Plantation du pommier

PLANTATION DES POMMIERS A DEMEURE

Epoque de la plantation.
Quand les jeunes plants de pommiers se sont suffisamment développés dans la pépinière il convient de les planter à demeure dans les endroits qui leur sont destinés. On peut pratiquer cette opération depuis la fin d'octobre jusqu'au mois d'avril, sauf pendant les temps de grandes gelées. Toutefois, dans les terres sèches et légères, il est plus avantageux de planter à l'automne ; dans les sols humides et frais, il vaut mieux attendre le printemps.
L'exposition à laquelle les arbres doivent être plantés joue encore un rôle important dans le choix de l'époque convenable pour exécuter la plantation. Quand on plante en plein dans les champs ou dans des endroits découverts, il convient d'attendre la fin de l'hiver, car on peut craindre que les vents violents ne renversent les arbres ou ne leur causent des ébranlements répétés, qui, en brisant une partie des jeunes racines, compromettraient gravement l'avenir de la nouvelle plantation.

Place des arbres dans les cultures.
On cultive les arbres à fruits à cidre dans les pâturages, dans les cours de ferme et dans les champs.
On ne saurait trop engager l'agriculteur à planter leurs herbages ; c'est surtout dans les vergers que l'on peut pratiquer avec succès la fameuse culture à deux étages, tant vantée, que les arbres à fruits à cidre permettent de réaliser. MM. Hauchecorne et Boutteville écrivent à ce sujet dans leur ouvrage sur le cidre :
« On pourrait croire à priori que cette situation est défavorable au développement des herbes et nuisible à leurs qualités, mais il n'en est rien, car l'expérience de tous les jours prouve, dans les fermes cauchoises, que si l'herbe obtenue sous les pommiers est abondante, elle n'en est pas moins appétissante pour les animaux des espèces bovine et chevaline, qui la recherche avec ardeur ; les premiers la consomment avec avidité, en s'engraissant rapidement ou bien en fournissant un lait toujours très abondant, très agréable au goût et très riche en beurre. »

Nature du sol.
Le pommier n'est pas exigeant, et, si l'on en excepte les terrains exclusivement calcaires, sableux ou argileux, il vient à peu près dans tous les sols. Il est nécessaire, toutefois, de se rendre compte de la nature du terrain dans lequel on désire effectuer une plantation, car s'il était de trop mauvaise qualité il faudrait s'efforcer d'y remédier. Il sera bon de chauler ou de marner les terres où le calcaire fait défaut ; de fumer avec de bon terreau bien décomposé les sols trop siliceux et trop friables et d'amender les terres argileuses avec des sablons calcaires. On devra drainer les herbages où l'eau séjourne, irriguer, au contraire, ceux qui sont trop secs, exécuter, en un mot, tous les travaux nécessaires pour rendre la terre saine et d'une fertilité convenable.

Distance à réserver entre las arbres.
On plante les arbres en lignes dirigées de l'Est à l'Ouest ou du Nord au Sud, en ayant soin de laisser entre eux un intervalle suffisant, qu'il importe de préciser, car on a, en général, une certaine tendance à planter trop serré. Quand ils sont trop rapprochés les uns des autres, les arbres ombragent le sol outre mesure, ils se gênent mutuellement et ils ne peuvent atteindre leur complet développement. Nous conseillerons donc d'espacer les pommiers de 14 à 15 mètres en tous sens dans les herbages un peu humides et d'environ 9 à 10 mètres dans les pâturages secs, où la végétation est moins vigoureuse. Dans le premier cas, on plante par hectare de superficie de 60 à 70 arbres, et dans le second une centaine, de façon à ce que, quand elle sera complètement développée, la tête de chaque pommier soit séparée par un intervalle d'environ 2 mètres.

Disposition à donner aux barres.
Dans les vergers, les pâturages, les cours de ferme, on doit préférer le mode de plantation en quinconce à la plantation carrée ; les arbres sont plus régulièrement répartis, ils sont équidistants et ils sont mieux éclairés. En outre, à surface de terrain égale et à distance égale entre les arbres, on peut planter plus de pommiers avec la première disposition qu'avec la seconde, avantage précieux, qui permet d'obtenir du sol la quantité maxima de produits. Dans la plantation en quinconce, en effet, on prend pour distance entre les lignes une longueur qui, allant d'un arbre d'une ligne à l'arbre le plus près de la ligne voisine, est mesurée obliquement et non perpendiculairement, comme dans la plantation en carré ; chaque arbre se trouve à l'un des angles d'un triangle équilatéral, et il en résulte que si, en réalité, les ligues se trouvent plus rapprochées dans ce mode de plantation que dans l'autre, les arbres n'en ont pas moins une surface aussi grande pour développer leurs organes souterrains.
Pour exécuter une plantation en quinconce, on jalonne avec soin une ligne que l'on dirige, autant que possible, suivant la plus grande longueur du terrain sur lequel on opère. On indique sur cette ligne, en enfonçant un piquet dans le sol tous les 15 mètres par exemple, les points où les arbres devront être plantés, et de chacun de ces points comme centre, avec une corde de 15 mètres comme rayon, on trace des circonférences qui donnent par leurs points d'intersection la position, de nouveaux arbres, et ainsi de suite.

Culture dans les champs.
La culture des pommiers dans les terres de labour a été l'objet de nombreuses discussions. Quelques agronomes ont complètement condamné cette pratique, la considérant comme défectueuse et mauvaise et niant les profits qu'on en pouvait tirer. D'autres, moins affirmatifs, tout en rejetant son emploi, conseillent de planter seulement les pommiers en bordure le long des chemins ou à la séparation des sols. Quant à nous, nous pensons que la question doit étre principalement envisagée au point de vue de la nature du terrain dont on dispose. Il est certain que le mode de culture des pommiers en plein champ augmente les frais généraux de l'exploitation, en empêchant complètement sur les terres ainsi plantées l'emploi des machines agricoles et en exigeant au pied des arbres un labour à bras d'homme.
En outre, l'ombrage que les arbres portent sur le sol nuit, en général, plus ou moins à la végétation des céréales situées immédiatement au dessous d'eux. Mais, d'un autre côté, le pommier donne, sans beaucoup de frais, un produit qui joue un rôle important dans l'alimentation publique et dont la valeur, assez considérable, augmente dans une proportion très sensible le revenu de la terre.
Quand on opère sur des sols très fertiles, où les récoltes ont un prix élevé, il pourra se faire que le dommage causé par les pommiers ne soit pas compensé par le produit qu'ils donneront ; mais on est loin d'avoir toujours à sa disposition des terres de qualité supérieure. Dans les sols peu fertiles ou de fécondité moyenne, la culture des pommiers ne donnera que des bénéfices et, loin d'être préjudiciable aux recolles, elle pourra même leur devenir profitable quand les terres seront légères et exposées à la sécheresse.
Nous conseillons donc :
1° De ne pas faire de plantations d'arbres à fruits à cidre dans les terres de première classe, ou du moins de n'en planter qu'en bordure au Nord et à l'Ouest ; l'arrivée des rayons du soleil levant et couchant n'étant pas alors entravée, les récoltes ne souffriront pas de la présence des arbres ;
2° D'agir de même à l'égard des terres de deuxième, classe, à moins qu'elles ne soient exposées à la sécheresse ; dans ce cas, il sera souvent préférable de planter les arbres en les espaçant de 32 à 35 mètres ;
3° De planter en plein , c'est-à-dire en lignes rapprochées, sur tous les terrains de troisième catégorie, en laissant entre les pommiers une distance convenable.

Plantation en bordure.
Quand on dispose les arbres en bordure le long des chemins, il faut faire en sorte qu'ils n'entravent pas la circulation des voitures et des animaux, quand leur tête sera complètement développée. On devra donc, pour obvier à cet inconvénient, laisser entre le chemin et la bordure une distance de 5 à 6 mètres.
Quant à l'intervalle qui devra séparer les arbres il pourra varier de 20 à 25 mètres selon la nature du sol.

Plantation en plein.
Quand on adopte le mode de plantation en plein, on dispose généralement les arbres en carré, en conservant entre eux et entre les lignes une distance d'environ 30 mètres. Bien que ce mode de plantation en carré soit, comme nous l'avons montré, moins avantageux que la plantation en quinconce, il lui est souvent préféré dans le cas qui nous occupe ; il offre l'avantage de laisser exécuter plus facilement en long et en travers les labours, les hersages et les autres préparations du sol. Dans la plantation en carré, l'arbre d'une ligne se trouve en face de celui de la ligne voisine, chacun d'eux occupant l'un des angles d'un triangle rectangle.

Préparation du sol.
Que l'on plante les pommiers en bordure ou en plan, suivant le mode de plantation en quinconce, ou en carré, il est de toute nécessité de faire subir au terrain qui doit les recevoir une bonne préparation. On ne saurait l'exécuter avec trop de soin, car les arbres souffrent toujours après leur transplantation ; ils ont perdu, quelque précaution que l'on prenne, une certaine quantité de leurs racines, et le terrain d'où ils viennent est en général meilleur que celui dans lequel ils doivent vivre désormais. Leur végétation se trouve donc entravée ; aussi doit-on s'efforcer d'y remédier dans les limites du possible.
On doit creuser les trous destinés à recevoir les jeunes arbres deux ou trois mois avant leur plantation. et non au moment même de leur mise en terre, ainsi qu'on le fait trop souvent. On permettra ainsi à la terre qu'ils contiennent de devenir plus friable et mieux aérée et aux agents atmosphériques d'agir sur les principes fertilisants du sol, pour les rendre plus assimilables.
Il est en général avantageux de faire des trous de grandes dimensions ; les racines, n'étant pas arrêtées par les parois de la fosse, pourront s'étendre facilement et fournir au jeune arbre toute la nourriture dont il a besoin pour un rapide accroissement. Si on se contente de pratiquer une petite excavation, suffisante à peine pour contenir les racines, celles-ci seront bientôt arrêtées dans leur développement, l'arbre languira et finira par périr. Dans les terres très fertiles, les dimensions des trous peuvent varier de 1 mètre à 1 mètre 25 de largeur sur une profondeur de 50 à 60 centimètres ; mais dans les terrains pauvres et de mauvaise qualité, les fosses doivent atteindre au moins 2 mètres de largeur sur une profondeur de 1 mètre. Une exception, cependant, est à signaler pour les sols très humides, dans lesquels il est bon de ne pas dépasser 0 mètre 30 à 0 mètre 35 centimètres de pro- fondeur.
La forme à donner aux trous est de peu d'importance ; cependant on conseille, en général, de pratiquer des trous circulaires de préférence à des trous carrés, les racines des arbres pouvant s'y développer plus à l'aise dans tous les sens.
Quand on creuse les fosses, il est important de séparer les différentes couches de terre à mesure qu'on les extrait, et de la disposer en tas sur le pourtour des trous jusqu'au moment de la mise en terre. On formera ainsi un premier tas avec le gazon, un second avec la terre végétale, un troisième avec la terre du sous sol. On réunit ensuite sur l'un des côtés de l'excavation les engrais et amendements nécessaires : plâtras, déchets de chiffons, composts, curures de cours, de fossés, des marcs, etc..., toutes matières à décomposition lente, qui ne pourront que s'améliorer et devenir plus assimilables en restant quelque temps exposées à l'action des agents atmosphériques.

Choix des arbres.
On ne saurait trop engager le cultivateur qui, faute de temps ou de connaissances pratiques sur le sujet, préfère acheter les arbres chez un pépiniériste que de les élever lui-même, à apporter dans cet achat la plus grande circonspection.
Bien souvent, la négligence ou une économie mal entendue ont causé aux propriétaires faisant des plantations nouvelles des pertes considérables de temps et d'argent, qu'ils eussent pu bien facilement éviter par un choix judicieux des sujets.
Le cultivateur doit, autant que possible, prendre des arbres dont la tige est droite, la tête vigoureuse et bien disposée, l'écorce exempte de plaies et lisse ; cependant, les nœuds qui existent, parfois en grand nombre, sur le pourtour de la tige, et qui sont le résultat de la suppression des ramifications, ne doivent pas l'alarmer. Il faut, au contraire, rejeter d'une façon absolue ceux qui auraient un système radiculaire peu développé, ceux dont la tête serait peu vigoureuse, ceux qui auraient un gros bourrelet de formé au pied, ceux, enfin, qui présenteraient des plaies ou des chancres.
Quant à la couleur plus ou moins claire que peut avoir l'écorce des jeunes sujets, en ne doit pas y attacher une importance bien grande ; elle varie suivant les espèces et suivant le terrain et résulte souvent des engrais abondants qu'ils ont reçus en pépinière.
L'agriculteur éclairé qui désire acheter de jeunes arbres devra donc se rendre compte du mode de culture qu'ils ont subi dans la pépinière et de la nature du sol de cette dernière.
Les pépiniéristes ne repiquent pas toujours leurs arbres ; pour économiser la main-d'œuvre, ils se contentent parfois de les éclaircir, dans les carrés des semis, suivant les besoins; ils ont, en outre, tout avantage à avoir un terrain un peu frais et très riche en engrais, pour obtenir dans le moins de temps possible des arbres vendables.
L'intérêt du cultivateur est tout opposé; les sujets qui ont été repiqués ont un système radiculaire plus développé et mieux constitué, un chevelu plus abondant que n'en possèdent ceux qui n'ont pas été soumis à cette opération, et leur reprise est bien moins aléatoire. Cette dernière sera d'autant mieux assurée que les arbres auront été pris dans une pépinière dont la nature du sol sera plus voisine de celle du terrain dans lequel la plantation doit se faire ; ce sol est, en général, toujours moins fertile que celui de la pépinière, mais il est mauvais qu'il existe entre eux une trop grande différence de fertilité ; les jeunes arbres, dans ce cas, souffrent, languissent et parfois finissent par périr.
Il n'est pas indifférent d'examiner quelles dimensions les tiges des jeunes sujets doivent avoir atteintes au moment de leur plantation à demeure. Elles peuvent, évidemment, varier suivant les circonstances. Dans les pâturages et les cours de ferme, où, en général, les arbres sont à l'abri des vents violents, les tiges peuvent n'avoir que 2 mètres de hauteur, avec un diamètre de 4 à 5 centimètres à 1 mètre du sol ; dans les champs, au contraire, les arbres doivent posséder assez de force pour résister aux grands vents, aux bestiaux, au choc des instruments aratoires ; aussi devront-ils avoir acquis au moins 6 à 7 centimètres de diamètre et une hauteur de 2 mètres 10 à 2 mètres 30 pour donner, au dessous de leurs branches, un passage facile aux animaux.
On a beaucoup discuté sur la question de savoir s'il valait mieux planter à demeure les arbres tout greffés ou simplement des sauvageons que l'on grefferait plus tard.
Cette dernière manière d'opérer est, en général, plus répandue que la première ; nous trouvons que c'est avec raison. Dans les conditions actuelles, la plupart des cultivateurs n'élèvent pas les jeunes pommiers qu'ils désirent planter à demeure, mais ils les achètent à des pépiniéristes ; ils se trouvent donc exposés à ne pas avoir les espèces qu'ils recherchent, ce qui est d'une importance capitale pour le producteur de cidre.
En effet, le pépiniériste greffe, en général, des variétés très vigoureuses mais peu productives et parfois peu recommandables. On ne saurait trop engager, cependant, les propriétaires à ne pas précipiter le moment du greffage. Parfois on soumet les jeunes arbres à cette opération dès l'année de leur plantation ; c'est une pratique vicieuse, qu'on doit absolument rejeter; quelque précaution que l'on prenne, les arbres soutirent toujours après la transplantation, aussi doit-on laisser émettre à leur tête le plus grand nombre possible de rameaux, pour leur permettre de développer un système radiculaire puissant.
En les greffant de suite, il faut les étêter, et les arbres, faute de moyen pour produire de nouvelles racines, languiront jusqu'au moment où le greffon pourra émettre assez de rameaux pour permettre la production de nombreuses radicelles nécessaires à la végétation. Aussi conseillons-nous de ne pratiquer le greffage qu'à la seconde ou troisième année de plantation.
Quand le propriétaire possède une pépinière, il a tout avantage, au contraire, à ne planter ses arbres qu'un ou deux ans après les avoir : reliés ; il n'a alors à supprimer que les extrémités de quelques rameaux et il ne se trouve pas dans la nécessité d'étêter les jeunes sujets deux ans après leur plantation, comme s'ils n'étaient pas greffés, ce qui arrête toujours leur développement d'une manière fâcheuse.
Les tiges formées à l'aide du sauvageon étant, en général, plus rustiques que les autres, il convient, quand on achète des arbres, de préférer ceux greffés en tête à ceux greffés en pied, d'autant plus que ces derniers sont le plus souvent greffés avec des variétés très vigoureuses mais peu recommandables au point de vue de la qualité.
Les arbres qui ne changent ni de climat ni de sol, qui n'ont pas à supporter un long voyage, souffrent bien moins que les autres lors de leur transplantation ; nous conseillons donc, à qualité égale de produits, de donner la préférence au pépiniériste le plus voisin du lieu où la plantation doit se faire.

Assortiment des variétés.
Le cultivateur soucieux de ses intérêts doit s'efforcer d'obtenir chaque année une, récolte moyenne, en plantant en nombre à peu près égal des variétés précoces, de moyenne saison et tardives, tout en choisissant, et en suivant les indications que nous avons indiquées, des espèces recommandables à tous les égards, il est en outre très important que les jeunes arbres soient, dans ces cultures, classés le plus régulièrement possible ; la récolte des fruits, le mélange des pommes pour la fabrication du cidre, pourront plus tard s'exécuter plus facilement et plus régulièrement. Il devra donc réunir par groupes distincts les variétés de première, de seconde et de troisième saison, celles à fruits doux et celles à fruits amers. Il est utile de planter chaque variété dans l'endroit qui lui convient le mieux. Dans les champs, on ne mettra pas d'espèces très précoces, dont les fruits pourraient tomber sur le sol avant l'enlèvement de la récolte ; dans les vergers, on plantera les variétés les plus délicates. On disposera au Nord et à l'Ouest les espèces les plus rustiques, au Sud et au centre les plus délicates, à l'Est les variétés vigoureuses et fleurissant tardive- ment.
Dans les endroits découverts et exposés aux grands vents, on pourra protéger la plantation, surtout vers le Nord-Ouest, par une ligne de poiriers, dont la fleur est bien moins délicate que celle des pommiers.

Déplantation des arbres dans la pépinière.
La déplantation des arbres dans la pépinière est une opération des plus délicates, à laquelle, malheureusement, on n'accorde pas toujours l'importance qu'elle mérite. Il est de toute nécessité, pourtant, de veiller à ce que son exécution soit bien conduite ; elle, joue un rôle important dans le succès de l'entreprise, et elle exige des soins particuliers et minutieux, qu'on ne saurait négliger de prendre. En général, on ne déplante pas les arbres, on les arrache ; pratique vicieuse, s'il en fût, et dont les résultats sont déplorables. Les arbres ont leurs racines mutilées et leur chevelu à peu près détruit ; pour rétablir l'équilibre entre les parties souterraines et aériennes de l'arbre, on se trouve dans la nécessité de supprimer une portion considérable de la tige et des organes foliacés, l'arbre languit et souvent finit par périr.
Que de déceptions ! que de pertes de temps et d'argent le cultivateur ne s'épargnerait-il pas si, au lieu de pratiquer la déplantation avec un sans-gêne et une négligence déplorables, il l'exécutait avec toutes les précautions qu'elle demande, avec tous les soins qu'elle exige ! Comme nous l'avons indiqué à propos du repiquage, il est indispensable de pratiquer à l'une des extrémités du carré renfermant les jeunes arbres une tranchée dont la profondeur dépassera un peu celle atteinte par les racines; on minera la terre de proche en proche, et on pourra facilement enlever les jeunes sujets avec leurs racines intactes.
Les arbres trop faibles pour être plantés à demeure, et qu'on se trouve cependant dans la nécessité d'extraire en même temps que les autres, seront remis en pépinière dans un endroit spécial.
On doit choisir, autant que possible, pour exécuter la déplantation, un temps doux et sans pluie, Il faut se garder surtout de pratiquer cette opération quand il règne des vents desséchants et froids ou que la température est descendue au dessous de zéro, car les radicelles et le chevelu des jeunes arbres sont très délicats, et ces organes, qu'on a un intérêt si puissant à conserver intacts, seraient bientôt désorganisés.

Préparation des arbres.
Il arrive fréquemment qu'on se trouve dans l'impossibilité de planter les jeunes arbres immédiatement après leur sortie de la pépinière ; il est alors indispensable de les mettre en jauge, afin de conserver leurs racines en bon état. On creuse, à cet effet, une tranchée plus ou moins étendue de 0 m. 40 ou de 0 m. 50 de profondeur et dont les parois sont, soit toutes deux verticales, soit l'une verticale et l'autre oblique. On y dépose les arbres les uns à côté des autres et on recouvre leurs racines d'une couche de terre.
On peut aussi employer le même procédé pour rendre à des arbres qui ont beaucoup souffert de la sécheresse pendant un long voyage une partie de l'eau qu'ils ont perdue en les met pendant sept à huit jours en jauge, en les couchant dans une tranchée que l'on a recouverte d'une légère couche de terre, puis d'un paillis que l'on arrosera de temps en temps.

Habillage.
Quand arrive le moment de confier définitivement les jeunes arbres au sol, il convient de procéder à l'habillage de leurs racines et de leur tige.
Cette opération consiste à supprimer avec une serpette bien tranchante un cinquième environ des grandes racines pivotantes et l'extrémité des petites racines qui sont brisées ou desséchées ; car, quelque soin que l'on prenne, le système radiculaire des jeunes arbres est toujours plus ou moins endommagé pendant la déplantation. En supprimant l'extrémité des grandes racines, en remplaçant par des plaies bien nettes toutes les déchirures, toutes les lésions qui ont pu se produire, on provoque l'émission d'un grand nombre de radicelles, d'un abondant chevelu, qui assureront la reprise de l'arbre.
L'habillage de la racine doit avoir pour corollaire celui de la tige, un juste équilibre devant toujours exister entre les organes d'absorption et ceux qui évaporent. L'important est de maintenir cette bonne proportion entre les parties aériennes et souterraines de l'arbre ; aussi doit-on se garder de couper la plupart des rameaux ou d'étêter l'arbre. Les suppressions ne doivent porter que sur les rameaux d'un an et tout au plus sur ceux de doux ans.
Il serait mauvais cependant de planter les arbres en leur conservant leurs racines et leurs branches dans toute leur longueur ; la pratique et l'expérience ont prouvé depuis longtemps que les sujets dont les rameaux et les racines ont été taillés convenablement et avec une juste mesure prennent bien plus rapidement possession du sol que ceux qui n'ont subi aucune taille, mais il faut se garder de tomber dans l'excès contraire.
Par une pratique des plus fâcheuses, on a souvent l'habitude d'exécuter un habillage exagéré ; on supprime la plus grande partie des grosses racines, on ébarbe complètement le chevelu et on coupe la tête de l'arbre.
C'est un procédé des plus mauvais et qu'on doit rejeter ; on enlève ainsi aux jeunes arbres ses principaux organes d'absorption et on les empêche d'omettre les bourgeons et les feuilles nécessaires à leur accroissement.

Mise en terre des arbres.
La profondeur à laquelle il convient d'enterrer les racines des jeunes arbres varie suivant la nature du terrain dont on dispose ; mais on doit toujours s'attacher à ce qu'elles ne souffrent pas d'une humidité surabondante ou de la sécheresse, tout en profitant de l'influence bienfaisante de l'air et de la chaleur solaire.
Dans les sols humides et compacts, il sera bon, une fois la terre du trou bien affaissée, que le collet de l'arbre puisse se trouver au niveau du sol ; dans les terres légères et exposées à la sécheresse, on fera en sorte que le point où les racines prennent naissance soit enterré de 8 à 10 centimètres, profondeur qui sera réduite à 5 ou 6 centimètres pour les terres franches de circonstance moyenne. La terre fraîchement remuée subit toujours un tassement plus ou moins important ; le niveau du sol, après l'affaissement du terrain, baisse en général, dans le cas qui nous occupe, de 10 à 15 centimètres ; pour être certain que le collet de l'arbre se trouve à la profondeur que nous venons d'indiquer, on peut opérer de la façon suivante : prendre une règle bien droite, que l'on pose sur les bords du trou, et placer le collet de l'arbre à une hauteur qui sera, par rapport au niveau du sol non remué, de 10 à 12 centimètres pour les terres humides, 1 à 2 centimètres pour les terres légères et 5 à 6 centimètres pour les terres franches.
Les trous ayant été préparés comme nous l'avons indiqué plus haut, on exécutera la plantation de la manière suivante :
On dispose au fond du trou les gazons, préalablement bien divisés, et on forme au dessus un monticule composé d'un mélange de terre végétale et d'engrais. Ces derniers pourront être, comme nous l'avons dit, des curures de mares, de fossés, des composts, des marcs de pommes, des terreaux, etc.; mais il faut se garder d'employer du fumier, des feuilles, de la tannée ou autres produits susceptibles d'une fermentation active, car on pourrait craindre que les racines, mises en contact avec ces matières, ne prissent le blanc.
On dispose l'arbre sur le sommet du monticule, en ayant soin d'étaler parfaitement les racines, en leur donnant une direction aussi normale que possible ; pendant qu'un ouvrier le maintient dans la position convenable, un autre recouvre les racines avec le reste du mélange de terre végétale et d'engrais ; si ce dernier ne suffit pas, il achève de combler le trou avec la terre du sous-sol.
L'ouvrier qui maintient l'arbre doit avoir soin, pendant cette opération, de le soulever de temps en temps pour lui imprimer un léger mouvement de trépidation, afin de bien faire pénétrer la terre entre les racines. On termine, enfin, en tassant légèrement le sol avec les pieds et, si on fait la plantation sur une terre exposée à la sécheresse, on pratique tout autour du pied de l'arbre un auget ou rigolle pour retenir les eaux pluviales.
On ne saurait trop blâmer la coutume détestable qu'ont certaines personnes d'imprimer à l'arbre des mouvements brusques et violents, de plomber fortement le sol en piétinant la terre sur toute la surface du trou :
on dérange, par ce moyen, les racines de la position qu'on leur avait fait prendre, on les meurtrit, on les brise, et la reprise de l'arbre s'en trouve gravement compromise.
Quand on plante en plein dans les terres de labour, il est bon d'incliner un peu la tige de l'arbre dans la direction suivant laquelle soufflent les grands vents ; on aura moins à craindre qu'ils ne soient déracinés ou arrachés, et peu à peu ils se trouvent redressés.
Quand on se propose de coucher une terre de labour, c'est-à-dire la convertir en prairie, il est très important de n'exécuter la plantation qu'après avoir fait le semis de l'herbe, car la pratique a prouvé que les pommiers languissaient et finissaient même par périr quand on couchait les champs où ils végétaient déjà depuis quelques années.
Il faut bien dire, cependant, que si les cultivateurs entouraient, dans les champs qu'ils viennent de coucher, les arbres des soins nécessaires, s'ils les labouraient au pied, s'ils les fumaient même légèrement, il est fort probable que ces arbres ne périraient pas. Mais les agriculteurs négligent en général toutes ces précautions, et les arbres, privés tout à coup des labours et des fumures auxquels ils étaient habitués dans les champs, languissent et finissent par périr.
Quand la plantation est terminée, afin de maintenir dans le sol une humidité bienfaisante, on recouvre la surface du trou d'une couverture de fumier pailleux, de bruyère, de feuilles sèches, de tiges d'ajonc ou autres débris de végétaux ; on peut encore employer à cet effet des broussailles ou des pierres ; mais, dans ce dernier cas, il faut avoir soin d'en faire un dallage régulier et de protéger la base de la tige en l'entourant de gazon.

Soins à donner aux arbres plantés à demeure.
Lorsque les jeunes arbres sont plantés dans les vergers ou dans les champs, il faut se garder de les abandonner à eux mêmes ; ils exigent, au contraire, des soins assez nombreux, qu'on ne peut négliger de prendre sans compromettre le succès de l'entreprise.
On doit protéger les arbres de la sécheresse, de l'attaque des bestiaux, de l'ardeur du soleil, de la violence des vents et du choc des instruments aratoires ; il faut cultiver le sol, lui donner les engrais nécessaires à leur prompt développement. Il est nécessaire, enfin, de bien diriger leurs rameaux pour donner à la tête une forme appropriée et régulière.

Soins à prendre contre la sécheresse et l'ardeur du soleil.
Nous avons dit plus haut qu'il était bon de recouvrir le sol, après la plantation, d'un paillis de bruyères, de feuilles sèches ou autres matières, pour maintenir autour des racines une fraîcheur salutaire. Il est même utile de prendre quelques précautions pour empêcher la tige de se durcir et de se rider, comme cela souvent a lieu, quand les arbres viennent d'être transplantés. Dans la pépinière, ils végétaient à l'abri des grands vents et de l'ardeur du soleil : comme ils se trouvent sans transition exposés à toutes leurs attaques, il arrive fréquemment que l'écorce, par suite d'une trop grande évaporation d'eau à sa surface, se durcit et perd de son élasticité. Pour obvier à cet inconvénient, fort préjudiciable à l'accroissement de l'arbre, on badigeonne la tige avec un lait de chaux, dans lequel on ajoute une certaine quantité de terre glaise et de bouse de vache, de façon à en former une bouillie épaisse. On exécute cette opération, vers le mois de mars, lorsque la chaleur commence à devenir assez intense.

Armures.
Pour protéger les jeunes arbres de la violence des vents, du choc des instruments aratoires, ou de l'attaque des bestiaux, on les entoure, pendant les sept ou huit années qui suivent la plantation, d'armures qui sont plus ou moins solidement constituées, selon qu'elles sont destinées à défendre la tige contre les vents ou les instruments aratoires, ou contre les bestiaux.
Les armures de la première catégorie sont très nombreuses ; les plus employées, sont les suivantes :
On peut former autour de chaque arbre un triangle équilatéral de 50 centimètres de côté avec trois pièces, qu'on enfonce dans le sol de 30 à 35 centimètres. On les choisit assez longues, pour avoir au-dessus de terre une hauteur d'environ 1 mètre 25, et on les relie au sommet et à la partie médiane à l'aide de traverses qui les tiennent régulièrement écartées. Sur le sommet de l'armure, on fixe une traverse de chaque côté de la tige, de façon à la maintenir fixe et on l'entoure d'un tampon de paille ou de mousse pour éviter les écorchures et les déchirements que les frottements pourraient faire subir à l'écorce. Cette armure est une des plus anciennement employées, elle offre des inconvénients assez nombreux et est d'un prix assez élevé ; on est forcé d'enfoncer les pieux très près du pied des arbres, ce qui blesse les racines, et les bestiaux peuvent passer la tête entre l'espace assez grand qui se trouve entre les pieux et brouter l'écorce des jeunes tiges. Il est donc indispensable d'entourer ces dernières de broussailles ou d'épines.
On remplace parfois, l'armure précédente par une autre formée de pieux plantés obliquement et réunis par leur extrémité supérieure ; l'épinage est encore d'absolue nécessité. Ce mode de procéder coûte aussi cher que le premier et est moins efficace.
On emploie encore une armure formée d'un seul pieu enfoncé à 15 centimètres du pied de l'arbre, et muni de longues chevilles destinées à protéger la tige, qu'on entoure en outre de branches d'épines. Cette armure est peu coûteuse, mais les froissements répétés de l'arbre contre le pieu et les chevilles causent, parfois, à l'écorce de graves dommages.
Pour remédier aux inconvénients des armures précédentes, on a conseillé l'usage de deux pieux arqués, à la base, que l'on fixe dans le sol, de chaque côté de l'arbre et que l'on réunit au sommet, à la partie moyenne et à 1a base, au moyen de traverses.
On entoure la partie de la tige, comprise entre les deux traverses du sommet, avec un solide tampon de paille, pour empêcher les frottements de déchirer les écorces. Cette armure est d'un prix presque aussi élevé que la première dont nous avons parlé ; mais par suite de l'arcure, l'intervalle entre les pieux est moins grand et ils peuvent, en outre, être enfoncés à une plus grande distance du pied des arbres ; ces derniers sont donc mieux protégés et leurs racines ne sont pas blessées. Cette manière de faire peut être employée dans les terres labourées ; mais il faut avoir soin de disposer les pieux parallèlement à la ligne des labours et de réunir les traverses horizontales par des lattes clouées verticalement, pour empêcher les moutons d'atteindre la tige des arbres.
Dans les vergers ou les pâturages, comme on n'a pas à craindre, en général, les dommages que peuvent causer aux arbres l'action des grands vents ou le choc des instruments aratoires, on se sert, pour les protéger contre les bestiaux, d'armures beaucoup plus légères que les précédentes. La plus répandue est l'armure inventée par M. Lelong elle se construit, aujourd'hui, en fer plat, et se compose de quatre tringles, longues de 1 mètre 65 sur 3 centimètres de large, munies de pointes qui dépassent sur une épaisseur de 2 centimètres. Ces quatre tringles sont assujetties entre elles, à une distance d'environ 10 centimètres, par trois liens de fil de fer ; pour les empêcher de déchirer l'écorce, on fixe à leur sommet et vers leur base un tampon do paille ou de chanvre. Cet appareil, étant replié, entoure l'arbre comme une sorte de manchon et forme autour de lui un cylindre qui est maintenu fermé au moyen des crochets qui terminent les fils de fer. Cette armure coûte bon marché et est très efficace contre les bestiaux, car les tringles n'étant pas fixées en terre, le manchon tourne autour de l'arbre quand les animaux viennent s'y frotter et les pointes ne les piquent que faiblement, mais d'une façon, cependant suffisante pour les contraindre à s'éloigner.
Quand les arbres viennent d'être greffés, on emploie quelquefois, pour protéger plus efficacement les greffes, des armures construites de la même façon que les précédentes, mais terminées, à la partie supérieure, par une partie évasée.
Les appareils précédents ont une durée moyenne de 7 ou 8 ans, et comme, dès lors, l'arbre a acquis assez de force pour résister aux frottements des animaux, on se contente d'empêcher les bestiaux de brouter les écorces en entourant la tige d'un lien de paille tordue.
Ce procédé serait mauvais à employer pour de très jeunes arbres qui n'auraient souvent pas assez de force pour contraindre la corde de paille à se prêter è leur grossissement ; mais, quand ils ont atteint l'âge de 8 à 10 ans, cet inconvénient n'est plus à craindre.

Labours, fumures et amendements.
On ne donne souvent aux arbres plantés à demeure ni labours ni fumures ; on a grand tort, car on leur permettrait ainsi de s'accroitre et de produire plus rapidement. Dans les terres de labour et dans les herbages où pâture sans cesse un certain nombre d'animaux, il est assurément inutile de fumer les pommiers, parce qu'ils peuvent profiter soit des engrais que l'on applique au sol pour la récolte, soit des déjections des animaux. Mais on ne doit pas agir de même à l'égard des arbres plantés dans les prairies fauchées ; il faut absolument leur fournir alors une certaine quantité de matières fertilisantes ; il est nécessaire, en outre, de labourer convenablement le sol à bras d'homme dans un cercle de 2 mètres de rayon autour des arbres, qu'ils soient plantés dans les champs ou dans les vergers. En général, par une mesure d'économie mal entendue, on n'agit pas ainsi : on se contente, dans les champs, de remuer la terre au pied des pommiers, en passant avec la charrue le plus près possible des arbres; dans les vergers, on cultive le terrain autour des pieds, dans un rayon beaucoup trop restreint. C'est là une pratique vicieuse et déplorable, le choc de la charrue blesse et détruit un grand nombre de jeunes radicelles, et comme les arbres absorbent surtout par leurs racines les plus extrêmes, ils profitent peu ou point des labours qui sont faits immédiatement à leur pied.
On doit opérer de la façon suivante :
Dans les champs, passer avec la charrue à 1 mètre au moins du pied des jeunes arbres, et faire labourer par des ouvriers, armés d'une fourche à dents plaies, le terrain restant. Pour les prairies, enlever, à l'automne, le gazon dans un rayon de 2 mètres autour de l'arbre, le déposer en tas et remuer la terre à l'aide de la fourche. Pendant l'hiver, abandonner le terrain ainsi préparé à lui-même, lui appliquer au printemps une fumure appropriée, et remettre en place les plaques de gazon enlevées à l'automne.
Cette opération doit se répéter tous les deux ou trois ans, jusqu'à ce que le pommier ait atteint l'âge de 12 à 15 ans. Dès lors, l'arbre peut se suffire à lui-même ; ses racines s'étendent, en général, sur un cercle de plus de 2 mètres de rayon, qu'on peut d'ailleurs déterminer en abaissant, de l'extrémité des rameaux formant le périmètre de le tête de l'arbre, des droites perpendiculaires au sol ; les points où elles rencontrent le terrain, indiquent, à peu près, la place occupée par l'extrémité des racines. Le meilleur engrais que l'on puisse choisir pour appliquer au sol où sont plantés de jeunes pommiers, sont des matières à décomposition lente, dont l'influence bienfaisante pourra se faire sentir pendant plusieurs années. Tels sont les chiffons de laine, les déchets de laine, de cornes, de soies, les composts, des marcs de pommes ou de poires. Ces derniers forment une excellente fumure, et nous parlerons plus loin de leur emploi.
Quand les arbres ont atteint de grandes dimensions, comme ils absorbent surtout par leurs extrémités radiculaires, il vaut mieux remplacer la fumure spéciale dont nous venons de parler par des engrais appliqués en couverture sur toute la surface du sol. Les fumures ne sont pas toujours suffisantes pour faire venir à bien ces jeunes arbres parfois certains principes nécessaires à la nutrition, se trouvent complètement absorbés. Dès lors ils souffrent et languissent ; aussi le cultivateur se voit-il souvent forcé d'avoir recours à des amendements qui peuvent varier selon la nature du sol dont il dispose.
Dans les terres compactes et argileuses, on emploie fréquemment la marne ou la chaux ; on les répand avant l'hiver sur toute la surface du terrain, et on les enfouit par un labour. Quand on fait usage de la chaux, il est préférable, pour les arbres, de l'utiliser en compost que seule ; on la mélange avec des terreaux ou des marcs, et on l'applique au printemps.
Dans les terres siliceuses, on peut se servir des boues de routes, de curures de mares et de fosses, ou de terre argileuse, que l'on étend sur le sol avant l'hiver, afin de leur faire subir l'influence salutaire des gelées et des dégels.

Formation de la tête des arbres.
Quand les cultivateurs achètent de jeunes pommiers aux pépiniéristes, il arrive souvent que la tête a été complètement négligée ou qu'elle n'a reçu, tout au plus, qu'un commencement de formation ; aussi est il de toute utilité de lui donner une bonne disposition, autrement cette tête présenterait la forme d'une demi-sphère plus ou moins régulière et entièrement pleine.
Lorsque l'on plante des arbres non greffés, on devra opérer en suivant les indications dont nous avons parlé précédemment ; quand on se sert, au contraire, d'arbres dont la tête est déjà tri pou formée, on procédera do la façon suivante : chacun des quatre ou six rameaux de prolongement devra être taillé à 0 m. 30 de son point de naissance, entre deux boutons placés latéralement, de façon à obtenir dix ou douze rameaux disposés en cercle, et on veillera, pendant les premières années qui suivent la plantation, qu'aucun d'eux ne s'emporte au détriment des autres. Si l'une de ces branches principales tendait à acquérir un plus grand développement que ses voisines, il faudrait la pincer aussitôt qu'on s'en apercevrait, ou, au moins, la couper plus courte que les autres au moment de la taille.
Il faut encore avoir soin de supprimer le plus tôt possible les gourmands, c'est-à-dire les bourgeons qui poussent souvent à la partie supérieure des branches principales, car ils ne tarderaient pas à se développer en rameaux vigoureux qui absorberaient à leur profit une grande partie de la sève. On ne doit pas davantage laisser s'accroître les rameaux qui se trouvent au-dessous des branches ; car, lorsqu'ils produisent des fruits, les bestiaux cherchent à s'en emparer et, en tirant dessus, ils peuvent causer de grands dommages à la tête des arbres.
La taille que l'on doit faire subir aux jeunes pommiers est de toute utilité ; elle empêche leur tête de devenir confuse et elle permet aux branches principales d'acquérir de la force et de la solidité en les forçant à s'accroître en grosseur avant de le faire en longueur.
Le cultivateur abandonne trop souvent le développement de la tête des arbres à elle-même et il a grand tort. La tête devient irrégulière et très feuillue, la lumière solaire ne peut pénétrer au travers de ce réseau inextricable de rameaux et de feuilles, et la fructification ne pouvant avoir lieu que sur les points qui sont éclairés directement par le soleil, la partie extérieure de la tête donne seule une récolte satisfaisante.
Il est indispensable, de permettre aux rayons solaires d'éclairer dans toutes ses parties la tête du jeune arbre ; aussi ne saurait-on trop s'efforcer, pendant les huit ou dix premières années de végétation, de lui faire acquérir la forme d'une vaste coupe, que le soleil puisse remplir sans cesse de chaleur et de lumière.

Elagage et grattage.
L'élagage du pommier est une opération des plus utiles, que le cultivateur, soucieux de ses intérêts, ne doit pas négliger. Pour ne pas donner naissance à de larges plaies qui seraient longues à se cicatriser, il doit la faire tous les deux ou trois ans ; on l'exécute pendant le repos de la végétation et il porte principalement :
1° Sur les branches mortes ou chancreuses que l'on coupera rez-tronc ;
2° Sur les rameaux qui poussent dans l'intérieur de la tête et forment confusion sur les branches de second et de troisième ordre. On les taille à 0 m. 40 de leur point d'insertion, en laissant, autant que possible à leur extrémité, un petit rameau qui servira de tire-sève, empêchera la partie conservée de périr et pourra plus tard produire des fruits ;
3° Sur les branches pendantes vers la terre et qui gênent la circulation ;
4° Sur les gourmands qui peuvent se développer sur la tige et sur le collet de l'arbre, et que l'on supprime complètement.
Pour élaguer les arbres, on se sort, selon la grosseur des branches à couper, d'un échenilloir ou d'un ébranchoir, car, en raison du peu de distance qui existe entre les branches, l'emploi de la serpe serait souvent difficile.
L'échenilloir se compose d'un sécateur, dont le manche à l'une de ses extrémités fixée à un long bâton et l'autre munie d'une corde.
L'opérateur, qui reste à terre, tient le bâton de sa main droite et fait fonctionner l'instrument en tirant sur la corde de la main gauche.
L'ébranchoir le plus employé, est l'ébranchoir à crochet. Il est formé d'un ciseau bien tranchant muni sur le coté d'un crochet, et dont la base, terminée par une douille, reçoit un manche long et solide. Pour se servir de cet instrument, on place la partie tranchante du ciseau au point d'insertion de la branche à supprimer et on frappe sous l'extrémité inférieure du manche à l'aide d'un maillet ou d'un marteau ; le rameau sur lequel on opère se trouve facilement détaché de l'arbre et, s'il reste engagé dans les branches, on se sert du crochet pour le faire tomber à terre. Quand on est forcé par la grosseur des branches d'avoir recours à la scie, il faut avoir soin de rendre les plaies bien nettes à l'aide de la serpette et de les recouvrir de mastic à greffer.
Le grattage des mousses et des lichens, qui souvent croissent en abondance sur l'écorce des arbres et leur causent de grands dommages, est encore une opération des plus recommandables. Elle s'exécute à l'aide d'une plane construite dans ce but, ou simplement en employant de vieilles planes de charpentier, dont le tranchant est émoussé. Une fois les mousses enlevées, on recouvre la tige d'un lait de chaud dans lequel on aura mélangé un peu d'essence ou d'huile de pétrole ; l'on doit, en outre, prendre la précaution de brûler les mousses et les vieilles écorces que l'on a détachées de l'arbre, pour détruire complètement les œufs d'insectes qu'elles renferment la plupart du temps.

Paul ALEXANDRE,
Professeur départemental d'agriculture du Finistère - 1887-1888.

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