La fête du 14 juillet 1889 à Brest : le scandale politique

Certains évènements locaux sont le reflet de la société. Dans le cas présent, le vice-amiral Emile Zédé, nommé préfet maritime de Brest depuis le 1 août 1888, grand officier de la légion d'honneur depuis le 9 juillet 1889, suscite l'ire des républicains et la mansuétude des monarchistes. Les controverses politiciennes sont violentes et n'hésitent pas à surenchérir en mêlant la raison à la malveillance. Cette affaire est aussi l'illustration de l'opposition des points de vue de la Gauche et de la Droite. L'universalisme citoyen que l'Etat sert face à la hiérarchisation de l'Etat maître. Ce clivage irréconciliable se poursuit encore aujourd'hui. Il faut lire plusieurs sources journalistiques pour deviner, sans assurance, le déroulé des faits car chaque tendance politicienne étant parcellaire dans son information, la vérité se fait discrète.

"Il y a aujourd'hui cent ans, le peuple de Paris prenait la Bastille. Ce jour-là, une ère nouvelle s'ouvrait en France. C'était la proclamation, brutale, mais solennelle, de la déchéance de l'ancienne royauté, de la royauté despotique, absolue ; c'était l'affirmation des droits du peuple, de sa volonté formelle de les faire reconnaître, prévaloir, l'affirmation de la souveraineté de la nation.

La prise de la Bastille eut son retentissement dans le monde entier, et les peuples l'interprétèrent ainsi, saluant en cette grande journée la journée de l'émancipation des esprits et des corps, la journée de l'affranchissement.

En honorant aujourd'hui la mémoire des héros qui s'emparèrent de la prison du despotisme, en rendant hommage à leur courage, à leur vaillance, songeons que nous aussi nous avons envers la liberté de grands devoirs à remplir. L'ennemi est là, qui menace; et quel jour meilleur pour nous fortifier en des résolutions de persévérance et d'énergie, que celui de cette grande commémoration ?

Contre la monarchie, contre le césarisme, pour la République et pour la liberté, tel doit être le cri des cœurs républicains !"

La Dépêche de Brest 14 juillet 1889. Presse républicaine (gauche).

CHRONIQUE LOCALE

La fête nationale. — La fête nationale a été célébrée avant-hier à Brest avec un éclat inaccoutumé. Dès la veille, comme nous l'avons déjà dit, nombre d'habitants répondant à l'appel du maire, avaient pavoisé leurs maisons. Le matin, les trois couleurs flottaient dans les rues; le temps était propice, la journée s'annonçait bien.

La revue des troupes qui composent notre garnison est un spectacle toujours suivi avec empressement par notre population. Comme toujours, dès huit heures, les contre-allées du cours d'Ajot se couvraient de monde ; dans la tribune officielle, dressée à l'endroit accoutumé, se tenaient à huit heures et demie, les représentants des autorités civiles; M. le vice- amiral Zédé, préfet maritime, arrivait en- suite et passait devant le front des troupes. Puis les divers corps défilaient avec cette mâle allure que nous éprouvons chaque fois un plaisir patriotique à contempler. Cette partie du programme de la fête eut été parfaite, sans un déplorable incident sur lequel nous reviendrons

Le reste du programme a été suivi dans l'après-midi et dans la soirée, et partout l'ordre n'a cessé de régner. Une foule de promeneurs en habits de fête remplissait les rues principales.

L'aspect du cours d'Ajot, illuminé sur toute sa longueur, était, le soir, ravissant. Des lanternes rouges sur les côtés des allées, faisant escorte en quelque sorte à des lampions de verre blanc disposés au milieu en suspensions : telle était l'illumination. Quand, d'un point quelconque de la longue promenade, au milieu de l'allée centrale, on jetait un regard sur cette profusion de lumières, on voyait devant soi comme un dôme argenté, brillant de mille feux, sous le dôme de verdure des grands arbres. Les feuilles avaient pris, au reflet des lumières, une teinte particulière qui complétait le spectacle. Sous cette voûte étincelante, circulait une foule joyeuse, admiratrice. C'était, réellement, très beau.

Nous n'en dirons, malheureusement, pas autant du feu d'artifice tiré sur la jetée sud du port de commerce D'abord, cela a commencé à onze heures ; à minuit, on attendait encore le bouquet. La foule trouvait qu'on abusait un peu de la patience des braves gens, et elle n'avait pas tort. Puis, les pièces parurent mes- quines. Sans doute, la distance est pour quelque chose dans l'effet produit. Si au lieu de regarder en bas, nous avions dû chercher de l'œil le feu d'artifice dans une direction horizontale, et s'il avait été tiré plus près de nous, l'effet eut été différent. Mais vues du cours ou de la rampe de la gare, les diverses pièces, tirées de la jetée, ne répondaient pas à ce qu'on espérait généralement.

La nuit était belle ; la lune brillait dans tout son éclat, voilée seulement de temps à autre par quelques nuages voyageurs, et l'on regagna paisiblement son logis, après une journée de fête bien remplie. Brest avait dignement fêté le centenaire de la prise de la Bastille. Dans leurs tombeaux, les combattants du grand jour doivent être contents de nous.

L'incident de la revue de dimanche.

— Voici quelques détails sur l'incident qui s'est produit dimanche à la revue et que nous signalons plus haut.

Comme on le fait tous les ans, une tribune, destinée à recevoir les autorités civiles, avait été dressée sur un côté du cours, près de l'endroit où aboutit la rampe de la rue d'Aiguillon. A gauche et au-dessus de la tribune, un emplacement était ménagé pour le stationnement des musiques pendant le défilé. En face, des oriflammes et des drapeaux marquaient la place qu'occupent habituellement le préfet maritime et son état-major, au moment du défilé, aux revues du 14 juillet.

A huit heures et demie, M. le sous-préfet de Brest, M. Sanquer, premier adjoint, suppléant le maire empêché, les autres adjoints, les conseillers municipaux, la plupart des fonctionnaires de la ville, dont tous les chefs de services, occupaient la tribune. Quand M. le vice- amiral Zédé, passant sur le front des troupes, arriva à hauteur de la tribune, tout le monde se leva et se découvrit. On remarqua que l'amiral répondait seulement par un léger salut et sans donner un regard à la tribune. Quelques instants après, les troupes étant massées pour le défilé, l'amiral, au lieu de se porter à l'endroit marqué, face à la tribune, allait se placer à cinquante ou soixante mètres au-dessous. Le défilé commençait aussitôt. La musique du 19ème d'infanterie recevait ordre de s'arrêter avant la tribune. Le fait devenait significatif. Le conseil municipal se leva aussitôt, M. Sanquer à sa tête, et, suivi de nombreux fonctionnaires, quitta la tribune.

Peu après, M. Sanquer, faisant fonctions de maire, écrivait à M. le préfet maritime qu'après l'incident de la revue, il avait le regret de ne pouvoir assister au dîner donné le soir môme à la préfecture. Les fonctionnaires chefs de service en faisaient autant.

M. l'amiral Zédé répondit à M. Sanquer qu'il recevait sa lettre avec étonnement; si M. Sanquer désirait quelques explications, l'amiral était prêt à le recevoir jusqu'à onze heures et demie. Un matelot portait la lettre, avec mission de demander une réponse. M. Sanquer répondit qu'il n'avait rien à répondre.

En même temps, la plupart des conseillers municipaux, qui, poussés par un sentiment commun , s'étaient réunis spontanément à l'hôtel de ville, demandaient à M. Sanquer de les convoquer pour cinq heures.

A l'heure dite, le conseil se réunissait hors session, et la protestation suivante était rédigée, adoptée et signée par tous les membres présents, c'est-à-dire tous les conseillers, moins quatre :

« La municipalité et les membres sous- signés du conseil municipal de la ville de Brest, réunis hors séance, à l'issue de la revue nationale du 14 juillet, ont l'honneur d'exposer à M. le ministre de l'intérieur qu'ils ont été vivement froissés de l'attitude prise par M. le vice-amiral Zédé, préfet maritime, commandant en chef, passant la revue des troupes. « Il a affecté de se placer, pour le défilé, à plus de soixante mètres en avant de l'extrémité de la tribune officielle de la municipalité, au lieu de se tenir, comme le faisaient toujours ses prédécesseurs en pareille circonstance, à la tète de son état-major, en face du milieu de la dite tribune contenant, en outre du maire entouré de son conseil, M. le sous-préfet, représentant officiel du gouvernement de la République, ainsi que toutes les autorités et les fonctionnaires de la ville de Brest et de l'arrondissement. « Dans ces conditions, le défilé étant terminé au passage des troupes devant la tribune officielle ; force fut donc aux représentants de la cité de se retirer sans pouvoir saluer les drapeaux des divers régiments sous les armes. « Il est utile d'observer que, comme d'usage, un emplacement décoré de pavillons français avait été disposé en face de cette tribune pour M le vice-amiral commandant en chef, son état-major et les officiers de toutes armes lui formant escorte. « Nous ignorons à quel sentiment a pu obéir M. le préfet maritime, vice-amiral commandant en chef, en soulevant un conflit aussi regrettable le jour do la célébration de la fête nationale, à l'heure où le gouvernement de la République lui accordait une des plus hautes distinctions du pays. « Comme représentants de la ville de Brest, les conseillers municipaux soussignés ne sauraient laisser passer un fait d'une nature aussi grave, empruntant un caractère particulièrement blessant à la solennité de la cérémonie à laquelle ils avaient été conviés. « Il leur semble impossible d'admettre qu'un haut fonctionnaire du gouvernement agisse ainsi à l'égard des représentants élus d'une grande cité républicaine, et ils se déclarent résolus à donner leur démission s'ils n'obtiennent la juste réparation de l'affront gratuitement infligé, dans cette circonstance, à la ville de Brest, en leur personne. « Arrêté et signé à Brest, le 14 juillet 1889. »

Suivent les signatures.

Cette protestation a été adressée hier par la municipalité à M. le ministre de l'intérieur.

De son côté, M. le sous-préfet, appelé à Quimper dans la journée de dimanche, par dépêche télégraphique, rendait compte de l'incident à M le préfet du Finistère.

Est-il besoin de dire l'émoi soulevé en ville par ce conflit inattendu ?

Quelques jours avant la revue, M. le préfet maritime avait invité officiellement la municipalité, le conseil et tous les chefs de service et fonctionnaires à assister à la revue ; il avait demandé au maire de réserver, sur la tribune, un certain nombre de places pour des officiers généraux de la marine en retraite, et M. Sanquer s'était empressé de déférer à ce désir, prenant même l'avis de l'amiral sur le choix des places réservées, afin de prévenir toutes susceptibilités de préséance.

En toutes matières, d'ailleurs, les relations entre la municipalité et la préfecture maritime étaient, depuis longtemps correctes. Le conseil n'avait négligé aucune occasion de prendre sa part des deuils et des joies de la marine ; et en plus d'une circonstance la marine avait montré qu'elle lui en savait gré. Tout récemment encore, le maire recevait de l'amiral Fleuriot de Langle une lettre de remerciement pour l'attitude de la municipalité lors des obsèques des restes du compagnon infortuné de Lapérouse.

Entre la préfecture maritime et la sous-préfecture, la même cordialité de rapports existait.

A quels sentiments a donc obéi M. le préfet maritime en infligeant avant-hier au conseil municipal, à M. le sous-préfet, à tous les fonctionnaires, l'injure dont le conseil municipal se plaint ?

L'Océan [ presse monarchiste (droite) NDLR ] trouve qu'en protestant les conseillers municipaux « font rire », et il se demande « quelle déférence leur doit l'autorité militaire à l'occasion d'une revue ». Rie l'Océan tant qu'il voudra ; ce fait n'en subsistera pas moins : c'est que le suffrage universel est aujourd'hui à la base de toutes nos institutions, que le conseil municipal est formé de ses élus et qu'à ce titre il a droit, dans une cérémonie publique, à des égards déter- minés. Ces égards, tous les préfets maritimes, qui, depuis l'établissement de la fête nationale du 14 juillet, se sont succédé à Brest, n'ont pas manqué de les rendre, et il paraît légitimement assez surprenant que pour la première fois on les refuse ou affecte de n'y songer — ce qui est, au fond, la même chose — le jour où la fête nationale se double de la célébration du centenaire de la prise de la Bastille.

Qu'on ne l'oublie pas, en effet. La revue du 14 juillet n'est pas une fête militaire, spécialement et uniquement militaire. Elle n'est qu'une partie, — une partie très importante, mais une partie, — du programme d'une fête organisée par le gouvernement ou sous son inspiration, pour la glorification de la patrie et des institutions sous lesquelles nous vivons. M. le vice-amiral préfet maritime, en la passant, n'a pas pour but de voir si les boutons de ses hommes sont bien astiqués, si les fourniments sont en ordre, si l'équipement des troupes est bien au point ; non ; c'est une revue d'apparât que passe M. le vice-amiral, parce qu'il est la plus haute autorité militaire de la ville, pour rehausser ainsi l'éclat de la fête, et si le conseil municipal y assiste, c'est comme l'émanation du suffrage universel, c'est comme représentant de la ville ; là où il est, là est la cité, et il a bien droit à ce titre, à quelque considération. Les fonctionnaires représentent les pouvoirs publics dans leur diversité ; M. le sous-préfet représente le gouvernement de la République.

Il ne s'agit donc pas de savoir si les divers personnages officiels, présents dans les tribunes officielles aux revues du 14 juillet, sont, ou non, hiérarchiquement les égaux ou les inférieurs des officiers supérieurs ou généraux qui passent ces revues ; ils sont là les représentants des corps élus, comme la personnification du gouvernement de la République, et le moins qu'ils puissent exiger, sans un blâmable renoncement à leur dignité, c'est qu'à leur salut profond et respectueux, un officier général réponde par un salut égal et donné correctement; c'est qu'à la revue où on les convie et où ils viennent, le patriotisme au cœur et tout à la fois heureux et fiers de saluer le drapeau national, symbole de la patrie, on daigne s'apercevoir qu'ils existent, on ne les traite pas en gens de rien, on leur permette enfin de rendre décemment à la patrie l'hommage pour lequel ils sont venus.

L'Océan parle encore de « soumission » que M. le préfet maritime ne doit même pas, dit-il, au corps électif de la cité. Le mot de « soumission» n'a rien à faire ici. Ce qui est en cause, c'est un devoir de courtoisie, je dirai même de déférence pour les représentants du pouvoir civil, et ce devoir, quelque regret qu'on ait à le dire, M. le vice-amiral préfet maritime, qu'il l'ait prémédité ou non, y a dimanche manqué gravement.

Le suffrage universel approuvera ses élus d'avoir protesté.

La Dépêche de Brest du 15 juillet 1889


B R E S T , 14 juillet. — La revue d'aujourd'hui a donné lieu à un incident entre le vice-amiral Zédé, préfet maritime, et le Conseil municipal et les autorités civiles. Pour le défilé, l'amiral se plaça à 50 mètres environ de distance de la tribune, au lieu de faire face à la tribune des autorités civiles. Plusieurs fonctionnaires et tous les conseillers municipaux jugèrent la chose offensante pour eux et quittèrent la tribune. Le sous-préfet seul resta. Dans la matinée, après la revue, le premier adjoint municipal remplaçant le maire et le procureur de la République et plusieurs autres fonctionnaires civils, dit-on, écrivirent à l'amiral que, après pareils faits, il ne pouvaient pas prendre par au dîner qui a lieu ce soir à la préfecture maritime, et auquel ils étaient invités. Le Conseil municipal, réuni à cinq heures en séance privée, décida qu'il donnerait sa démission s'il n'obtenait pas satisfaction.

Les conseillers paraissent donner trop d'importance à l'incident, car l'amiral se plaça au même endroit qu'à la revue du 5 mai, jour où il n'existait pas de tribune par l'autorité maritime. Il est inadmissible que l'amiral Zédé ait voulu froisser les autorités civiles. Ce soir, le sous-préfet est parti pour Quimper conférer avec le préfet et la protestation du Conseil municipal a été adressée au ministre de l'intérieur.

Le Figaro du 15 juillet 1889. Presse monarchiste.


L'incident de Brest

Le Gaulois dit au sujet du projet de démission du conseil municipal de Brest :
Cette décision est puérile, car le vice-amiral Zédé n'a eu l'intention de froisser personne.

Par suite de l'étroitesse du terrain, il ne pouvait se placer ailleurs avec son état-major.

On croit que cet incident n'aura pas de suite.

Le Matin du 15 juillet 1889. Presse monarchiste.


... Est-il bien nécessaire qu'à la revue du 14 juillet le vice-amiral et son état-major se fassent suivre de porteurs de parapluies ? Il est par trop plaisant de voir des officiers suivis d'une escouade de marins, gendarmes, gardiens et domestiques portant des manteaux et des parapluies et passant la revue des troupes, tout comme le préfet.

Ces gens de service ne font pas bien dans le tableau et seraient bien mieux ailleurs, si toutefois il est admis que la canne et le parapluie font partie de la tenue dans la marine.

Certes, les parapluies ne nous gênent pas; mais véritablement, la domesticité n'a que faire à une revue, et sa présence offusque à une démonstration militaire.

Nous ne nous rappelons pas avoir jamais vu un parapluie ou une canne dans la main d'un officier de troupe bien portant ; quant à ceux qui ne sont pas bien portants, ils prennent ordinairement leur retraite, à moins qu'on ne la leur donne d'office.
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Qu'est-ce que nous raconte l'Océan d'hier ? Comment il prétend que la veille, c'est-à-dire dimanche 14 juillet, jour de la célébration de la fête nationale, les élèves du Borda [navire école NDLR] ont fait l'après-midi, avec le concours des musiciens, tambours et clairons des équipages de la flotte, des exercices de défilé, pour la revue d'honneur qui doit leur être passée du 20 au 21 par le préfet maritime.

En voilà d'une idée, exercer des élèves de l'école navale par des manœuvres à pied, un jour semblable pour une revue future, alors qu'un ordre formel des ministres de la guerre et de la marine interdit tout travail ou exercice le jour de la fête nationale.

Ne pouvait-on prendre ces mesures quelques jours plus tôt et conduire à la revue du 14 juillet, et non à celle du 20 ou du 21, les jeunes élèves de la marine, tout comme les saint-cyriens, qui se font acclamer tous les ans par leur excellente tenue sous les armes.

L'Océan a sans doute perdu la tête, ou l'autorité comprend singulièrement la façon dont doit être célébrée la fête du 14 juillet.

Le Petit Brestois du 16 juillet 1889. Presse républicaine.


CHRONIQUE LOCALE

L'incident de la revue — Rectifions un passage de notre article d'hier tronque par l'inattention d'un compositeur. On nous fait dire : « Ils sont là, les représentants des corps élus, comme la personnification du gouvernement de la République... » Il faut lire :

« Ils sont là : les représentants des corps élus, comme la personnification du suffrage universel, les préfets ou sous-préfets comme la personnification du gouvernement de la République, et le moins qu'ils puissent exiger... », etc.

— La plupart des journaux de Paris rendent compte hier matin de l'incident, de façon brève, naturellement. Quelques-uns d'entre eux rapportent que, « par suite de l'étroitesse du terrain, l'amiral Zédé ne pouvait se placer ailleurs (qu'à l'endroit choisi par lui), avec son état-major »

C'est une dépêche adressée de Brest au Gaulois, qui parle ainsi; on trouve à peu près la même note dans le Figaro et dans le Temps.

Nous nous bornerons à faire observer que le terrain n'est pas plus étroit aujourd'hui qu'il n'était ces années passées. Le cours n'a pas changé. Chacun sait à Brest que la tribun» officielle est installée chaque année dans la contre-allée et que l'allée centrale, la seule occupée par les troupes lors des revues, a la même largeur a l'endroit où s'est placé dimanche M. le préfet maritime qu'à l'endroit où ses prédécesseurs se tenaient le 14 juillet.

La Dépêche de Brest du 17 juillet 1889


B R E S T . — La fête du 14 a été célébrée avec éclat et dans un ordre parfait. Mais un regrettable incident a marqué la revue passée le malin, sur le Cours d'Ajot, par M. le vice-amiral Zédé, préfet maritime. Les autorités civiles el le Conseil municipal de Brest avaient pris place sur une estrade, en face de laquelle le préfet maritime devait se poster, suivant l'usage, pour assister au défilé des troupes. Au lieu de s'arrêter en face de l'estrade officielle, l'amiral est allé prendre position à une cinquantaine de mètres plus loin. On a même remarqué qu'en passant devant l'estrade il avait a peine répondu au salut qui lui était adressé par les conseillers municipaux et les autorités. Les conseillers, ayant à leur tête M. Sanquer, premier adjoint, ont alors quitté l'estrade et se sont retirés. Ce mauvais procédé a produit une émotion d'autant plus grande que jusqu'ici les rapports entre la préfecture maritime, et l'autorité locale n'avaient rien laissé à désirer. Le Conseil municipal s'est réuni extraordinairement le même jour, à 5 heures du soir, et a pris une délibération par laquelle il signale au ministre de l'Intérieur l'offense qu'il croit faite, en la personne de ses membres, à la ville de Brest. Les conseillers municipaux concluent en déclarant qu'ils sont tous résolus à se démettre, s'ils n obtiennent pas une réparation. A la suite de l'incident, le premier adjoint, le procureur de la République, le Trésorier général et plusieurs autres chefs de service ont fait connaître à l'amiral Zédé qu'ils s'abstiendraient le soir de paraître à un dîner de la Préfecture maritime, auquel ils étaient invités.

Le sous-préfet de Brest, mandé à Quimper dans la journée, est venu conférer avec le préfet de cette affaire qui a l'apparence de prendre une grave tournure.

Le Finistère du 17 juillet 1889. Presse républicaine.


B R E S T . — L'incident de la revue du 14 juillet, à Brest, prend malheureusement de la gravité. Les conseillers municipaux avaient écrit au ministre de l'intérieur " qu'ils étaient résolus à donner leur démission s'ils n'obtenaient satisfaction de l'affront gratuitement infligé, dans cette circonstance, à la ville de Brest, en leurs personnes. " La Dépêche nous apprend que la réparation est arrivée mercredi sous la forme d'une lettre adressée par le ministre de la marine au ministre de l'intérieur. Mais cette lettre, qui contiendrait, paraît-il, plusieurs assertions erronées, n'a pas satisfait le conseil municipal de Brest. Il a jugé la réparation insuffisante et a, tout entier, donné sa démission.

Le Finistère du 03 août 1889


B R E S T. — Un incident s'était produit le 14 juillet 1889, à Brest, au moment de la revue des troupes. Pour le défilé, l'amiral Zédé ne s'étant pas placé en face de la tribune qu'occupaient le sous-préfet, le maire et les conseillers municipaux, ces derniers avaient jugé à propos de se sentir froissés et avaient vivement protesté. Le Conseil municipal a reçu communication d'une lettre adressée par le ministre de la marine au ministère de l'intérieur. Cette lettre fournissait des explications sur l'incident du 14 juillet et qualifiait cet incident de malentendu regrettable. Le Conseil municipal, jugeant la satisfaction insuffisante, a donné sa démission collective ! Il aurait fallu sans doute, pour les contenter, que le vice-amiral commandant en chef, l'un des plus hauts dignitaires de la marine, s'agenouillât devant les petits bonshommes qui se disputent de temps en temps au Conseil municipal !

Ces républicains sont d'une suffisance étonnante !

L'Union monarchiste du Finistère du 10 août 1889.Presse monarchiste.


B R E S T . — Le conflit qui s'était produit à la suite de l'incident du 14 Juillet, entre l'autorité civile et l'autorité maritime; a heureusement pris fin. Après avoir pris communication d'une lettre adressée par M. le vice-amiral, préfet maritime, commandant en chef, qui lui donne toute satisfaction, le conseil municipal de Brest a retiré sa démission.

Le Finistère du 24 août 1889

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