Tout l'art du semis de pépins de pommier, d'anciens conseils tout à fait transposables à notre époque pour une découverte nature simple et enrichissante. Autant réalisable en amateur qu'en jardinier chevronné.
Multiplication du pommier.
De la pépinière.
Les pépinières sont indispensables aux pommiers comme à beaucoup d'autres
plantes ligneuses ; ils y trouvent, dans leur jeune âge. Un sol mieux
préparé, une nourriture plus abondante, et les soins nombreux qu'ils exigent
peuvent leur être donnés facilement. Le voisinage, d'une grande route,
à cause de la poussière qui s'y forme durant l'été ; celui d'une forêt,
à cause des rongeurs qui s'y trouvent, est toujours nuisible et préjudiciable
à une pépinière. On doit çhoisir, autant que possible, un terrain horizontal
situé dans une vallée abritée des grands vents et principalement de ceux
du Nord et du Nord-Ouest qui, desséchants et froids, entravent la circulation
de la sève. La couche arable doit avoir au moins 0 m. 60 cent. de profondeur
; mais plus la terre végétale aura d'épaisseur, mieux les jeunes arbres
se développeront.
Nature du sol.
Les terres de consistance moyenne, argilo - siliceuses. sont celles que
l'on doit préférer ; elles contiennent de 60 à 70% de sable, sont très
perméables à l'air et à l'eau, s'échauffent rapidement et peuvent facilement
être travaillées en toute saison. Les terres siliceuses très légères se
dessèchent facilement sous l'action des rayons solaires ; elles exigent
de nombreux binages et arrosages, opérations coûteuses qui n'empêchent
même pas les arbres d'être chétifs et peu vigoureux.
Les terres argileuses étant peu perméables à l'air, à l'eau, à la chaleur,
les jeunes sujets y végètent plus tardivement, y développent moins de
racines que dans les autres terrains, et le succès de leur transplantation
est plus douteux.
Le sol doit être de moyenne fertilité. Dans une terre médiocre, la végétation
serait trop chétive ; dans une terre très riche en principes fertilisants,
les jeunes arbres pousseraient vigoureusement, mais seraient exposés à
souffrir beaucoup lors de leur transplantation dans un terrain qui souvent
serait de qualité inférieure à celui qu'ils viennent de quitter.
Toutes choses égales, d'ailleurs, le sol d'une pépinière doit avoir à
peu près la même fertilité que celui qui doit recevoir les arbres à demeure,
y être plutôt un peu moins riche ; cette petite différence de fertilité
au profit de la terre où l'arbre devra désormais végéter pourra compenser
la souffrance qu'éprouvent les jeunes sujets au moment de la transplantation.
Distribution et préparation du sol.
On doit diviser la surface de la pépinière en carrés ; le nombre d'années
que les jeunes plants doivent passer sur la pépinière, après le repiquage,
indique le nombre de ces carrés. On les garnit ensuite successivement
d'année en année, et on peut les utiliser, en attendant que le moment
du repiquage soit arrivé, en y cultivant des plantes fourragères. Les
différents carrés sont séparés par des chemins de 1 mètre de largeur,
et si la pépinière est d'une certaine importance il sera bon, pour économiser
la main-d'œuvre, d'y tracer des chemins où puisse circuler une voiture.
Pour faire le semis des pépins, on réservera une surface convenable qui
sera divisée en trois plates-bandes assez spacieuses pour pouvoir fournir
un nombre de plants un peu plus grand que ne l'exige le repiquage d'un
des carrés.
Le sol de chaque plate bande n'étant ainsi ensemencé que tous les trois
ans s'épuisera bien moins vite, car la grande loi de l'alternance s'applique
aussi bien aux jeunes plants cultivés en pépinière qu'aux plantes herbacées.
Il est de toute nécessité de procéder au défoncement des carrés et des
plates-bandes ; cette opération doit se faire quelques mois avant l'ensemencement
et autant que possible par un temps sec. Le sol des carrés doit être défoncé
jusqu'à 0 m . 60 cent. et celui des plates-bandes à environ 0 m . 35 cent.
Clôtures.
Le terrain destiné à la pépinière étant ainsi distribué et préparé, il
est utile de le clore pour le protéger des dégâts que les bestiaux et
les rongeurs pourraient y faire. Les treillages en bois ou en fil de fer
galvanisé sont les clôtures que l'on doit préférer, les haies vives étant
peu efficaces et les murs trop coûteux.
Il est bon, en outre, de tenir un catalogue où seront inscrites toutes
les variétés cultivées dans la pépinière avec un numéro d'ordre qui sera
reproduit sur les arbres à l'aide d'une étiquette en zinc ou en plomb
; on évitera ainsi des confusions regrettables.
Des semis.
Le semis des pépins du pommier peut se faire en vue d'obtenir soit des
sujets destinés à être greffés, soit de nouvelles variétés. L'expérience
a montré, en effet, que si ces semis donnent souvent des arbres beaux
et vigoureux, il est bien rare que les fruits qu'ils produisent aient
la qualité de la pomme qui a fourni les pépins. Les amateurs, les pépiniéristes
font certes œuvre utile et méritoire, en plantant des pommiers non greffés,
en recherchant des variétés nouvelles ; mais que de déceptions n'ont-ils
pas ! Pour l'agriculteur, pour le producteur de cidre, le semis ne peut
avoir qu'un but : l'obtention des sauvageons ; le greffage étant le moyen
le plus certain et le plus rapide qu'il ait à sa disposition pour arriver
à un bon résultat.
Choix des pépins.
Que l'on veuille obtenir des variétés nouvelles ou des sauvageons, il
est toujours nécessaire de ne confier à la terre que de bonnes semences;
aussi est-il indispensable de leur faire subir un triage judicieux. Toutefois,
il faut observer que, quand on désire obtenir des variétés nouvelles et
distinguées, il est bon de semer des pépins provenant de pommes déjà remarquables
par leur qualité, tandis que l'on doit, au contraire, préférer ceux provenant
de variétés très vigoureuses quand on veut produire des sauvageons. Le
cultivateur éclairé doit, avant de procéder à l'ensemencement, s'assurer
de la bonne conformation des pépins. Toute graine est, en effet, analogue
à l'œuf de l'animal, et quand elle est mal constituée elle ne peut germer.
On peut y distinguer deux parties essentielles : 1° une gaine protectrice
ou tégument : 2° un embryon recouvert par ces téguments. Ce dernier, véritable
plante en miniature, se divise en trois parties : 1° la radicule ; 2°
la tigelle ; 3° les cotylédons.
1° La radicule est une petite protubérance conique qui se dirige vers
l'extérieur et qui sort la première à l'époque de la germination pour
donner naissance à la racine de la nouvelle plante ;
2° La tigelle fait suite à la radicule, qu'elle surmonte, et forme avec
elle l'axe de l'embryon ; elle donne naissance à la tige et elle est terminée
par la gemmule, petit bourgeon formé par les rudiments des feuilles ;
3° Les cotylédons forment l'extrémité de l'embryon opposé à la radicule
; ils sont formés de deux parties symétriques, con vexes en dehors, planes
en dedans et s'appliquant par leur côté plan.
Les pépins doivent encore satisfaire aux conditions suivantes :
1° Etre extraits de pommes provenant de la dernière récolte et ayant atteint
leur complète maturité ;
2° Ne pas être demeurés longtemps en contact avec les marcs ; ceux-ci
fermentant très vite au sortir du pressoir, les pépins s'altèrent; ils
laissent couler, sous la pression des doigts, un jus noirâtre, et ils
perdent rapidement leur faculté germinative.
Le cultivateur peut avoir de suite quelques indications sur la valeur
des graines dont il dispose en les jetant dans un vase rempli d'eau. Les
pépins qui surnagent sont défectueux et il doit les rejeter. Le moyen
le plus efficace pour s'assurer de la bonne qualité des graines est de
les faire germer : on peut se servir à cet effet, soit d'un germoir spécial,
soit d'un simple morceau de drap humecté d'eau. Dans les deux cas, il
faut opérer dans un lieu où la température varie de 15 à 20°.
Ces essais préliminaires sont pour le cultivateur qui veut exécuter un
semis de pommiers d'une importance capitale. S'il néglige de les faire,
il se réserve bien des déceptions et il peut compromettre grandement le
succès de l'entreprise. On n'a pas toujours, il est vrai, le loisir de
se livrer à ces petites manipulations, cependant bien simples, aussi ne
saurait-on trop désirer que les stations d'essais des graines prissent
bientôt en France l'importance qu'elles ont en Allemagne, en Suisse, en
Danemark et ailleurs.
Sur la proposition de M. Risler, le ministre de l'agriculture a autorisé,
au mois de mai dernier (1884), l'installation d'une semblable station
à l'institut agronomique, et nous ne doutons pas que, sous l'habile direction
de son sympathique directeur, M. Schribaux, elle ne rende les plus grands
services. L'indemnité à acquitter pour la détermination de la faculté
germinative des semences est fixée à 4 francs, et on doit adresser à la
station, pour les graines qui nous occupent, un lot d'environ 300 grammes.
Extraction et conservation des pépins.
La fermentation des marcs détruit rapidement la faculté germinative des
pépins. On doit donc effectuer leur extraction le plus vite possible.
On peut, à cet effet, suivre deux procédés : celui de l'évigation et celui
du criblage.
Si l'on opère de la première manière, il suffit de jeter la pulpe bien
divisée dans un vase assez grand et plein d'eau. Les pépins de bonne qualité
tombent au fond, les autres surnagent avec les marcs.
Le procédé du criblage est moins rapide, mais il permet d'obtenir les
pépins recouverts encore de la matière onctueuse qui les entoure et qui
les protège, jusqu'à un certain point, de l'influence nuisible des agents
extérieurs ; aussi est-il parfois préféré au premier. On opère en recevant
sur un crible à longs trous le marc préalablement bien divisé, et par
l'agitation les pépins tombent sur le sol. On les étend ensuite dans un
endroit sec et bien aéré pour les faire sécher.
Ces diverses opérations se font généralement en hiver, et on ne peut à
cette époque effectuer des semis, que les rongeurs, l'humidité surabondante,
les gelées, détruiraient infailliblement. Il faut donc conserver les pépins
jusqu'au printemps et, pour les empêcher de perdre leur faculté germinative,
on doit prendre quelques précautions.
On se contente parfois de mélanger les pépins secs avec de la terre légère
et du sable fin et de mettre le tout dans un vase plus ou moins grand,
que l'on conserve dans une cave à l'abri des gelées. Cette méthode est
expéditive, mais la température des caves étant supérieure à celle de
l'extérieur, on a toujours à craindre une germination anticipée qui, forçant
à hâter les semis, expose les jeunes pousses à être détruites par les
gelées tardives.
Il est assurément préférable de recourir à la stratification pour conserver
les graines et on peut l'opérer très facilement en plaçant les pépins
mélangés d'un peu de sable dans un vase que l'on enterre en le surmontant
d'un petit monticule de terre d'environ 0 m. 20 d'épaisseur. Si l'on a
une grande quantité de graines, on peut opérer de la manière suivante
: on mélange les pépins avec une certaine quantité de terre légère, plutôt
sèche qu'humide ou de sable fin et sec, et on en forme, au-dessus du sol,
un monticule que l'on recouvre d'une couche de terre de 0 m. 30 d'épaisseur,
puis d'un paillis assez épais. Un fossé circulaire est chargé de recueillir
les eaux pluviales.
Epoque des semis.
L'époque la plus favorable pour exécuter les semis est le commencement
du printemps. Plus tôt, l'humidité surabondante de la terre pourrait faire
pourrir les graines ou entraver la germination d'une manière fâcheuse.
Au moment de semer les pépins, on doit labourer et herser avec soin le
terrain qui leur est destiné, de façon à ce que la terre soit bien débarrassée
des mauvaises herbes et bien ameublie. Elle sera ainsi facilement perméable
à l'air et les racines des jeunes plants pourront, sans peine pénétrer
entre, les molécules terreuses pour y chercher la nourriture dont la plante
nouvelle aura bientôt besoin.
S'il est utile, en effet, que le sol de la pépinière soit de moyenne fertilité,
il n'en est pas de même de celui des plates-bandes destinées au semis.
Celles-ci doivent recevoir une abondante fumure et on y doit appliquer,
autant que possible, des engrais facilement assimilables : fumiers bien
décomposés, sulfate d'ammoniaque, nitrates, etc.
Ensemencement.
Nous devons ici considérer les divers modes employés pour répandre les
pépins et la profondeur à laquelle ils doivent être enterrés. On sème
parfois, quoique assez rarement cependant, les pépins mélangés aux marcs
; il suffit alors d'étendre en couche mince la masse convenablement divisée,
sur un terrain bien meuble. On donne ensuite un coup de herse ou de râteau
et on recouvre d'une couverture de terreau ou de fumier décomposé.
Les procédés les plus suivis, sont : le semis à la volée et le semis en
ligne semis à la volée.
Le terrain est rendu aussi horizontal que possible et bien uni à l'aide
du râteau, puis les pépins mélangés encore à la terre ou au sable, avec
lesquels ils ont été stratifiés, sont projetés, à la main, le plus régulièrement
possible. On répand environ un millier de pépins par mètre carré. Ce semis
à la volée est fréquemment employé, il est plus rapide que le semis en
ligne; mais il exige pour être bien exécuté, une personne habituée à un
semblable travail, une bonne répartition des graines étant de toute nécessité.
Il faut éviter, en effet, de répandre une trop grande quantité de graines,
car lorsque les pépins sont distribués confusément, ou dans une trop forte
proportion, les plants, après la germination des graines, sont trop nombreux
et trop épais ; plus tard les racines s'enchevêtrent et s'entrelacent,
les jeunes plantes manquent de vigueur et ne tardent pas à s'étioler.
Semis en ligne.
Pour effectuer le semis en ligne, on trace à l'aide d'un rayonneur ou
simplement en se servant de l'extrémité du manche d'un râteau des sillons
parallèles, dans lesquels les pépins sont disposés à la main.
Les semis en lignes offrent certains avantages, ils permettent un enfouissement
plus régulier des graines, d'exécuter plus rapidement et plus facilement
les opérations d'entretien et nettoyage du sol, et les jeunes plants,
qui toujours sont plus régulièrement distribués, se trouvent plus à même
de profiter de l'action bienfaisante de l'air, de la chaleur et de la
lumière.
Soins à donner aux semis.
Les plants demandent qu'on entoure leur première jeunesse de soins attentifs
et minutieux. Aussi devra-t-on chercher à détruire, autant que possible,
les animaux nuisibles, et ne pas hésiter à pratiquer les binages, les
sarclages et enfin les éclaircissages nécessaires.
Profondeur des semis.
Que l'on suive l'un ou l'autre des procédés qui précèdent, il ne faut
pas perdre de vue que l'air, la chaleur, l'humidité, élant les agents
indispensables de la germination des plantes, les pépins doivent être
enterrés de telle façon qu'ils puissent bénéficier de leur concours.
La profondeur convenable varie nécessairement avec la nature du terrain
; il convient, en général, de recouvrir les pépins d'une couche de terre
de deux centimètres.
On se sert, à cet effet, d'une herse ou d'un râteau, puis, à l'aide du
dos d'une pelle ou d'un rouleau à main, on plombe légèrement le sol pour
le raffermir, détruire les cavités souterraines qui peuvent parfois s'y
produire après un hiver rigoureux, et mettre les pépins bien en contact
avec les molécules terreuses. On termine l'opération en recouvrant la
surface du sol ensemencé d'une couche légère de fumier décomposé ou de
terreau.
Si les opérations que nous venons de décrire ont été faites avec soin
et bien exécutées, la graine ne tarde pas à sortir de l'état de torpeur
où elle était plongée et à germer, puis peu à peu la plante nouvelle se
suffit à elle-même, elle jouit de la plénitude de la vie, elle croit,
grandit et prospère !
Animaux nuisibles.
Les souris et les rats causent parfois de grands dégâts dans les plates-bandes
avant la germination ; on peut s'en débarrasser à l'aide de pièges et
en suspendant ça et là des appâts auxquels on a mêlé de la noix vomique.
Les mulots ne sont pas moins à craindre ; on en détruit un certain nombre
en enterrant, à fleur du sol, des pots qui, vernissés en dedans et à moitié
pleins d'eau, sont le tombeau de ces petits rongeurs, qui ne peuvent on
sortir et s'y noient.
Les radicelles et les feuilles des jeunes plants sont souvent attaquées
par la larve du hanneton, que l'on nomme ver blanc, man ou taon.
On n'est malheureusement averti de sa présence que, quand le mal est consommé,
c'est-à-dire quand la jeune plante se flétrit et meurt sans cause apparente.
Parmi les moyens proposés pour sa destruction, le meilleur serait de faire
la chasse aux hannetons ; à défaut du temps nécessaire, on peut planter,
dans les plates-bandes, quelques pieds de laitue ou de fraisier, qui sont
sacrifiés et qu'on arrache dès qu'on voit leur feuillage fané. On trouve
ordinairement un ou plusieurs vers blancs auprès des racines de ces plantes,
dont ils sont très friands.
On peut avoir encore à lutter contre les limaces, qui, fréquemment, dévastent
les plates-bandes. Pour s'en emparer, le moyen le plus certain est de
leur faire la chasse le matin et le soir, et surtout après la pluie ou
pendant la rosée. On peut encore répandre sur la surface du sol une légère
couche de sciure de bois ; les limaces s'en imprègnent, grâce au liquide
onctueux qu'elles sécrètent, et bientôt elles ne peuvent plus se mouvoir.
Il est ensuite facile de s'en emparer et de les écraser.
On peut remplacer la sciure de bois par de la cendre.
Binages.
Le binage est une opération fort utile qui a pour but l'ameublissement
de la couche superficielle du sol, parfois durcie outre mesure sous l'action
des hâles et des vents, la destruction des mauvaises herbes et le maintien,
dans le sol, d'une fraîcheur salutaire.
Toutefois il deviendrait plutôt nuisible qu'utile si on l'exécutait par
un temps sec sur une terre encore humide. Dans le premier cas les racines
pourraient souffrir des hâles violents ; dans le second, il serait à craindre
que les jeunes plants ne se trouvent déchaussés.
Sarclages.
C'est par des sarclages plus ou moins répétés, suivant les circonstances,
que l'on parvient à débarrasser les plantes nouvelles des mauvaises herbes
qui les ont envahies et qui leur disputent la fécondité du sol. Les sarclages
faits avec soin, quand la terre est bien ressuyée et pas trop humide,
sont très favorables sous tous les rapports ; ils débarrassent le sol
de plantes épuisantes ou parasites el ils facilitent entre les jeunes
pieds la circulation de l'air et de la lumière.
Eclaircissages.
L'éclaircissage est une opération très importante, qu'on ne doit pas négliger
de faire, dès que l'on s'aperçoit que les jeunes plants sont trop serrés.
On a grand tort d'attendre la fin de l'été, comme on le fait quelquefois;
les plants se gênent mutuellement, leur végétation se trouve entravée,
et leur accroissement en souffre. On doit procéder à l'éclaircissage dans
le commencement de juillet, et enlever, autant que possible, les sujets
chétifs et mal venus dont l'avenir offre surtout des craintes.
Arrosages.
Pendant les grandes chaleurs de l'été, les binages et les sarclages sont
souvent insuffisants pour maintenir dans le sol l'humidité dont les plantes
ont besoin pour leur développement. Il devient utile de procéder à des
arrosages, qui, pratiqués judicieusement, ont sur la végétation des jeunes
plants les plus heureux effets. La rareté des pluies, à cette époque de
l'année, retarde le développement des plantes, et les grandes sécheresses
les dessèchent ou les font périr.
Un végétal ne peut vivre dans un sol privé d'humidité ou qui n'en renferme
pas de 9 à 10 %. L'aspect hâlé et sec de la surface du sol, l'abaissement
des feuilles, l'enroulement du limbe, le fanement, sont autant d'indices
du besoin qu'ont les plantes d'être arrosées.
De l'action de l'eau sur les plantes.
L'eau apporte et donne à la terre une fraîcheur bienfaisante, elle augmente
l'action fécondante de la chaleur atmosphérique, elle modère l'effet d'un
soleil brûlant sur les tissus des jeunes plants et leur permet de végéter
avec vigueur pendant la belle saison.
L'eau, en outre, dissout les substances nécessaires à la nutrition des
plantes et elle enrichit le sol d'oxygène, d'ammoniaque, de matières minérales
et organiques.
De la nature des eaux à employer de préférence pour les arrosages.
Il s'en faut de beaucoup que toutes les eaux aient la même action sur
les plantes, et si les unes ont une influence très salutaire, les autres
peuvent étre nuisibles et ne doivent pas être employées pour les arrosages.
En général, on pratiquera, évidemment, les arrosages avec les eaux qui
seront les plus proches de la pépinière ; mais si l'on a le choix entre
les eaux d'une source et celles d'un cours d'eau, on devra choisir ces
dernières. L'eau des ruisseaux a, en effet, une température assez voisine
de celle de l'air ambiant, son action fertilisante; bien qu'assez variable,
est toujours supérieure â celle des eaux de source. Les eaux de puits
ou de source sont très fraîches pendant l'été et il est nécessaire, avant
de s'en servir pour arroser, de les recevoir dans des réservoirs, dans
des baquets ou dans des fosses, afin qu'elles puissent s'aérer et prendre
la température de l'air. Il est utile, en effet, de ne pas employer d'eau
à basse température pour les arrosages : car, en pénétrant dans le sol,
par le refroidissement qu'elle cause aux racines et aux radicelles, elle
diminue leur faculté d'absorption, et la plante, perdant plus par transpiration
qu'elle ne reçoit par absorption, languit.
Les eaux qui sortent des forêts ou des terrains tourbeux sont acides et
astringentes, elles nuisent à la végétation et doivent être regardées
comme mauvaises. Si on est obligé de s'en servir pour les arrosages, il
faut leur ajouter préalablement une certaine quantité de chaux vive, addition
qui fera perdre à ces eaux leur caractère nuisible.
Pratique des arrosages, quantité d'eau à employer.
On doit arroser de préférence le soir ou dans le courant de l'après-midi,
quand le soleil commence à baisser sur l'horizon. A cause de la fraîcheur
des nuits, l'eau pénètre plus profondément et mieux dans la couche arable
et elle ne s'évapore que lentement à la surface du sol et des feuilles.
Quant à la quantité d'eau à employer, elle est assez variable ; ce qu'il
faut surtout, c'est donner à boire en raison de la soif, c'est-à-dire
réparer, dans l'économie du végétal, les pertes occasionnées par son accroissement
et sa transpiration, de manière à ce que l'absorption lasse équilibre
à la consommation.
En général, on peut laisser un espace de 6 à 8 jours entre les arrosages,
et on répand, par mètre carré, 2 ou 3 arrosoirs de dimension moyenne,
c'est-à-dire d'une contenance d'environ quinze litres.
Du repiquage.
Le repiquage consiste à enlever les jeunes plants des plates-bandes des
semis pour les planter dans un autre carré, où, plus éloignés les uns
des autres, ils pourront croître et grandir plus librement. Le repiquage
offre de grands avantages : il arrête l'allongement du pivot de la racine
et provoquant ainsi l'émission d'un grand nombre de racines secondaires
et de radicelles, il permet d'avoir un arbre au système radiculaire puissant,
dont la reprise est presque assurée.
Les arbres repiqués deviennent, en outre, toujours plus volumineux et
plus forts, car ils ont, dans le carré des repiquages, tout, l'espace
nécessaire à leur végétation et ils peuvent jouir au maximum de l'action
bienfaisante de l'air, de la chaleur et de la lumière. Les arbres qui
n'ont pas été repiqués ne possèdent, au contraire, qu'un petit nombre
de racines qui sont très longues, peu ramifiées, et qu'on extrait difficilement
du sol : aussi la reprise de pareils arbres est-elle toujours, pour le
moins, fort douteuse.
Epoque des repiquages.
Les jeunes plants doivent être soumis au repiquage quand ils ont atteint
l'âge de un an ; leurs racines sont encore assez courtes et il est facile
de les détacher du sol sans les briser. On n'exécute souvent les repiquages
qu'au printemps ; nous croyons, cependant, que ce n'est pas une pratique
à conseiller, hormis pour les terres argileuses et humides. Là, comme
on peut craindre que, pendant l'hiver, l'humidité surabondante du sol
ne fasse périr les racines, il est bon d'attendre le mois de mars, pour
que la terre soit bien ressuyée. Dans tout autre cas, il sera préférable
de procéder au repiquage pendant l'automne ; les jeunes plants pourront
s'habituer peu à peu à leur nouveau sol et émettre quelques racines dans
le courant de l'hiver ; ils craindront bien moins que s'ils venaient d'être
repiqués les sécheresses printanières, et ils pourront entrer facilement
en végétation dès le commencement de la belle saison.
Déplantation.
On ne saurait trop blâmer la pratique vicieuse qui consiste, non à déplanter,
mais à arracher les jeunes plants un tirant dessus.
Un bon nombre de radicelles sont ainsi brisées, le chevelu est plus ou
moins détruit et la reprise se trouve compromise. On doit exécuter la
déplantation en ouvrant à l'une des extrémités de la plate-bande une tranchée
dont la profondeur sera un peu supérieure, à celle atteinte par l'extrémité
des racines. On mine ensuite le sol de proche en proche en dessous des
jeunes plants, qui se trouvent ainsi soulevés et déplantés, sans que leur
système radiculaire ait aucunement souffert.
On doit aussi absolument condamner la coutume qu'ont certains pépiniéristes
d'expédier les jeunes plants munis d'une partie de leurs feuilles. Ces
plants s'échauffent, évaporent énormément et finissent par périr.
Il convient, quand on désire en faire une expédition, praliner les jeunes
plants dès qu'ils sont hors de terre, c'est à-dire plonger leurs racines
dans un mélange de chaux éteinte, de bouse de vache et d'argile, délayés
dans de l'eau.
Paul ALEXANDRE,
Professeur départemental d'agriculture du Finistère - Cours de 1884.
Le semis de pépin fut une activité agricole utile aux agriculteurs dans des terres profondes autant pour le fruit cru, le fruit cuît et les cidres. Activité complémentaire, jamais optimisée en presqu'île de Crozon. Ni les vergers modestes, ni les haies fruitières n'eurent un effet économique significatif. Les presqu'îliens importaient leurs alcools. Cependant chaque agriculteur avait sa méthode, son savoir-faire et parfois pratiquait des distillations "expérimentales" hors la loi... dont le fameux chouchen... Pas question d'acheter des arbres en pépinière, bien trop chers...
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