La récolte des fruits est une opération
d'une importance capitale, à laquelle les
agriculteurs doivent apporter tous leurs soins ;
d'elle dépend, en grande partie, la qualité
des cidres qu'ils fabriqueront plus tard.
En général, la cueillette des pommes est
malheureusement pratiquée d'une façon
déplorable, et cependant que de déceptions,
que de pertes d'argent ne s'épargnerait-on
pas en l'exécutant d'une manière mieux entendue. Mais au grand préjudice du cultivateur, la routine domine ici en maîtresse
absolue, aussi ne saurait-on trop s'attacher
à combattre les pratiques étranges et les
usages barbares qu'elle a transmis jusqu'à
nous.
Il est nécessaire pour récolter les pommes
d'une façon convenable :
1° de ne les cueillir que quand elles présentent un degré de maturité suffisant ;
2° de faire usage d'instruments bien appropriés ;
3° de faire un triage des fruits.
La cueillette des pommes s'exécute de la
fin d'août à la fin de novembre, suivant les
variétés et les localités. Elle doit se faire par
un temps beau et sec, et seulement quand
les fruits sont arrivés à une maturité assez
avancée pour pouvoir mûrir complètement,
après leur séparation de l'arbre.
On reconnaît que les pommes de 1ère et de
2ème saison sont suffisamment mûres pour être
cueillies :
1° au changement de coloration ;
2° à l'odeur agréable qui s'en exhale ;
3" à la couleur foncée des pépins ;
4° à la chute spontanée de fruits sains qui
se détachent de l'arbre et tombent sur le sol,
même quand il ne règne aucun vent.
Quant aux pommes appartenant aux variétés tardives, mûrissant à la fin de décembre et en janvier, on peut les laisser sur les
arbres aussi longtemps que possible ; mais
il faut avoir soin de les récolter avant les
grands froids pour que la gelée ne vienne
pas détruire leurs tissus.
Lorsque les arbres sont chargés de fruits,
il faut les détacher en plusieurs fois et
ramasser, avant d'en abattre de nouvelles,
les pommes déjà tombées, autrement elles
roulent et tombent les unes sur les autres,
et un grand nombre se trouvent froissées, ce
qu'il faut absolument chercher à éviter, car
dans les parties meurtries, il se développe
une fermentation très nuisible à la bonne
qualité du cidre.
Pour empêcher les fruits d'être contusionnés en tombant, M. Du Breuil conseille
l'emploi d'une toile dont la dimension est
calculée sur celle de la tête du plus grand
arbre du verger, et dans le centre de laquelle
se trouve un trou pouvant embrasser le tronc.
« Depuis ce trou jusqu'au bord, s'étend une
coupure qui, la toile une fois placée, est
lacée par une corde passant dans des
œillets. A chacun des coins, on pratique
également des œillets qui reçoivent de trois
côtés des piquets fichés en terre. Le piquet
A est plus élevé que les piquets B ; le
quatrième angle est fixé à un tonneau, un
panier ou même une voilure moins élevés
que les piquets B ; les fruits tombent sur
cette toile : et, suivant ce plan incliné,
arrivent ainsi dans l'un ou l'autre de ces
récipients.
Par ce moyen, les pommes ne sont pas
meurtries, elles ne sont pas souillées par
la terre et la boue ; enfin, il y a une assez
grande économie de main d'œuvre, puisqu'on
n'est pas obligé de les ramasser. »
I1 est très important de ramasser les fruits
le plus vite possible après les avoir abattus,
Bien des cultivateurs ne se rendent pas assez
compte des dommages considérables que
cause aux pommes un séjour prolongé sur
la terre, surtout quand elle est humide. La
partie qui est restée six ou huit jours en
contact du sol est souvent pourrie, surtout
en septembre et en octobre ; mise en tas, la
pomme ne peut tarder à se gâter entièrement, la pourriture gagne les fruits voisins,
et il en résulte rapidement un désastre incalculable.
On doit, autant que possible, ne pas
laisser sous l'arbre les pommes plus de 24
heures ; non seulement elles se pourrissent,
mais elles perdent rapidement sous l'action
de l'humidité et des pluies une grande partie
de leur suc.
On peut s'en convaincre par une expérience bien facile à réaliser. Il suffit de
mettre une pomme dans un verre d'eau claire
et l'abandonner ainsi pendant six ou huit
jours, on verra l'eau se colorer peu à peu
et devenir sucrée. Un phénomène de dyalise
s'est produit ; à travers les pores de la peau,
deux courants se sont établis; l'un de l'extérieur vers l'intérieur, qui amène l'eau pure,
l'autre de l'intérieur vers l'extérieur, qui
ramène l'eau chargée d'une certaine quantité
de suc. Un échange continue jusqu'à ce que
le liquide extérieur contienne autant de suc
que le jus du fruit, et si l'eau extérieure
est fréquemment renouvelée, comme cela
a lieu quand les pommes sont exposées à
l'humidité et à la pluie, tout le suc qu'elles
renferment peut se trouver enlevé.
Triage, et conservation des fruits.
Quelques cultivateurs ont l'habitude fâcheuse de mélanger ensemble toutes leurs
pommes au moment de la cueillette ; c'est
une pratique mauvaise et qu'on doit complètement rejeter.
Il faut mettre à part tous les fruits tombés
avant la récolte et ceux qui sont altérés.
Les pommes tendres que l'on cueille, en
général, dans le courant de septembre,
doivent être brassées immédiatement, car
elles sont arrivées, à ce moment, à un degré
de maturité satisfaisant.
Il est de toute nécessité de conserver les
fruits de deuxième et de troisième saison,
jusqu'à ce qu'ils aient atteint une maturité
convenable, qui leur permette de contenir
la plus grande proportion possible de suc.
Mais il faut, avant tout, leur l'aire subir un
triage judicieux, placer séparément les
pommes douces, les pommes amères et les
pommes acides ; et ne mélanger que les
fruits de même saveur et mûrissant à la
même époque, pour pouvoir les brasser
facilement au moment opportun.
Pour conserver les pommes tendres qui
atteignent assez vite une maturation convenable, il suffit de les abriter sous des
hangars. On en fait des tas de 50
hectolitres
environ que l'on recouvre de paille. Quand
on manque de place, on peut improviser
de petits hangars à l'aide de paillassons faits
de longue paille, maintenus entre deux
gaulettes. On dispose les pommes sur un
paillasson placé sur le sol, et on recouvre le
tas avec deux paillassons inclinés de manière
à former une sorte de toiture.
Pour les fruits de troisième saison, il est
indispensable de les déposer dans un endroit
clos et bien sain, à l'abri de l'humidité et
des gelées.
Avant de réunir les pommes en monceaux,
il est bon de leur faire perdre une partie de
leur humidité, en les étendant au soleil,
pendant quelques jours ; on évite ainsi qu'il
ne se produise, plus tard, des moisissures.
Il faut d'ailleurs bien se garder de former
des tas trop considérables ; car les fruits au
lieu de subir une réaction favorable à leur
qualité, pourraient s'altérer complètement et
pourrir.
Il est utile, en outre, de venir de temps en temps s'assurer que les pommes
ne s'échauffent pas ; si ce fait se produisait, on devrait remuer aussitôt
les tas et les bien aérer. Les précautions que nous venons de recommander
de prendre, pour récolter et conserver les fruits à cidre,
sont de la plus grande importance. Quand les pommes sont mal récoltées,
qu'on les abandonne dans les cours ou dans les vergers à toutes les intempéries
de la saison, elles perdent rapidement une partie de leur qualité, et
peuvent même devenir complètement impropres à la fermentation alcoolique.
Le cultivateur soucieux de ses intérêts, qui veut produire des cidres
de fabrication soignée et de bonne garde, ne doit pas hésiter à donner
à la récolte et à la conservation de ses fruits tous les soins qu'elles
exigent ; il s'évitera ainsi bien des déceptions pénibles, bien des pertes
de temps et d'argent !
Paul ALEXANDRE,
Professeur départemental d'agriculture du Finistère - 1887-1888.
°°°
La flore de la presqu'île de Crozon
Fleurs blanches sauvages Fleurs bleues sauvages Fleurs jaunes sauvages Fleurs rouges sauvages Changement de couleur des fleurs Baies sauvages comestibles ou toxiques Tourbières Les plantes terrestres du littoral La flore maritime du promeneur Les plantes invasives et le climat Chêne Vert Forêt domaniale de Landévennec Champignons Molène commune Algue encroûtante rosePommiers & cidre
Pommier - semis • Production cidre • Variétés de pommes à cidre • Greffage • Plantation • Récolte • Poires pour le poiré
Pages récentes : Posteau ? • Impôts taxes d'antan • Ragots rumeurs • Batterie du Grand Gouin 17 & 19ème • Garde juré • Variétés pommiers à cidre • Filage de l'huile • Pommier : semis • Rabotage de chaussée • L'histoire de l'école de Telgruc • Vieilles pierres de Penfeunteun • Le Recteur Ily un agitateur • Le certificat d'études • Nominations d'instituteurs adjoints • Morts pour cause de quai • Tu seras cantonnier • Les mâts en hiver • 500 détecteurs incendie • Elections municipales • Métairie • Hospice de Crozon • Du toponyme au patronyme Cosquer • Elections sénatoriales • Le juge de paix • Elections législatives • Résultats de pêche • Elections cantonales • La légende des 7 saints est presqu'îlienne • Le bonheur trompeur des fleurs jaunes de prairie • Mouvements de canons • Les salorges du Fret • Description d'un foudroiement survenu au 19ème siècle • Agression au couteau • Disparition volontaire • Tremblements de terre • Itinéraire du conseil de révision • Travail des enfants : domestiques à la ferme • Les chevaux en recensement