PLANTATION DES POMMIERS A DEMEURE
Epoque de la plantation.
Quand les jeunes plants de pommiers se
sont suffisamment développés dans la pépinière il convient de les planter à demeure
dans les endroits qui leur sont destinés.
On peut pratiquer cette opération depuis
la fin d'octobre jusqu'au mois d'avril, sauf
pendant les temps de grandes gelées. Toutefois, dans les terres sèches et légères, il est
plus avantageux de planter à l'automne ;
dans les sols humides et frais, il vaut mieux
attendre le printemps.
L'exposition à laquelle les arbres doivent
être plantés joue encore un rôle important
dans le choix de l'époque convenable pour
exécuter la plantation. Quand on plante en
plein dans les champs ou dans des endroits
découverts, il convient d'attendre la fin de
l'hiver, car on peut craindre que les vents
violents ne renversent les arbres ou ne leur
causent des ébranlements répétés, qui, en
brisant une partie des jeunes racines, compromettraient gravement l'avenir de la nouvelle plantation.
Place des arbres dans les cultures.
On cultive les arbres à fruits à cidre
dans les pâturages, dans les cours de ferme et dans les champs.
On ne saurait trop engager l'agriculteur à
planter leurs herbages ; c'est surtout dans
les vergers que l'on peut pratiquer avec succès la fameuse culture à deux étages, tant
vantée, que les arbres à fruits à cidre permettent de réaliser. MM. Hauchecorne et
Boutteville écrivent à ce sujet dans leur ouvrage sur le cidre :
« On pourrait croire à priori que cette
situation est défavorable au développement
des herbes et nuisible à leurs qualités,
mais il n'en est rien, car l'expérience de
tous les jours prouve, dans les fermes
cauchoises, que si l'herbe obtenue sous les
pommiers est abondante, elle n'en est pas
moins appétissante pour les animaux des
espèces bovine et chevaline, qui la recherche
avec ardeur ; les premiers la consomment avec avidité, en s'engraissant
rapidement ou bien en fournissant un lait
toujours très abondant, très agréable au
goût et très riche en beurre. »
Nature du sol.
Le pommier n'est pas exigeant, et, si l'on
en excepte les terrains exclusivement calcaires, sableux ou argileux, il vient à peu
près dans tous les sols. Il est nécessaire, toutefois, de se rendre compte de la nature du
terrain dans lequel on désire effectuer une
plantation, car s'il était de trop mauvaise
qualité il faudrait s'efforcer d'y remédier.
Il sera bon de chauler ou de marner les
terres où le calcaire fait défaut ; de fumer
avec de bon terreau bien décomposé les sols
trop siliceux et trop friables et d'amender les
terres argileuses avec des sablons calcaires.
On devra drainer les herbages où l'eau
séjourne, irriguer, au contraire, ceux qui
sont trop secs, exécuter, en un mot, tous les
travaux nécessaires pour rendre la terre saine
et d'une fertilité convenable.
Distance à réserver entre las arbres.
On plante les arbres en lignes dirigées de
l'Est à l'Ouest ou du Nord au Sud, en ayant
soin de laisser entre eux un intervalle suffisant, qu'il importe de préciser, car on a, en
général, une certaine tendance à planter trop
serré. Quand ils sont trop rapprochés les uns
des autres, les arbres ombragent le sol outre
mesure, ils se gênent mutuellement et ils ne
peuvent atteindre leur complet développement. Nous conseillerons donc d'espacer les
pommiers de 14 à 15 mètres en tous sens
dans les herbages un peu humides et d'environ 9 à 10 mètres dans les pâturages secs,
où la végétation est moins vigoureuse. Dans
le premier cas, on plante par hectare de superficie de 60 à 70 arbres, et dans le second
une centaine, de façon à ce que, quand elle
sera complètement développée, la tête de
chaque pommier soit séparée par un intervalle d'environ 2 mètres.
Disposition à donner aux barres.
Dans les vergers, les pâturages, les cours
de ferme, on doit préférer le mode de plantation en quinconce à la plantation carrée ;
les arbres sont plus régulièrement répartis,
ils sont équidistants et ils sont mieux éclairés. En outre, à surface de terrain égale et à
distance égale entre les arbres, on peut
planter plus de pommiers avec la première
disposition qu'avec la seconde, avantage précieux, qui permet d'obtenir du sol la quantité maxima de produits.
Dans la plantation en quinconce, en effet,
on prend pour distance entre les lignes une
longueur qui, allant d'un arbre d'une ligne
à l'arbre le plus près de la ligne voisine, est
mesurée obliquement et non perpendiculairement, comme dans la plantation en carré ;
chaque arbre se trouve à l'un des angles d'un
triangle équilatéral, et il en résulte que si,
en réalité, les ligues se trouvent plus rapprochées dans ce mode de plantation que
dans l'autre, les arbres n'en ont pas moins
une surface aussi grande pour développer
leurs organes souterrains.
Pour exécuter une plantation en quinconce,
on jalonne avec soin une ligne que l'on dirige, autant que possible, suivant la plus
grande longueur du terrain sur lequel on
opère. On indique sur cette ligne, en enfonçant un piquet dans le sol tous les 15 mètres
par exemple, les points où les arbres devront
être plantés, et de chacun de ces points
comme centre, avec une corde de 15 mètres
comme rayon, on trace des circonférences
qui donnent par leurs points d'intersection
la position, de nouveaux arbres, et ainsi de
suite.
Culture dans les champs.
La culture des pommiers dans les terres
de labour a été l'objet de nombreuses discussions. Quelques agronomes ont complètement condamné cette pratique, la considérant comme défectueuse et mauvaise et niant
les profits qu'on en pouvait tirer. D'autres,
moins affirmatifs, tout en rejetant son emploi, conseillent de planter seulement les
pommiers en bordure le long des chemins
ou à la séparation des sols.
Quant à nous, nous pensons que la question doit étre principalement envisagée au
point de vue de la nature du terrain dont on
dispose. Il est certain que le mode de culture
des pommiers en plein champ augmente les
frais généraux de l'exploitation, en empêchant
complètement sur les terres ainsi plantées
l'emploi des machines agricoles et en exigeant
au pied des arbres un labour à bras d'homme.
En outre, l'ombrage que les arbres portent
sur le sol nuit, en général, plus ou moins à
la végétation des céréales situées immédiatement au dessous d'eux. Mais, d'un autre
côté, le pommier donne, sans beaucoup de
frais, un produit qui joue un rôle important
dans l'alimentation publique et dont la valeur,
assez considérable, augmente dans une proportion très sensible le revenu de la terre.
Quand on opère sur des sols très fertiles,
où les récoltes ont un prix élevé, il pourra se
faire que le dommage causé par les pommiers
ne soit pas compensé par le produit qu'ils
donneront ; mais on est loin d'avoir toujours à sa disposition des terres de qualité
supérieure. Dans les sols peu fertiles ou de
fécondité moyenne, la culture des pommiers
ne donnera que des bénéfices et, loin d'être
préjudiciable aux recolles, elle pourra même
leur devenir profitable quand les terres seront
légères et exposées à la sécheresse.
Nous conseillons donc :
1° De ne pas faire de plantations d'arbres
à fruits à cidre dans les terres de première
classe, ou du moins de n'en planter qu'en
bordure au Nord et à l'Ouest ; l'arrivée des
rayons du soleil levant et couchant n'étant
pas alors entravée, les récoltes ne souffriront
pas de la présence des arbres ;
2° D'agir de même à l'égard des terres de
deuxième, classe, à moins qu'elles ne soient
exposées à la sécheresse ; dans ce cas, il sera
souvent préférable de planter les arbres en
les espaçant de 32 à 35 mètres ;
3° De planter en plein , c'est-à-dire en
lignes rapprochées, sur tous les terrains de
troisième catégorie, en laissant entre les
pommiers une distance convenable.
Plantation en bordure.
Quand on dispose les arbres en bordure le
long des chemins, il faut faire en sorte qu'ils n'entravent pas la circulation des voitures et
des animaux, quand leur tête sera complètement développée. On devra donc, pour
obvier à cet inconvénient, laisser entre le
chemin et la bordure une distance de 5 à
6 mètres.
Quant à l'intervalle qui devra séparer les
arbres il pourra varier de 20 à 25 mètres
selon la nature du sol.
Plantation en plein.
Quand on adopte le mode de plantation
en plein, on dispose généralement les arbres
en carré, en conservant entre eux et entre
les lignes une distance d'environ 30 mètres.
Bien que ce mode de plantation en carré
soit, comme nous l'avons montré, moins
avantageux que la plantation en quinconce, il
lui est souvent préféré dans le cas qui nous
occupe ; il offre l'avantage de laisser exécuter
plus facilement en long et en travers les
labours, les hersages et les autres préparations du sol.
Dans la plantation en carré, l'arbre d'une
ligne se trouve en face de celui de la ligne
voisine, chacun d'eux occupant l'un des
angles d'un triangle rectangle.
Préparation du sol.
Que l'on plante les pommiers en bordure
ou en plan, suivant le mode de plantation
en quinconce, ou en carré, il est de toute
nécessité de faire subir au terrain qui doit
les recevoir une bonne préparation. On ne
saurait l'exécuter avec trop de soin, car les
arbres souffrent toujours après leur transplantation ; ils ont perdu, quelque précaution que l'on prenne, une certaine quantité
de leurs racines, et le terrain d'où ils viennent est en général meilleur que celui dans
lequel ils doivent vivre désormais. Leur
végétation se trouve donc entravée ; aussi
doit-on s'efforcer d'y remédier dans les
limites du possible.
On doit creuser les trous destinés à recevoir les jeunes arbres deux ou trois mois
avant leur plantation. et non au moment
même de leur mise en terre, ainsi qu'on le
fait trop souvent. On permettra ainsi à la
terre qu'ils contiennent de devenir plus friable et mieux aérée et aux agents atmosphériques d'agir sur les principes fertilisants du
sol, pour les rendre plus assimilables.
Il est en général avantageux de faire des
trous de grandes dimensions ; les racines,
n'étant pas arrêtées par les parois de la fosse,
pourront s'étendre facilement et fournir au
jeune arbre toute la nourriture dont il a
besoin pour un rapide accroissement. Si on
se contente de pratiquer une petite excavation, suffisante à peine pour contenir les
racines, celles-ci seront bientôt arrêtées dans
leur développement, l'arbre languira et finira
par périr. Dans les terres très fertiles, les
dimensions des trous peuvent varier de
1 mètre à 1 mètre 25 de largeur sur une
profondeur de 50 à 60 centimètres ; mais
dans les terrains pauvres et de mauvaise
qualité, les fosses doivent atteindre au moins
2 mètres de largeur sur une profondeur de
1 mètre. Une exception, cependant, est à
signaler pour les sols très humides, dans
lesquels il est bon de ne pas dépasser
0 mètre 30 à 0 mètre 35 centimètres de pro-
fondeur.
La forme à donner aux trous est de peu
d'importance ; cependant on conseille, en
général, de pratiquer des trous circulaires de
préférence à des trous carrés, les racines des
arbres pouvant s'y développer plus à l'aise
dans tous les sens.
Quand on creuse les fosses, il est important de séparer les différentes couches de
terre à mesure qu'on les extrait, et de la
disposer en tas sur le pourtour des trous
jusqu'au moment de la mise en terre. On
formera ainsi un premier tas avec le gazon,
un second avec la terre végétale, un troisième avec la terre du sous sol. On réunit
ensuite sur l'un des côtés de l'excavation les
engrais et amendements nécessaires : plâtras,
déchets de chiffons, composts, curures de
cours, de fossés, des marcs, etc..., toutes
matières à décomposition lente, qui ne pourront que s'améliorer et devenir plus assimilables en restant quelque temps exposées à
l'action des agents atmosphériques.
Choix des arbres.
On ne saurait trop engager le cultivateur
qui, faute de temps ou de connaissances pratiques sur le sujet, préfère acheter les arbres
chez un pépiniériste que de les élever lui-même, à apporter dans cet achat la plus
grande circonspection.
Bien souvent, la négligence ou une économie mal entendue ont causé aux propriétaires faisant des plantations nouvelles des
pertes considérables de temps et d'argent,
qu'ils eussent pu bien facilement éviter par
un choix judicieux des sujets.
Le cultivateur doit, autant que possible,
prendre des arbres dont la tige est droite, la
tête vigoureuse et bien disposée, l'écorce
exempte de plaies et lisse ; cependant, les
nœuds qui existent, parfois en grand nombre, sur le pourtour de la tige, et qui sont le
résultat de la suppression des ramifications,
ne doivent pas l'alarmer. Il faut, au contraire, rejeter d'une façon absolue ceux qui
auraient un système radiculaire peu développé, ceux dont la tête serait peu vigoureuse, ceux qui auraient un gros bourrelet
de formé au pied, ceux, enfin, qui présenteraient des plaies ou des chancres.
Quant à la couleur plus ou moins claire
que peut avoir l'écorce des jeunes sujets, en
ne doit pas y attacher une importance bien
grande ; elle varie suivant les espèces et suivant le terrain et résulte souvent des engrais
abondants qu'ils ont reçus en pépinière.
L'agriculteur éclairé qui désire acheter de
jeunes arbres devra donc se rendre compte
du mode de culture qu'ils ont subi dans la
pépinière et de la nature du sol de cette dernière.
Les pépiniéristes ne repiquent pas toujours leurs arbres ; pour économiser
la main-d'œuvre, ils se contentent parfois de les éclaircir, dans les
carrés des semis,
suivant les besoins; ils ont, en outre, tout avantage à avoir un terrain
un peu frais et très riche en engrais, pour obtenir dans le moins de temps
possible des arbres vendables.
L'intérêt du cultivateur est tout opposé; les
sujets qui ont été repiqués ont un système
radiculaire plus développé et mieux constitué, un chevelu plus abondant que n'en
possèdent ceux qui n'ont pas été soumis à
cette opération, et leur reprise est bien moins
aléatoire. Cette dernière sera d'autant mieux
assurée que les arbres auront été pris dans
une pépinière dont la nature du sol sera plus
voisine de celle du terrain dans lequel la
plantation doit se faire ; ce sol est, en général, toujours moins fertile que celui de la
pépinière, mais il est mauvais qu'il existe
entre eux une trop grande différence de fertilité ; les jeunes arbres, dans ce cas, souffrent, languissent et parfois finissent par
périr.
Il n'est pas indifférent d'examiner quelles
dimensions les tiges des jeunes sujets doivent
avoir atteintes au moment de leur plantation
à demeure. Elles peuvent, évidemment,
varier suivant les circonstances. Dans les
pâturages et les cours de ferme, où, en général, les arbres sont à l'abri des vents violents, les tiges peuvent n'avoir que 2 mètres
de hauteur, avec un diamètre de 4 à 5 centimètres à 1 mètre du sol ; dans les champs,
au contraire, les arbres doivent posséder
assez de force pour résister aux grands vents,
aux bestiaux, au choc des instruments aratoires ; aussi devront-ils avoir acquis au
moins 6 à 7 centimètres de diamètre et une
hauteur de 2 mètres 10 à 2 mètres 30 pour
donner, au dessous de leurs branches, un
passage facile aux animaux.
On a beaucoup discuté sur la question de
savoir s'il valait mieux planter à demeure
les arbres tout greffés ou simplement des
sauvageons que l'on grefferait plus tard.
Cette dernière manière d'opérer est, en général, plus répandue que la première ; nous
trouvons que c'est avec raison. Dans les conditions actuelles, la plupart des cultivateurs
n'élèvent pas les jeunes pommiers qu'ils
désirent planter à demeure, mais ils les achètent à des pépiniéristes ; ils se trouvent donc
exposés à ne pas avoir les espèces qu'ils
recherchent, ce qui est d'une importance capitale pour le producteur de cidre.
En effet, le pépiniériste greffe, en général, des variétés très vigoureuses
mais peu productives et parfois peu recommandables. On ne saurait trop
engager, cependant, les propriétaires à ne pas précipiter le moment du
greffage. Parfois
on soumet les jeunes arbres à cette opération dès l'année de leur plantation
; c'est une pratique vicieuse, qu'on doit absolument rejeter; quelque
précaution que l'on prenne, les arbres soutirent toujours après la transplantation,
aussi doit-on laisser émettre à leur tête le plus grand nombre possible
de rameaux, pour leur permettre de développer un système radiculaire puissant.
En les greffant de suite, il faut les étêter, et
les arbres, faute de moyen pour produire de
nouvelles racines, languiront jusqu'au moment où le greffon pourra émettre assez de
rameaux pour permettre la production de
nombreuses radicelles nécessaires à la végétation. Aussi conseillons-nous de ne pratiquer
le greffage qu'à la seconde ou troisième année
de plantation.
Quand le propriétaire possède une pépinière, il a tout avantage, au contraire, à ne
planter ses arbres qu'un ou deux ans après
les avoir : reliés ; il n'a alors à supprimer que
les extrémités de quelques rameaux et il ne
se trouve pas dans la nécessité d'étêter les
jeunes sujets deux ans après leur plantation,
comme s'ils n'étaient pas greffés, ce qui
arrête toujours leur développement d'une
manière fâcheuse.
Les tiges formées à l'aide du sauvageon
étant, en général, plus rustiques que les
autres, il convient, quand on achète des
arbres, de préférer ceux greffés en tête à
ceux greffés en pied, d'autant plus que ces
derniers sont le plus souvent greffés avec des
variétés très vigoureuses mais peu recommandables au point de vue de la qualité.
Les arbres qui ne changent ni de climat ni
de sol, qui n'ont pas à supporter un long
voyage, souffrent bien moins que les autres
lors de leur transplantation ; nous conseillons
donc, à qualité égale de produits, de donner
la préférence au pépiniériste le plus voisin
du lieu où la plantation doit se faire.
Assortiment des variétés.
Le cultivateur soucieux de ses intérêts doit s'efforcer d'obtenir chaque
année une, récolte moyenne, en plantant en nombre à peu près égal des
variétés précoces,
de moyenne saison et tardives, tout en choisissant, et en suivant les
indications que nous avons indiquées, des espèces recommandables à tous
les égards, il est en outre très important que les jeunes arbres soient,
dans ces cultures, classés le plus régulièrement possible ; la récolte
des fruits, le mélange des pommes pour la fabrication du cidre, pourront
plus tard s'exécuter plus facilement et plus régulièrement. Il devra donc
réunir par groupes distincts les variétés de première, de seconde et de
troisième saison, celles à fruits doux et celles à fruits amers. Il est
utile de planter chaque variété dans l'endroit qui lui convient le mieux.
Dans les champs, on ne mettra pas d'espèces très précoces, dont les fruits
pourraient tomber sur le sol avant l'enlèvement de la récolte ; dans les
vergers, on plantera les variétés les plus délicates. On disposera au
Nord et à l'Ouest les espèces les plus rustiques, au Sud et au centre
les plus délicates, à l'Est les variétés vigoureuses et fleurissant tardive-
ment.
Dans les endroits découverts et exposés
aux grands vents, on pourra protéger la
plantation, surtout vers le Nord-Ouest, par
une ligne de poiriers, dont la fleur est bien
moins délicate que celle des pommiers.
Déplantation des arbres dans la pépinière.
La déplantation des arbres dans la pépinière est une opération des plus délicates, à
laquelle, malheureusement, on n'accorde pas
toujours l'importance qu'elle mérite. Il est
de toute nécessité, pourtant, de veiller à ce
que son exécution soit bien conduite ; elle,
joue un rôle important dans le succès de
l'entreprise, et elle exige des soins particuliers et minutieux, qu'on ne saurait négliger
de prendre. En général, on ne déplante pas
les arbres, on les arrache ; pratique vicieuse,
s'il en fût, et dont les résultats sont déplorables. Les arbres ont leurs racines mutilées
et leur chevelu à peu près détruit ; pour
rétablir l'équilibre entre les parties souterraines et aériennes de l'arbre, on se trouve
dans la nécessité de supprimer une portion
considérable de la tige et des organes foliacés, l'arbre languit et souvent finit par
périr.
Que de déceptions ! que de pertes de temps
et d'argent le cultivateur ne s'épargnerait-il
pas si, au lieu de pratiquer la déplantation
avec un sans-gêne et une négligence déplorables, il l'exécutait avec toutes les précautions qu'elle demande, avec tous les soins
qu'elle exige ! Comme nous l'avons indiqué
à propos du repiquage, il est indispensable
de pratiquer à l'une des extrémités du carré
renfermant les jeunes arbres une tranchée
dont la profondeur dépassera un peu celle
atteinte par les racines; on minera la terre
de proche en proche, et on pourra facilement enlever les jeunes sujets avec leurs
racines intactes.
Les arbres trop faibles pour être plantés à
demeure, et qu'on se trouve cependant dans
la nécessité d'extraire en même temps que
les autres, seront remis en pépinière dans
un endroit spécial.
On doit choisir, autant que possible, pour
exécuter la déplantation, un temps doux et
sans pluie, Il faut se garder surtout de pratiquer cette opération quand il règne des
vents desséchants et froids ou que la température est descendue au dessous de zéro, car
les radicelles et le chevelu des jeunes arbres
sont très délicats, et ces organes, qu'on a un
intérêt si puissant à conserver intacts, seraient
bientôt désorganisés.
Préparation des arbres.
Il arrive fréquemment qu'on se trouve
dans l'impossibilité de planter les jeunes
arbres immédiatement après leur sortie de la
pépinière ; il est alors indispensable de les
mettre en jauge, afin de conserver leurs
racines en bon état. On creuse, à cet effet,
une tranchée plus ou moins étendue de
0 m. 40 ou de 0 m. 50 de profondeur et dont
les parois sont, soit toutes deux verticales,
soit l'une verticale et l'autre oblique. On y
dépose les arbres les uns à côté des autres
et on recouvre leurs racines d'une couche de
terre.
On peut aussi employer le même procédé pour rendre à des arbres qui ont beaucoup souffert de la sécheresse pendant un
long voyage une partie de l'eau qu'ils ont
perdue en les met pendant sept à huit jours
en jauge, en les couchant dans une tranchée
que l'on a recouverte d'une légère couche de
terre, puis d'un paillis que l'on arrosera de
temps en temps.
Habillage.
Quand arrive le moment de confier définitivement les jeunes arbres au sol, il convient
de procéder à l'habillage de leurs racines et
de leur tige.
Cette opération consiste à supprimer avec
une serpette bien tranchante un cinquième
environ des grandes racines pivotantes et
l'extrémité des petites racines qui sont brisées ou desséchées ; car, quelque soin que
l'on prenne, le système radiculaire des jeunes
arbres est toujours plus ou moins endommagé pendant la déplantation. En supprimant l'extrémité des grandes racines, en
remplaçant par des plaies bien nettes toutes
les déchirures, toutes les lésions qui ont pu
se produire, on provoque l'émission d'un
grand nombre de radicelles, d'un abondant
chevelu, qui assureront la reprise de l'arbre.
L'habillage de la racine doit avoir pour
corollaire celui de la tige, un juste équilibre
devant toujours exister entre les organes
d'absorption et ceux qui évaporent. L'important est de maintenir cette bonne proportion entre les parties aériennes et souterraines de l'arbre ; aussi doit-on se garder de
couper la plupart des rameaux ou d'étêter
l'arbre. Les suppressions ne doivent porter
que sur les rameaux d'un an et tout au plus
sur ceux de doux ans.
Il serait mauvais cependant de planter les
arbres en leur conservant leurs racines et
leurs branches dans toute leur longueur ; la
pratique et l'expérience ont prouvé depuis
longtemps que les sujets dont les rameaux
et les racines ont été taillés convenablement
et avec une juste mesure prennent bien plus
rapidement possession du sol que ceux qui
n'ont subi aucune taille, mais il faut se garder de tomber dans l'excès contraire.
Par une pratique des plus fâcheuses, on a
souvent l'habitude d'exécuter un habillage
exagéré ; on supprime la plus grande partie
des grosses racines, on ébarbe complètement
le chevelu et on coupe la tête de l'arbre.
C'est un procédé des plus mauvais et qu'on
doit rejeter ; on enlève ainsi aux jeunes
arbres ses principaux organes d'absorption
et on les empêche d'omettre les bourgeons et
les feuilles nécessaires à leur accroissement.
Mise en terre des arbres.
La profondeur à laquelle il convient d'enterrer les racines des jeunes arbres varie
suivant la nature du terrain dont on dispose ;
mais on doit toujours s'attacher à ce qu'elles
ne souffrent pas d'une humidité surabondante ou de la sécheresse, tout en profitant
de l'influence bienfaisante de l'air et de la
chaleur solaire.
Dans les sols humides et compacts, il sera
bon, une fois la terre du trou bien affaissée,
que le collet de l'arbre puisse se trouver au
niveau du sol ; dans les terres légères et exposées à la sécheresse, on fera en sorte que
le point où les racines prennent naissance
soit enterré de 8 à 10 centimètres, profondeur qui sera réduite à 5 ou 6 centimètres
pour les terres franches de circonstance
moyenne. La terre fraîchement remuée subit
toujours un tassement plus ou moins important ; le niveau du sol, après l'affaissement du terrain, baisse en général, dans le
cas qui nous occupe, de 10 à 15 centimètres ;
pour être certain que le collet de l'arbre se
trouve à la profondeur que nous venons
d'indiquer, on peut opérer de la façon suivante : prendre une règle bien droite, que
l'on pose sur les bords du trou, et placer le
collet de l'arbre à une hauteur qui sera, par
rapport au niveau du sol non remué, de 10
à 12 centimètres pour les terres humides,
1 à 2 centimètres pour les terres légères et
5 à 6 centimètres pour les terres franches.
Les trous ayant été préparés comme nous
l'avons indiqué plus haut, on exécutera la
plantation de la manière suivante :
On dispose au fond du trou les gazons,
préalablement bien divisés, et on forme au
dessus un monticule composé d'un mélange
de terre végétale et d'engrais. Ces derniers
pourront être, comme nous l'avons dit, des
curures de mares, de fossés, des composts,
des marcs de pommes, des terreaux, etc.;
mais il faut se garder d'employer du fumier,
des feuilles, de la tannée ou autres produits
susceptibles d'une fermentation active, car
on pourrait craindre que les racines, mises
en contact avec ces matières, ne prissent le
blanc.
On dispose l'arbre sur le sommet du monticule, en ayant soin d'étaler parfaitement
les racines, en leur donnant une direction
aussi normale que possible ; pendant qu'un
ouvrier le maintient dans la position convenable, un autre recouvre les racines avec le
reste du mélange de terre végétale et d'engrais ; si ce dernier ne suffit pas, il achève
de combler le trou avec la terre du sous-sol.
L'ouvrier qui maintient l'arbre doit avoir
soin, pendant cette opération, de le soulever
de temps en temps pour lui imprimer un
léger mouvement de trépidation, afin de bien
faire pénétrer la terre entre les racines. On
termine, enfin, en tassant légèrement le sol
avec les pieds et, si on fait la plantation sur
une terre exposée à la sécheresse, on pratique
tout autour du pied de l'arbre un auget ou
rigolle pour retenir les eaux pluviales.
On ne saurait trop blâmer la coutume détestable qu'ont certaines personnes d'imprimer à l'arbre des mouvements brusques et
violents, de plomber fortement le sol en piétinant la terre sur toute la surface du trou :
on dérange, par ce moyen, les racines de la
position qu'on leur avait fait prendre, on les
meurtrit, on les brise, et la reprise de l'arbre
s'en trouve gravement compromise.
Quand on plante en plein dans les terres
de labour, il est bon d'incliner un peu la tige
de l'arbre dans la direction suivant laquelle
soufflent les grands vents ; on aura moins à
craindre qu'ils ne soient déracinés ou arrachés, et peu à peu ils se trouvent redressés.
Quand on se propose de coucher une terre
de labour, c'est-à-dire la convertir en prairie,
il est très important de n'exécuter la plantation qu'après avoir fait le semis de l'herbe,
car la pratique a prouvé que les pommiers
languissaient et finissaient même par périr
quand on couchait les champs où ils végétaient déjà depuis quelques années.
Il faut bien dire, cependant, que si les
cultivateurs entouraient, dans les champs
qu'ils viennent de coucher, les arbres des
soins nécessaires, s'ils les labouraient au
pied, s'ils les fumaient même légèrement, il
est fort probable que ces arbres ne périraient
pas. Mais les agriculteurs négligent en général toutes ces précautions, et les arbres,
privés tout à coup des labours et des fumures
auxquels ils étaient habitués dans les champs,
languissent et finissent par périr.
Quand la plantation est terminée, afin de
maintenir dans le sol une humidité bienfaisante, on recouvre la surface du trou d'une
couverture de fumier pailleux, de bruyère,
de feuilles sèches, de tiges d'ajonc ou autres
débris de végétaux ; on peut encore employer
à cet effet des broussailles ou des pierres ;
mais, dans ce dernier cas, il faut avoir soin
d'en faire un dallage régulier et de protéger
la base de la tige en l'entourant de gazon.
Soins à donner aux arbres plantés
à demeure.
Lorsque les jeunes arbres sont plantés
dans les vergers ou dans les champs, il faut
se garder de les abandonner à eux mêmes ;
ils exigent, au contraire, des soins assez
nombreux, qu'on ne peut négliger de prendre
sans compromettre le succès de l'entreprise.
On doit protéger les arbres de la sécheresse,
de l'attaque des bestiaux, de l'ardeur du
soleil, de la violence des vents et du choc
des instruments aratoires ; il faut cultiver le
sol, lui donner les engrais nécessaires à leur
prompt développement. Il est nécessaire,
enfin, de bien diriger leurs rameaux pour
donner à la tête une forme appropriée et
régulière.
Soins à prendre contre la sécheresse
et l'ardeur du soleil.
Nous avons dit plus haut qu'il était bon
de recouvrir le sol, après la plantation, d'un
paillis de bruyères, de feuilles sèches ou
autres matières, pour maintenir autour des
racines une fraîcheur salutaire. Il est même
utile de prendre quelques précautions pour
empêcher la tige de se durcir et de se rider,
comme cela souvent a lieu, quand les arbres
viennent d'être transplantés. Dans la pépinière, ils végétaient à l'abri des grands vents
et de l'ardeur du soleil : comme ils se trouvent sans transition exposés à toutes leurs
attaques, il arrive fréquemment que l'écorce,
par suite d'une trop grande évaporation
d'eau à sa surface, se durcit et perd de son
élasticité. Pour obvier à cet inconvénient, fort
préjudiciable à l'accroissement de l'arbre, on
badigeonne la tige avec un lait de chaux,
dans lequel on ajoute une certaine quantité
de terre glaise et de bouse de vache, de façon
à en former une bouillie épaisse. On exécute
cette opération, vers le mois de mars, lorsque
la chaleur commence à devenir assez intense.
Armures.
Pour protéger les jeunes arbres de la violence des vents, du choc des instruments aratoires, ou de l'attaque des bestiaux, on les
entoure, pendant les sept ou huit années qui
suivent la plantation, d'armures qui sont
plus ou moins solidement constituées, selon
qu'elles sont destinées à défendre la tige
contre les vents ou les instruments aratoires,
ou contre les bestiaux.
Les armures de la première catégorie sont
très nombreuses ; les plus employées, sont les
suivantes :
On peut former autour de chaque arbre un
triangle équilatéral de 50 centimètres de côté
avec trois pièces, qu'on enfonce dans le sol de 30
à 35 centimètres. On les choisit assez longues,
pour avoir au-dessus de terre une hauteur d'environ 1 mètre 25, et on les relie au sommet et
à la partie médiane à l'aide de traverses qui les
tiennent régulièrement écartées. Sur le sommet de l'armure, on fixe une traverse de
chaque côté de la tige, de façon à la maintenir fixe et on l'entoure d'un tampon de
paille ou de mousse pour éviter les écorchures
et les déchirements que les frottements pourraient faire subir à l'écorce. Cette armure est
une des plus anciennement employées, elle
offre des inconvénients assez nombreux et
est d'un prix assez élevé ; on est forcé d'enfoncer les pieux très près du pied des arbres,
ce qui blesse les racines, et les bestiaux peuvent passer la tête entre l'espace assez grand
qui se trouve entre les pieux et brouter l'écorce
des jeunes tiges. Il est donc indispensable
d'entourer ces dernières de broussailles ou
d'épines.
On remplace parfois, l'armure précédente
par une autre formée de pieux plantés obliquement et réunis par leur extrémité supérieure ; l'épinage est encore d'absolue nécessité. Ce mode de procéder coûte aussi cher que
le premier et est moins efficace.
On emploie encore une armure formée d'un
seul pieu enfoncé à 15 centimètres du pied
de l'arbre, et muni de longues chevilles destinées à protéger la tige, qu'on entoure en
outre de branches d'épines. Cette armure est
peu coûteuse, mais les froissements répétés
de l'arbre contre le pieu et les chevilles causent, parfois, à l'écorce de graves dommages.
Pour remédier aux inconvénients des armures précédentes, on a conseillé l'usage de
deux pieux arqués, à la base, que l'on fixe
dans le sol, de chaque côté de l'arbre et que
l'on réunit au sommet, à la partie moyenne
et à 1a base, au moyen de traverses.
On entoure la partie de la tige, comprise
entre les deux traverses du sommet, avec un
solide tampon de paille, pour empêcher les
frottements de déchirer les écorces. Cette
armure est d'un prix presque aussi élevé que
la première dont nous avons parlé ; mais par
suite de l'arcure, l'intervalle entre les pieux
est moins grand et ils peuvent, en outre,
être enfoncés à une plus grande distance du
pied des arbres ; ces derniers sont donc mieux
protégés et leurs racines ne sont pas blessées.
Cette manière de faire peut être employée
dans les terres labourées ; mais il faut avoir
soin de disposer les pieux parallèlement à la
ligne des labours et de réunir les traverses
horizontales par des lattes clouées verticalement, pour empêcher les moutons d'atteindre
la tige des arbres.
Dans les vergers ou les pâturages, comme
on n'a pas à craindre, en général, les dommages que peuvent causer aux arbres l'action des grands vents ou le choc des instruments aratoires, on se sert, pour les protéger
contre les bestiaux, d'armures beaucoup plus
légères que les précédentes. La plus répandue est l'armure inventée par M. Lelong
elle se construit, aujourd'hui, en fer plat, et
se compose de quatre tringles, longues de
1 mètre 65 sur 3 centimètres de large,
munies de pointes qui dépassent sur une
épaisseur de 2 centimètres. Ces quatre tringles sont assujetties entre elles, à une distance d'environ 10 centimètres, par trois
liens de fil de fer ; pour les empêcher de
déchirer l'écorce, on fixe à leur sommet et
vers leur base un tampon do paille ou de
chanvre. Cet appareil, étant replié, entoure
l'arbre comme une sorte de manchon et forme
autour de lui un cylindre qui est maintenu
fermé au moyen des crochets qui terminent
les fils de fer. Cette armure coûte bon marché
et est très efficace contre les bestiaux, car les
tringles n'étant pas fixées en terre, le manchon tourne autour de l'arbre quand les animaux viennent s'y frotter et les pointes ne
les piquent que faiblement, mais d'une façon,
cependant suffisante pour les contraindre à
s'éloigner.
Quand les arbres viennent d'être greffés,
on emploie quelquefois, pour protéger plus
efficacement les greffes, des armures construites de la même façon que les précédentes,
mais terminées, à la partie supérieure, par
une partie évasée.
Les appareils précédents ont une durée
moyenne de 7 ou 8 ans, et comme, dès lors,
l'arbre a acquis assez de force pour résister
aux frottements des animaux, on se contente
d'empêcher les bestiaux de brouter les écorces
en entourant la tige d'un lien de paille tordue.
Ce procédé serait mauvais à employer pour
de très jeunes arbres qui n'auraient souvent
pas assez de force pour contraindre la corde
de paille à se prêter è leur grossissement ; mais, quand ils ont atteint l'âge de
8 à 10 ans, cet inconvénient n'est plus à
craindre.
Labours, fumures et amendements.
On ne donne souvent aux arbres plantés
à demeure ni labours ni fumures ; on a grand
tort, car on leur permettrait ainsi de s'accroitre et de produire plus rapidement. Dans
les terres de labour et dans les herbages où
pâture sans cesse un certain nombre d'animaux, il est assurément inutile de fumer les
pommiers, parce qu'ils peuvent profiter soit
des engrais que l'on applique au sol pour la
récolte, soit des déjections des animaux. Mais
on ne doit pas agir de même à l'égard des
arbres plantés dans les prairies fauchées ; il
faut absolument leur fournir alors une certaine quantité de matières fertilisantes ; il est
nécessaire, en outre, de labourer convenablement le sol à bras d'homme dans un cercle
de 2 mètres de rayon autour des arbres,
qu'ils soient plantés dans les champs ou dans
les vergers. En général, par une mesure
d'économie mal entendue, on n'agit pas
ainsi : on se contente, dans les champs, de
remuer la terre au pied des pommiers, en
passant avec la charrue le plus près possible
des arbres; dans les vergers, on cultive le
terrain autour des pieds, dans un rayon beaucoup trop restreint.
C'est là une pratique vicieuse et déplorable,
le choc de la charrue blesse et détruit un
grand nombre de jeunes radicelles, et comme
les arbres absorbent surtout par leurs racines
les plus extrêmes, ils profitent peu ou point
des labours qui sont faits immédiatement à
leur pied.
On doit opérer de la façon suivante :
Dans les champs, passer avec la charrue à
1 mètre au moins du pied des jeunes arbres,
et faire labourer par des ouvriers, armés
d'une fourche à dents plaies, le terrain restant. Pour les prairies, enlever, à l'automne,
le gazon dans un rayon de 2 mètres autour
de l'arbre, le déposer en tas et remuer la
terre à l'aide de la fourche. Pendant l'hiver,
abandonner le terrain ainsi préparé à lui-même, lui appliquer au printemps une fumure
appropriée, et remettre en place les plaques
de gazon enlevées à l'automne.
Cette opération doit se répéter tous les deux
ou trois ans, jusqu'à ce que le pommier ait
atteint l'âge de 12 à 15 ans. Dès lors, l'arbre
peut se suffire à lui-même ; ses racines s'étendent, en général, sur un cercle de plus de
2 mètres de rayon, qu'on peut d'ailleurs
déterminer en abaissant, de l'extrémité des
rameaux formant le périmètre de le tête de
l'arbre, des droites perpendiculaires au sol ;
les points où elles rencontrent le terrain, indiquent, à peu près, la place occupée par l'extrémité des racines.
Le meilleur engrais que l'on puisse choisir
pour appliquer au sol où sont plantés de
jeunes pommiers, sont des matières à décomposition lente, dont l'influence bienfaisante
pourra se faire sentir pendant plusieurs
années. Tels sont les chiffons de laine, les
déchets de laine, de cornes, de soies, les composts, des marcs de pommes ou de poires. Ces
derniers forment une excellente fumure, et
nous parlerons plus loin de leur emploi.
Quand les arbres ont atteint de grandes
dimensions, comme ils absorbent surtout par
leurs extrémités radiculaires, il vaut mieux
remplacer la fumure spéciale dont nous
venons de parler par des engrais appliqués
en couverture sur toute la surface du sol. Les
fumures ne sont pas toujours suffisantes pour
faire venir à bien ces jeunes arbres parfois
certains principes nécessaires à la nutrition,
se trouvent complètement absorbés. Dès lors
ils souffrent et languissent ; aussi le cultivateur se voit-il souvent forcé d'avoir recours
à des amendements qui peuvent varier selon
la nature du sol dont il dispose.
Dans les terres compactes et argileuses,
on emploie fréquemment la marne ou la
chaux ; on les répand avant l'hiver sur toute
la surface du terrain, et on les enfouit par un
labour. Quand on fait usage de la chaux, il
est préférable, pour les arbres, de l'utiliser
en compost que seule ; on la mélange avec
des terreaux ou des marcs, et on l'applique
au printemps.
Dans les terres siliceuses, on peut se servir
des boues de routes, de curures de mares et
de fosses, ou de terre argileuse, que l'on
étend sur le sol avant l'hiver, afin de leur
faire subir l'influence salutaire des gelées et
des dégels.
Formation de la tête des arbres.
Quand les cultivateurs achètent de jeunes
pommiers aux pépiniéristes, il arrive souvent
que la tête a été complètement négligée ou
qu'elle n'a reçu, tout au plus, qu'un commencement de formation ; aussi est il de
toute utilité de lui donner une bonne disposition, autrement cette tête présenterait la
forme d'une demi-sphère plus ou moins
régulière et entièrement pleine.
Lorsque l'on plante des arbres non greffés,
on devra opérer en suivant les indications
dont nous avons parlé précédemment ; quand
on se sert, au contraire, d'arbres dont la tête
est déjà tri pou formée, on procédera do la
façon suivante : chacun des quatre ou six
rameaux de prolongement devra être taillé à
0 m. 30 de son point de naissance, entre deux
boutons placés latéralement, de façon à
obtenir dix ou douze rameaux disposés en
cercle, et on veillera, pendant les premières
années qui suivent la plantation, qu'aucun
d'eux ne s'emporte au détriment des autres.
Si l'une de ces branches principales tendait
à acquérir un plus grand développement que
ses voisines, il faudrait la pincer aussitôt
qu'on s'en apercevrait, ou, au moins, la couper
plus courte que les autres au moment de la
taille.
Il faut encore avoir soin de supprimer le
plus tôt possible les gourmands, c'est-à-dire
les bourgeons qui poussent souvent à la partie
supérieure des branches principales, car ils
ne tarderaient pas à se développer en rameaux
vigoureux qui absorberaient à leur profit une
grande partie de la sève. On ne doit pas
davantage laisser s'accroître les rameaux qui
se trouvent au-dessous des branches ; car,
lorsqu'ils produisent des fruits, les bestiaux
cherchent à s'en emparer et, en tirant dessus,
ils peuvent causer de grands dommages à la
tête des arbres.
La taille que l'on doit faire subir aux
jeunes pommiers est de toute utilité ; elle empêche leur tête de devenir confuse et elle
permet aux branches principales d'acquérir
de la force et de la solidité en les forçant à
s'accroître en grosseur avant de le faire en
longueur.
Le cultivateur abandonne trop souvent le
développement de la tête des arbres à elle-même et il a grand tort. La tête devient irrégulière et très feuillue, la lumière solaire ne
peut pénétrer au travers de ce réseau inextricable de rameaux et de feuilles, et la fructification ne pouvant avoir lieu que sur les
points qui sont éclairés directement par le
soleil, la partie extérieure de la tête donne
seule une récolte satisfaisante.
Il est indispensable, de permettre aux
rayons solaires d'éclairer dans toutes ses
parties la tête du jeune arbre ; aussi ne saurait-on trop s'efforcer, pendant les huit ou
dix premières années de végétation, de lui
faire acquérir la forme d'une vaste coupe,
que le soleil puisse remplir sans cesse de
chaleur et de lumière.
Elagage et grattage.
L'élagage du pommier est une opération
des plus utiles, que le cultivateur, soucieux
de ses intérêts, ne doit pas négliger. Pour ne
pas donner naissance à de larges plaies qui
seraient longues à se cicatriser, il doit la faire
tous les deux ou trois ans ; on l'exécute pendant le repos de la végétation et il porte
principalement :
1° Sur les branches mortes ou chancreuses
que l'on coupera rez-tronc ;
2° Sur les rameaux qui poussent dans
l'intérieur de la tête et forment confusion sur
les branches de second et de troisième ordre.
On les taille à 0 m. 40 de leur point d'insertion, en laissant, autant que possible à leur
extrémité, un petit rameau qui servira de
tire-sève, empêchera la partie conservée de
périr et pourra plus tard produire des fruits ;
3° Sur les branches pendantes vers la terre
et qui gênent la circulation ;
4° Sur les gourmands qui peuvent se développer sur la tige et sur le collet de l'arbre,
et que l'on supprime complètement.
Pour élaguer les arbres, on se sort, selon la
grosseur des branches à couper, d'un échenilloir ou d'un ébranchoir, car, en raison du
peu de distance qui existe entre les branches,
l'emploi de la serpe serait souvent difficile.
L'échenilloir se compose d'un sécateur, dont
le manche à l'une de ses extrémités fixée à
un long bâton et l'autre munie d'une corde.
L'opérateur, qui reste à terre, tient le bâton
de sa main droite et fait fonctionner l'instrument en tirant sur la corde de la main
gauche.
L'ébranchoir le plus employé, est l'ébranchoir à crochet. Il est formé d'un ciseau bien
tranchant muni sur le coté d'un crochet, et
dont la base, terminée par une douille, reçoit
un manche long et solide. Pour se servir de
cet instrument, on place la partie tranchante
du ciseau au point d'insertion de la branche
à supprimer et on frappe sous l'extrémité
inférieure du manche à l'aide d'un maillet
ou d'un marteau ; le rameau sur lequel on
opère se trouve facilement détaché de l'arbre
et, s'il reste engagé dans les branches, on se
sert du crochet pour le faire tomber à terre.
Quand on est forcé par la grosseur des
branches d'avoir recours à la scie, il faut
avoir soin de rendre les plaies bien nettes à
l'aide de la serpette et de les recouvrir de
mastic à greffer.
Le grattage des mousses et des lichens, qui
souvent croissent en abondance sur l'écorce
des arbres et leur causent de grands dommages, est encore une opération des plus
recommandables. Elle s'exécute à l'aide d'une
plane construite dans ce but, ou simplement
en employant de vieilles planes de charpentier, dont le tranchant est émoussé. Une fois
les mousses enlevées, on recouvre la tige
d'un lait de chaud dans lequel on aura
mélangé un peu d'essence ou d'huile de
pétrole ; l'on doit, en outre, prendre la précaution de brûler les mousses et les vieilles
écorces que l'on a détachées de l'arbre, pour
détruire complètement les œufs d'insectes
qu'elles renferment la plupart du temps.
Paul ALEXANDRE,
Professeur départemental d'agriculture du Finistère - 1887-1888.
°°°
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