B r e s t . — On lit dans l'Océan [journal monarchiste
finistérien NDLR] : Nous recevons de Madame l'amirale Romain-Desfossés,
vice-présidente de la Société de secours aux blessés militaires, la communication
suivante qui intéressera très particulièrement nos concitoyens :
Brest, le 4 janvier 1885.
Monsieur le rédacteur en chef,
Désirant faire connaître aux âmes généreuses, qui ont participé à l'envoi
de secours aux blessés de la guerre, l'accueil fait à leur charitable
concours, je vous prie, Monsieur, d'avoir l'extrême obligeance d'insérer
dans l'un des prochains numéros de votre estimable journal la lettre ci-jointe
: Veuillez, Monsieur le rédacteur en chef, recevoir l'expression de mes
sentiments distingués.
Amirale Romain-Desfossés,
Vice-présidente de la Société de secours aux blessés militaires.
Voici la lettre adressée à Madame l'amirale Desfossés par son Altesse
royale Mgr le duc de Nemours, président de la Société :
Paris, le 10 janvier 1885
Madame l'Amirale,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre par laquelle vous
avez pris la peine de m'annoncer, qu'ayant fait appel à la sympathie de
votre généreuse cité pour les malades ou les blessés du corps expéditionnaire
du Tonkin, vous avez recueilli une somme de 1,260 fr. dont vous vous proposez
de faire l'envoi à notre secrétaire général. C'est une belle offrande
dont le mérite est d'autant plus grand à nos yeux que nous ignorons pas
les épreuves que les fortunes privées ont traversées à Brest, depuis quelque
temps. La Société de secours vous est très reconnaissante, Madame, de
votre charitable et féconde initiative, je vous prie, au nom du conseil,
de vouloir bien être, à l'occasion, l'interprète de sa gratitude auprès
des donateurs.
Pour ce qui nous concerne, ma famille et moi, j'ai été très touché des
sentiments que vous m'avez si gracieusement exprimés.
Veuillez, Madame l'amirale, recevoir à votre tour les vœux que je forme
pour vous et les vôtres, et agréez, je vous prie, mes respectueux hommages.
Le président,
Louis d'ORLEANS
4 février 1885.
L'union monarchiste du Finistère
Joseph Romain Desfossés Amiral de France (1798 Gouesnou
- 1864 Paris), député du Finistère, sénateur, président du conseil général,
bonapartiste, marié à Hortense Guillou (1806 Landerneau - 1891 Brest),
participe à l'extension des colonies françaises.
Louis d'Orléans, duc de Nemours, à la naissance (1814 Palais-Royal - 1896
Versailles), second fils du duc Louis-Philippe d'Orléans et de la duchesse
Marie-Amélie d’Orléans. A la mort de son frère aîné, il devient le prétendant
au trône de France en cas de retour de la monarchie. Le prince est bien
évidemment un monarchiste convaincu et à ces deux titres, il est exilé
en famille à plusieurs reprises. Directeur de la Société de Secours aux
Blessés militaires, fondée en 1864, entre 1873 et 1886. L'organisme deviendra
la Croix-Rouge française à terme.
L'article met en avant des mots empruntés aux vocabulaires religieux et
rédigés d'une part par la veuve de l'amiral Desfossés qui comme il se
doit en ces temps, s'occupe d'œuvres de charité. Dans le cas présent,
cette dame est honorée en portant le grade de son défunt mari militaire.
Quant à son correspondant, le prince Louis d'Orléans, entravé par les
courants républicains de l'histoire, il eut une reconnaissance monarchique
en pointillés lors des reflux légitimistes. Ces deux personnalités issues
du second empire sont les archétypes d'un monde qui peu à peu va se dissoudre
au profit d'une république prétendument moins élitiste en attendant l'élite
industrielle moins titrée mais plus argentées, et dont les courriers sont
publiés dans la presse monarchiste hautement favorable au colonialisme
brutal que la France pratiquera jusqu'à la guerre d'Indochine...
Le corps expéditionnaire du Tonkin est un regroupement de troupes françaises
qui a pour mission de pacifier la région du Tonkin contre les intrusions
chinoises et mercenaires affiliés (Pavillons noirs). L'affaire virera
au protectorat puis en colonie française qui préparera la guerre d'Indochine
puis la guerre du Vietnam. Un corps expéditionnaire n'a pas vocation à
se maintenir en poste indéfiniment, celui-ci sera remplacé peu à peu par
des troupes coloniales. En attendant, cette guerre n'est pas sans victimes
entre les morts au combat, les blessés, et les malades. Les courriers
publiés datent du siège de Tuyên-Quang du 23 novembre 1884 au 3 mars 1885,
par 20 000 chinois et assimilés. Le colonel Marc-Edmond Dominé alors chef
de bataillon, commandant 600 légionnaires, déjoue l'attaque chinoise et
entre dans la "légende" militaire française.
"On peut estimer qu'à l'arrivée des renforts partis récemment de France
et d'Algérie il y aura en Chine et au Tonkin environ 24,000 hommes de
troupes de France et d'Algérie, auxquelles il faut ajouter 6,000 ou 7,000
tirailleurs asiatiques, les équipages de la flottille du Tonkin et de
l'escadre de l'amiral Courbet. Février 1885."
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