La condition des filles au 19ème siècle

"B R E S T. — La Dépêche raconte la navrante histoire qui suit :
Mercredi matin 19 décembre 1888, une pauvre enfant de dix ans environ, un petit baluchon sous le bras, se présentait dans diverses maisons de la rue de Siam et demandait si on ne pouvait lui apprendre à coudre, lui donner de l'ouvrage dans la maison. Vers dix heures, recevant une réponse négative, précédée de bien d'autres semblables, la pauvre enfant, quasi désespérée, se mit à pleurer, et, comme on la questionnait, elle raconta que son père, las de la nourrir, l'avait mise le matin, dans une heure d'ivresse, à la porte, lui disant d'aller où elle pourrait, d'apprendre à coudre et de se nourrir. La pauvre petite est de Recouvrance. Nous regrettons de ne pas savoir son nom. Mais nous signalons son infortune à la police, qui pourra peut-être rappeler au père dénaturé de l'enfant errante que la paternité a des devoirs dont l'ivrognerie n'exonère pas.

L'Union monarchique du Finistère"

Depuis des lustres avoir des filles pour filiation est un tracas… Des bouches à nourrir dont on se débarrasse au plus tôt par le mariage à condition d'avoir la chance de pouvoir constituer une dote convenable, orgueil familial oblige. Sinon, se débarrasser d'une fille en la mettant à la porte reste une pratique envisageable si le voisinage n'en voit pas la tragédie…

Le dénigrement des filles se retrouvent dans toutes les couches sociales avec des répercutions sur celles-ci à la mesure de leurs conditions sociales. Les garçons sont des bras et des noms à qui on oblige l'obéissance et la disposition mais en retour, ils évitent le rejet familial.

Les filles à la rue, filles des rues et des trottoirs en ville. Brest ne faisait pas exception avec ses nombreux bordels et ses débits de boissons glauques. Une fille de 10 ans pouvait être embauchée contre une soupe et une paillasse dans une maison close si elle acceptait les corvées de ménage jusqu'à ce que le maître ou la maîtresse des lieux jugeât qu'elle était assez formée pour la clientèle. Une vierge était surcôtée et réservée à un homme qui ne rechignait pas à la dépense.

A la campagne, le travail de domesticité à la ferme "absorbe" les enfants "abandonnés" ou du moins exclus des familles pauvres.

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