Du greffage.
L'expérience a montré depuis longtemps, comme nous avons déjà eu l'occasion
de le dire, que le semis des pépins
nu produisait le plus souvent que des variétés dégénérées ou fort peu
recommandables. Le greffage est donc de toute utilité pour conserver et
multiplier les bonnes races, qui, sans lui, ne tarderaient pas à disparaître.
Le greffage est une opération par laquelle on contraint un greffon, c'est-à-dire
un œil ou un scion détaché d'une plante, à se souder à une autre plante,
que l'on nomme sujet et qui lui fournira les éléments nécessaires à sa
végétation et à son accroissement.
La greffe est fondée sur ce principe que,
les parties vivantes des végétaux dénudées
de leur épiderme et maintenues en contact
pendant un temps suffisant, finissent par
adhérer l'une à l'autre et à ne plus former,
pour ainsi dire, qu'un seul corps. Ce phénomène, que l'on nomme la reprise de la greffe,
ne peut se produire toutefois que dans de
certaines conditions. Il faut que les végétaux que l'on veut souder l'un à l'autre
soient de même espèce, ou du moins d'espèces très voisines, que dans les parties rapprochées le tissu cellulaire et ligneux soit
jeune et riche en sève, que cette dernière
enfin arrive en abondance aux points de
contact du sujet et du greffon, pour s'y
organiser en cambium et produire l'union
intime des deux plantes.
Le temps et l'expérience ont fait justice
des croyances des Romains et des Grecs, qui
pensaient que la greffe était possible entre
les arbres, non seulement d'espèces différentes, mais n'ayant même pas la même
organisation naturelle. On n'a, jusqu'à présent, aucun exemple de greffes réussies entre
végétaux de familles différentes ; c'est à peine
si les rapprochements entre espèces de genres
différents peuvent être menés à bien.
Tout le monde sait en effet que, dans la
greffe du pommier et du poirier, ou réciproquement, l'union n'est jamais bien intime et que les greffes se décollent au bout
d'un certain temps. Dans les greffes qui,
au contraire, réunissent les conditions voulues et qui ont été faites avec soin, le rapprochement se cimente de plus en plus, le
sujet adopte le greffon, le nourrit et le
développe, comme s'il était sa production
naturelle.
Avantages du greffage.
Si le greffage a quelques inconvénients
dont le principal est l'affaiblissement des
arbres et leur peu de longévité, (quand on les
compare à ceux qui sont restés francs de
pieds, c'est-à-dire portés sur leurs propres
racines), ses avantages sont nombreux et
considérables. Un des plus importants,
comme nous avons déjà eu l'occasion de le
faire observer, est la transformation d'un
arbre médiocre ou mauvais en un arbre
meilleur et plus utile, celle, par exemple,
d'un sauvageon de pommier ou de poirier
en un arbre de variété distinguée. La greffe
avance encore la première fructification des
arbres, et elle augmente, dit-on, dans une
certaine proportion la qualité des fruits de
chaque variété. De Brébisson dit à ce sujet :
« La greffe sert, non seulement à conserver
les espèces, mais elle les perfectionne à tel
point, qu'un arbre que l'on greffe plusieurs
fois avec la même espèce va toujours s'améliorant de plus en plus en raison du
nombre de fois qu'il aura été greffé ».
On greffe, en effet, quelquefois un arbre
fruitier sur lui-même, et à plusieurs reprises,
dans l'intention d'en améliorer les fruits,
parce que l'on croit que la sève éprouve une
certaine difficulté à passer le point de jonction du greffon avec le sauvageon, et que les
greffes forment autant de nœuds qui entravent la circulation de la sève et la forcent à
s'élaborer davantage sous l'action de la chaleur et de la lumière. Mais cette hypothèse
manque de certitude et aurait besoin d'être
appuyée par des expériences sérieuses.
Résumons rapidement ca qui précède :
1° La greffe n'est possible qu'entres plantes
de même famille ;
2° La greffe, parfois possible, entre espèces
de genres différents, a très rarement la
solidité et la durée qu'on est en droit d'en
attendre dans les autres cas ;
3° C'est surtout à l'aide du tissu cellulaire
que s'effectue la soudure entre les parties
rapprochées du greffon et du sujet ; la
reprise est d'autant plus assurée que les
surfaces cellulaires en contact sont plus
étendues ;
4° La cause déterminante de la reprise de
la greffe est la formation, par le cambium du
sujet et du greffon, du tissu cicatriciel qui
se produit aux points de contact ;
5° L'union du sujet et du greffon est
d'autant plus intime et plus durable que le
tissu cicatriciel est mieux développé et plus
complet ; les greffes qui se décollent au bout
d'un certain temps sont celles dans lesquelles
il s'est incomplètement formé.
Choix des greffons,
conditions qu'ils doivent remplir.
Les greffes peuvent être pratiquées à deux
époques différentes de l'année: au printemps
pour les greffes en rameaux, et au moment
de la sève d'août pour les greffes en écusson.
Dans le premier cas, les rameaux devront
être pris sur du bois de l'année précédente ;
dans le second, les écussons doivent être
prélevés sur des pousses de l'année.
Quel que soit le procédé suivi pour exécuter les greffes, il faut toujours avoir grand
soin de choisir des rameaux bien sains,
complètement exempts de maladies et bien
mûrs, c'est-à-dire qui ne soient ni verdâtres,
ni tendres. Il en est de même pour les écussons ; ils doivent avoir atteint leur complète
maturité et ne plus présenter la couleur verte
qu'ils ont quand ils ne sont pas mûrs. Il est,
en outre, de toute nécessité que les rameaux
ou les écussons destinés à former des greffons soient prélevés sur des arbres vigoureux et bien sains. On prendra de préférence,
sur un rameau donné, le greffon vers le
milieu de la longueur, au sommet et à la
base les yeux étant toujours plus ou moins
oblitérés. Il est important enfin de considérer, au moment de pratiquer une greffe par
rameau, l'état de végétation du greffon et du
sujet, ce dernier devant toujours être plus
avancé en végétation que le greffon qui,
autrement, se dessécherait très vite, le sujet
ne lui fournissant pas une quantité de sève
suffisante à ses besoins.
On retarde facilement la végétation des
greffons en les coupant un mois environ
avant le greffage et en les enterrant au pied
d'un mur exposé au nord, pour les empêcher
de se dessécher jusqu'au moment de l'opération. On peut agir de la même façon pour
rendre l'humidité nécessaire et l'énergie
indispensable à des greffons que l'on aurait
achetés au loin et qui, par suite d'un emballage défectueux, se seraient desséchés pendant le voyage.
Il est de même très mauvais qu'il y ait
une trop grande différence entre l'entrée en
végétation du sujet et celle du greffon ; aussi
ne doit-on jamais greffer une variété précoce
sur un sujet à végétation tardive.
Préparation du greffon.
On choisit un greffon d'une longueur de
Om 1O à 0m 15, muni de 3 à 4 boutons bien
conformés ; on coupe obliquement la partie
supérieure au dessus d'un bouton et en dessous du 3ème œil ; on taille la partie inférieure,
sur une longueur de 4 à 5 centimètres, en
lame de couteau, c'est-à-dire de manière que
le côté qui doit être en dehors soit un peu
plus épais que celui qui sera en dedans. Il
est bon de faire en sorte que le bouton supérieur et le bouton inférieur soient situés du même côté.
Exécution de la greffe.
Le greffon étant ainsi préparé, on ouvre
la fente du sujet soit avec le greffoir, soit
avec un coin, et on y introduit la greffe de
manière que le parenchyme cortical du sujet
coïncide exactement avec celui du greffon.
Pour être certain que les cambiums sont
bien en contact, on incline souvent un peu
la tête du greffon vers le centre de la tige,
tandis que l'on en fait ressortir légèrement
la base. On peut être sûr, par ce moyen, que
le contact a au moins lieu au point de jonction. Cette opération faite, on ligature la
greffe afin de la maintenir solidement, puis
on garantit les plaies du contact de l'air avec
du mastic à greffer ou, à son défaut, avec de
l'onguent de Saint-Fiacre, que l'on recouvre
de linge, de façon à le préserver de la sécheresse et de l'humidité.
Greffe en fente double.
Quand la grosseur de la tige le permet,
on remplace souvent la greffe précédente par
la greffe en fente double, qui n'en diffère,
d'ailleurs, que par le nombre de greffons. Au
lieu d'un seul, on en introduit deux dans
l'entaille faite au sujet, et les chances de
réussite se trouvent ainsi doublées. Quand
la reprise sera bien faite, et que les greffons
végéteront vigoureusement, on supprimera
le moins beau.
Greffe en fente Bertemboise.
On emploie souvent, de préférence à la
greffe en fente simple, la greffe en fente Bertemboise, qui s'exécute en donnant à la tête
du sujet la forme d'un biseau, au sommet
duquel on place le greffon en opérant comme
précédemment.
L'avantage de cette greffe est de permettre
à la sève de s'accumuler, par suite de la
coupe oblique, au point où est situé le greffon.
Greffe en fente anglaise.
La greffe en fente anglaise serait certes
préférable aux précédentes, à cause des larges
surfaces de cambium quelle, permet de mettre
en contact ; mais elle exige malheureusement
que le sujet et le greffon soient de même diamètre, ou à peu près. Elle se pratique en
coupant, au dessous d'un œil, l'extrémité inférieure du greffon en biseau très allongé,
que l'on refend ensuite obliquement à partir
du tiers supérieur de la plaie, de manière à
avoir une sorte de languette de bois. On fait
subir la même opération à la tête du sujet,
mais en sens inverse. On introduit la languette du greffon dans la fente du sujet et
réciproquement, en ayant soin que les écorces
se rejoignent bien et que les plaies se recouvrent l'une par l'autre ; on ligature et on
mastique.
Greffe par rameaux en couronne.
La greffe par rameaux en couronne est
surtout employée pour rajeunir de vieux
pommiers ou en changer la variété.
Préparation du sujet.
Après avoir bien uni la coupe horizontale
du sujet, on en fend verticalement l'écorce
sur une longueur de 8 centimètres environ
et on détache doucement les deux côtés de
l'écorce à l'aide de la spatule du greffoir.
Préparation du greffon.
On taille le greffon en bec de flûte sur une
longueur de 4 centimètres environ, de manière qu'il ne reste que très peu ou point de
bois à la partie inférieure du biseau, et on
pratique une petite coupe horizontale à la
partie supérieure de l'entaille.
Exécution de la greffe.
On introduit le greffon entre l'écorce et
l'aubier du sujet en glissant son bec de flûte
sous l'écorce et en l'enfonçant de manière à
ce que tout le biseau soit caché et que son
côté entaillé soit appliqué sur l'aubier du
sujet.
La même opération se répète pour les
autres greffons, que l'on place au nombre de
3, 4, 5, selon la grosseur du sujet, en les
introduisant avec précaution, comme nous
venons de le dire, entre l'écorce et le bois et
en laissant entre eux une distance de 5 à 6
centimètres ; on ligature et on applique une
couche de mastic à greffer.
On forme ainsi, sur toute la circonférence
du sujet, une couronne de greffons, d'où le
genre de greffe tire son nom. Comme on a
pu le remarquer, elle diffère surtout de la
greffe en fente en ce que le corps ligneux du
sujet n'est pas incisé.
On est d'ailleurs obligé d'exécuter la greffe
en couronne plus tardivement que celle en
fente, car on doit attendre que la végétation
soit assez avancée pour permettre de détacher facilement l'écorce du bois.
Bouturage.
La multiplication du pommier à l'aide de
boutures est une idée toute nouvelle qui,
dans ces derniers temps, a causé un certain
émoi dans le monde agricole.
On avait toujours pensé qu'il était fort
difficile, sinon impossible, de parvenir à faire
reprendre d'une façon satisfaisante une bouture de pommier, et on croyait, non sans
raison, que si ce mode de reproduction pouvait s'employer avec succès pour certains
: arbres à bois tendre, tels que le peuplier et
le saule, il ne convenait nullement pour les
espèces qui nous occupent. Aussi l'étonnement a-t-il été général quand on a vu un
pépiniériste de Normandie, M. Bazire, exposer dans les concours des pommiers provenant de boutures.
On n'avait pas, il est vrai, affirmé d'une
manière complète et positive que le bouturage des pommiers fût impraticable ou qu'il
fût impossible d'obtenir un jeune pommier
d'une bouture, mais on niait d'une façon
absolue la possibilité d'arriver par ce moyen
à une production courante. La plupart des
horticulteurs et des pépiniéristes sont encore
de cet avis ; pour eux, en dehors des semis
il n'y a rien à faire ; aussi ont-ils rejeté bien
loin cette idée du bouturage des pommiers,
comme étant peu sérieuse et toute de fantaisie. C'est ainsi, d'ailleurs, que toujours
les choses se passent quand il s'agit d'idées
nouvelles, qui viennent tout à coup troubler
des habitudes séculaires, renverser et détruire
de vieilles croyances ; on les combat et on
les repousse sans daigner, souvent, y prêter
la moindre attention. La question est cependant du plus haut intérêt et, loin de devoir
être rejetée sans examen, elle mérite au contraire, croyons-nous, une étude attentive et
suivie.
Le bouturage a pris depuis le commencement du siècle une importance considérable
en horticulture ; il est employé pour reproduire des arbres d'espèces bien différentes ;
ne pourrait-il donc être utilisé dans la multiplication du pommier ? Nous avons pensé
que, dans le travail que nous avions entrepris, il était utile et même nécessaire de ne
pas passer sous silence ce mode nouveau de
reproduction des arbres à cidre, et, pour
pouvoir donner à ce sujet des renseignements
plus précis, nous nous sommes rendus à
Mardilly (Orne), chez M. Bazire, qui s'est
mis à notre disposition avec une obligeance
dont nous sommes heureux de pouvoir le
remercier ici.
Toute bouture est formée par une partie
vive détachée d'un végétal que l'on place
dans des conditions favorables pour qu'elle
puisse donner des racines, vivre ainsi sur son
propre fonds et reconstituer plus tard un
individu qui lui soit semblable en tout point.
Dans les circonstances ordinaire, les boutures se font à l'aide d'un rameau muni d'un
œil ou de plusieurs yeux ; cet œil ou bourgeon se développe ensuite en une branche,
qui devient la tige d'un nouvel arbre en
même temps que la partie du rameau placé
en terre produit et développe des racines.
Les plantes riches en tissu cellulaire reprennent, en général, plus facilement que
celles dont le bois est sec et dur ; une humidité, ainsi qu'une température convenable
sont indispensables au succès de l'opération.
Il faut donc, autant que possible, choisir
pour planter des boutures une terre franche
maintenue à un degré moyen d'humidité et
située dans un lieu où règne une atmosphère
légèrement humide, qui puisse diminuer
l'évaporation exercée par les feuilles.
M. Bazire conseille d'exécuter le bouturage
des pommiers de la façon suivante : en décembre on coupe, sur des arbres sains et
bien portants, des rameaux de l'année, vigoureux, bien aoûtés, et on les met en jauge
en les enterrant jusqu'au quart au pied d'un
mur ou d'une haie exposés au nord. Les
rameaux sont inclinés à environ 45° et sortent de terre sur les trois quarts de leur longueur.
En février ou mars on prélève, sur la
partie moyenne des rameaux, une longueur
de 12 à 15 centimètres, de manière à ce que
la coupe inférieure soit située immédiatement
au-dessous d'un œil et qu'il y ait de quatre à
six yeux sur chaque tronçon ; on bouture en
place sur de petites planches bien labourées,
exposées au levant, en laissant deux yeux
au dessus de terre. II est bon de pailler le
sol immédiatement après la plantation, et
on aura soin de le tenir constamment humide
Les pépinières de M. Bazire sont situées au
fond d'une vallée traversée par un petit
ruisseau ; le sous-sol est formé de terre à
briques et la couche arable de terre un peu
argileuse, mais très bien ameublie.
Les boutures sont espacées d'environ 35 à
40 centimètres sur les lignes, et les dernières
sont distantes de 50 à 60 centimètres. Les
boutures ne sont pas repiquées ; on se contente, de tenir le sol suffisamment humide et
complètement exempt de mauvaises herbes.
Chaque année on donne au terrain de la
pépinière cinq on six labours et on pratique
les élagages et ébourgeonnages nécessaires.
Pour former le sujet on conserve une seule
tige, qu'on rabat pour faire la tête de l'arbre quand le sujet a atteint une hauteur de 2 mètres à 2 mètres 20.
Il vaudrait peut-être mieux, cependant,
soumettre les boutures au repiquage, car le
système radiculaire des jeunes arbres ne
pourrait que gagner à cette opération.
Quoiqu'il en soit, lors de notre visite à
Mardilly, au mois de juillet 1884, nous
avons eu l'occasion de voir de nombreuses
boutures qui, plantées au printemps précédent, étaient parfaitement reprises ; on nous
a assuré qu'on n'avait jamais à craindre un
déchet de plus de 4 à 5 %, la reprise de 95.
boutures sur 100 étant assurée.
Les boutures atteignent en moyenne, à
l'âge de 2 ans, une hauteur de 1 mètre 50 à
2 mètres : les tiges sont fortes, élancées et
bien droites, l'écorce lisse, de couleur claire,
et le système radiculaire bien constitué. A
cinq ans les arbres sont bons à être plantés
à demeure.
Nous avons admiré dans les pépinières de
M. Bazire de très nombreux arbres de 5 à
6 ans, qui étaient admirablement venus ;
leurs tiges avaient, à 1 mètre du sol, 20 à
25 centimètres de circonférence et, à 2 mètres 30 de terre, vers le point où la tête commence à se former, elles avaient de 12 à 15
centimètres de tour. Ce sont là, assurément,
de très remarquables produits ; par le semis,
même en recourant au surgreffage, il est impossible d'arriver dans un laps de temps si
restreint à un aussi beau résultat.
Malheureusement, jusqu'à cette année, M.
Bazire avait négligé de noter les variétés
auxquelles appartenaient les pommiers qui
avaient fourni les boutures. Aussi ne peut-on
rien affirmer au sujet de la reproduction des
variétés avec leurs caractères distinctifs. Mais, lors du bouturage fait au printemps dernier,
les espèces ont été classées et notées avec
soin, et nous avons vu des boutures bien
reprises d'un grand nombre de variétés, telles
que : le rouge Duret, le Gouet, le Bedan, la
Peau-de-vache, le Moulin-à-vent, le bistier,
le Cartigny, le Lierre, ces deux dernières envoyées par M. Desplanques, président honoraire de l'Association pomologique de l'Ouest.
Nous avons pu remarquer que certaines
variétés poussent plus vigoureusement que
d'autres ; le Doucet d'août, par exemple,
vient assez difficilement, et, en général, les
boutures des arbres à pommes sûres réussissent mal.
Grâce aux envois de M. Desplanques, grâce
surtout à ceux de M. Rivière, le sympathique
et savant professeur d'agriculture de Seine-et-Oise, qui a expédié à Mardilly un certain
nombre de boutures numérotées et que nous
avons vu en pleine végétation, la lumière
aurait peut-être pu être faite sur la reproduction des variétés à l'aide du bouturage ;
mais l'Association pomologique ayant nommé,
à la suite du concours de 1885, une Commission spéciale pour étudier le procédé de
M. Bazire, ce dernier s'est récusé à plusieurs
reprises, et la Société, à la suite d'une discussion tenue au Congrès de Versailles en
1886, a complètement rejeté cette manière de
faire.
Quoiqu'il en soit, le bouturage des pommiers est une opération possible, dont on
peut avoir sous les yeux la preuve matérielle
et indéniable, et quand bien même il ne permettrait pas de reproduire les variétés avec
leurs caractères distinctifs, il pourrait toujours être utilisé pour obtenir rapidement
des arbres vigoureux que l'on grefferait en
tête.
Formation de la tête du pommier à cidre.
La plupart des arbres que l'on rencontre
dans les vergers et dans les terres de labour
ont la tête en forme de demi-sphère plus ou
moins régulière et entièrement pleine. Cette
disposition est des plus fâcheuses, car lorsque
les rameaux sont couverts de feuilles, les
rayons solaires ne peuvent pénétrer à travers
cet épais feuillage et le périmètre de l'arbre,
étant seul éclairé, fructifie seul. On doit
s'adonner à faire prendre à la tête des jeunes
pommiers la forme d'un vaste gobelet, pour
que le soleil puisse en éclairer également
toutes les parties ; l'arbre aura une végétation plus luxuriante, et la surface productive
se trouvera presque doublée.
La direction à donner à la tête des arbres
est la même pour tous, qu'ils aient été greffés
en tête ou en pied ; on doit, pendant l'année
qui suit l'opération de la greffe, veiller à ce
qu'il ne se développe, pour former la tête de
l'arbre, que deux, trois ou quatre rameaux.
Il convient que ces rameaux soient opposés, s'il y en a deux ; qu'ils forment un
triangle, s'ils sont au nombre de trois ; enfin,
qu'ils soient disposés en croix, s'il y en a
quatre.
Pendant l'été, on pince tous les bourgeons
qui se développent dans la tête de l'arbre,
quand ils auront atteint une longueur de
15 centimètres, afin de conserver toute leur
vigueur aux rameaux principaux, entre lesquels il faut avoir soin de maintenir un juste
équilibre en pinçant, vers lu mois de juillet,
l'extrémité de ceux qui seraient trop vigoureux.
Pendant l'hiver, on taille les rameaux
conservés à environ 30 centimètres de leur
point de naissance et à deux yeux, qui émettront des rameaux, qu'on devra seuls laisser
développer vigoureusement l'été suivant.
La tête de l'arbre est convenablement formée quand elle a huit rameaux principaux,
et dès lors on n'a plus qu'à favoriser son
développement.
Paul ALEXANDRE,
Professeur départemental d'agriculture du Finistère - 1887-1888.
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