon, de
95 mètres ; la largeur hors bordé, de 15 mètres,
la hauteur de batterie ou distance du seuillet de
sabord à la flottaison de 1,08 et le tirant d'eau
de l'avant et de l'arrière est de 1,70, ce qui porte
le dernier à 7,65.
Au tirant d'eau moyen de 6,80 correspond
un déplacement de 4,500 tonneaux dont 2,100
sont consacrés au poids de coque. Le reste est
réservé pour l'exposant de charge, c'est-à-dire
l'ensemble des poids amovibles, artillerie, munitions, appareil moteur, combustible, mâture,
agrès, apparaux, embarcations, équipage, vivres
et objets divers.
L'artillerie, entièrement composée de nouvelles pièces du modèle long de -1881, comprend : sur le gaillard, six canons de 16 centimètres dont deux en chasse, et quatre parle
travers dans des encorbellements pratiqués
pour les recevoir dans la batterie; dix canons
de M centimètres sur affûts hydrauliques à
recul réduit. Il y a de plus huit canons revolvers.
Le Sfax aura deux hélices, actionnées par
deux machines horizontales à grilles non renversées : ces machines dont chacune a deux cylindres, sont logées sur l'avant l'une de l'autre
dans deux chambres séparées.
L'appareil évaporatoire se compose de douze
corps de chaudières cylindriques à deux foyers
chacune. Elles marchent à une pression de régime de 6 kilogrammes et devront, au tirage
normal, développer une puissance totale de
6000 chevaux de 75 kilogrammètres au moyen
de laquelle le navire devra atteindre une vitesse
de 15 nœuds. On pourra augmenter la puissance à l'aide d'un tirage forcé produit en
chambre close par l'action de 4 ventilateurs de
80 chevaux ; on espère ainsi pouvoir développer
7400 chevaux et atteindre une vitesse de
16 nœuds 3/4, ou 30 kilomètres à l'heure.
L'approvisionnement du charbon est de 545
tonneaux en charge normale, mais la capacité
des soutes permet d'en loger 800, ce qui mettrait le Sfax à même de franchir une distance
de deux mille lieues marines (plus de onze mille
kilomètres), à la vitesse de dix nœuds.
La mâture et la voilure sont celles d'une frégate ordinaire et suffiront, en bien des circonstances, à faire marcher le navire en économisant
son charbon.
La membrure du Sfax, entièrement métallique, est revêtue d'un bordé en tôle d'acier dont
l'épaisseur, de 14 millim. dans les fonds, se
réduit graduellement et n'est plus que de 10 mil
lim. à la hauteur de la batterie. Ce bordé est
lui-même enveloppé d'un bordé en bois de deux
plans, dont l'un, celui qui est plaqué sur la
tôle, est en teak, bois qui ne contient pas comme
le chêne d'acide susceptible d'attaquer le fer
et l'acier. Le bordé extérieur est doublé en cuivre
comme celui des navires en bois ordinaire.
Cette disposition garantit la carène en tôle
de la salissure et de la corrosion, contre les-
quelles on n'a pu trouver jusqu'à ce jour de
préservatif plus efficace.
On ne peut évidemment porter un jugement
définitif sur la valeur d'un navire avant de
l'avoir vu à l'épreuve, mais par tout ce qui vient
d'être exposé, on peut se croire autorisé à présumer que nous allons posséder dans le Sfax
un nouveau type d'une valeur sérieuse et de
nature à faire grand honneur à l'éminent ingénieur qui en a conçu les plans.
X...
24 mai 1884
L'Union monarchique du Finistère
Point de fait de guerre, ni de marine, pour ce navire
à cheminées et à voiles. Croiseur protégé de 2ème classe, blindage partiel.
En service en juin 1887 et retiré du service en 1906. Travaux de modernisations
en 1889, 1895, 1899, néanmoins mis en réserve en 1896 à Landévennec
sur la zone
mouillage de l'Aulne, il est utilisé pour des manœuvres uniquement.
Le Sfax rentre cependant dans l'histoire de la marine cependant en ramenant
le capitaine Dreyfus de l'Île du Diable (Guyane française) le 9 juin 1899
pour Port-Haliguen (Quiberon France) le 1er juillet suivant afin de présenter
l'officier à un procès en révision à Rennes.
Déclassement en réserve de deuxième catégorie en janvier 1901, puis en
réserve spéciale le 20 janvier 1903 avec un équipage réduit de maintenance
qui fréquente les débits de boissons de Landévennec avec assiduité. Désarmé
le 13 août 1905 et transformé en ponton de dépôt de munitions d'obus et
de charges propulsives jusqu'en 1909. Mis en vente le 26 mai 1909, la
vente est signée le 25 août 1910 afin d'être déconstruit dans le civil.
Le ministre de la marine Théophile Aube cherche à équiper la flotte de
corsaires commerciaux, des navires secondaires engageant la marine marchande
ennemie. Le programme réalisé sera moins ambitieux que celui projeté.
Comme de nombreux navires construits dans les arsenaux de Brest
qui faisaient vivre une grande part de la population, il y eut une répercussion
sur la vie de la presqu'île
de Crozon par la présence des matelots à terre qui firent vivre des
familles de commerçants.
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