François Ménez évoque en 1943, la vie Brestoise qui ne saurait être ce qu'elle est sans les excursions en presqu'île de Crozon par les bateaux à vapeur au passage de la Rade de Brest, arrivée dans un port : Camaret-sur-Mer, Roscanvel, le Fret, Lanvéoc... Les Brestois sortent de la ville dont la côte est militaire ou commerciale. La presqu'île est dépaysante, le temps d'une journée. Cette habitude se prend à la fin du 19ème siècle du temps de la modernisation des transports. La motorisation de la navigation en est l'explication principale.
Mes réfugiés brestois au pays de Saint-Yves, je les ai retrouvés sur les bords du Trieux, par ces jours de l'août déclinant marqués déjà, au matin et au soir, d'un premier frisson d'automne.
Il faisait bon, la campagne était verte et belle, avec des pommes en plus grande quantité que les paysans ne veulent bien le dire. La moisson était faite, sauf dans un petit nombre de fermes attardées. L'on sentait dans les aires, où le battage venait d'être effectué, une odeur chaude de paille neuve. Et aussi le fumet, qui faisait venir l'eau à la bouche aux pauvres citadins que nous étions, des festins de moissons où l'on ne se refuse rien : du veau rôti, disparaissant sous un amoncellement de frites, jusqu'aux crêpes de froment, ruisselantes de beurre, succédant à l'andouille à la mayonnaise.
Réjouis par cette seule odeur, nos réfugiés ne se plaignaient de rien. Ils se retrempaient dans cette paix des champs qu'interrompt rarement un lointain vrombissement d'avion. Le ravitaillement s'opérait, cahin caha, mais avec parfois, grâce à la pitié des ruraux opulents, quelques lèches de pain blanc et une livre de beurre troquée contre un paquet de gauloises, une livre de sel fin ou un cornet de clous.
De rien, sauf de voir poindre, au cap déjà proche de la Toussaint, un nouvel hiver sans confort, loin de leur ville. Et il en est, croyons-nous, des réfugiés de Pontrieux ou de Callac, comme de ceux Pleyben ou de Lannilis. De même, nous dit-on, des Brestois exilés à Vendôme ou Romorantin, au pays de Ronsard, de Péguy et des châteaux des vieux rois de France. On a beau, comme M. Guillermit, tenir l'orgue, de magnifique façon, aux
grand'messes chantées d'une capitale
solognote, on a gros au cœur en songeant aux pavés gris de sa rue bretonne, et l'air de Brest commence à
vous manquer.
Surtout par ces temps annonciateurs
de septembre et de l'automne où Brest
était si plaisant, véritablement agréable à habiter.
Vous vous rappelez, en votre captivité de Babylone: c'était l'époque où,
après s'être ennuyé ferme et fait le
« brénique » sur les plages, on commençait à rentrer. On avait, pour suivre la mode, par une sorte de respect humain et ne point, comme on dit à Brest, « se faire remarquer »,
fait comme tout le monde. Et ;'on
avait bâillé, ayant lu tous les livres
et mis les haveneaux hors d'usage à
longueur d'après-midi, du Fret au Minou et à Brignogan et de Roscanvel à Trébéron et à l'île des Morts.
Aussi, septembre venu, quelle Joie
de rentrer, de revoir Brest qui, à ce
moment de l'année, retrouvait son
vrai visage, avec, de temps en temps
déjà, ce crachin de mer, si différent
de la fade brume de Sologne, qui laisse vous aux lèvres un petit goût de sel,
poudre les joues et encadre de frisettes les fronts féminins.
Du coup, la rue de Siam reprenait son animation perdue. C'était
le temps où l'on « remontait » de Camaret, comme l'on remonte à Paris,
de Manosque ou du Lavandou. Et Je revois le coin, toujours à
peu près le même, aux Voyageurs, où je buvais le « breuvage hypocrite
» — entendez un Pernod grenadine — à côté de Saint- Pol Roux et de Sévellec,
de la tante Béghin et de la pauvre Divine.
La bonne Madame Saluden, aujourd'hui tristement morfondue en son
échoppe de Quimper, se réjouissait à l'idée de voir rentrer tous ses fils spirituels, avec une moisson de paysages,
de sorties de messes, de marines, de
barques au repos, du Veryac'h à Lampaul d'Ouessant, depuis Péron, Delpy. Mocaër et Sévellec jusqu'à L'Helgoualch. Rat et Humblot.
Et c'était le temps aussi, des braderies, de ces grandes foires loufoques à l'image des kermesses flamandes qu'en
cette époque de folie on avait réussi
à acclimater dans nos villes bretonnes. Et c'était tout Brest secoué d'un
vent de carnaval, avec les plus graves marchands, déguisés en pierrots ou en muscadins, battant l'estrade et
bonimentant au pas de leurs boutiques. Seigneur, où devions-nous être, quelques années ou quelques mois
plus tard, alors que flottait encore la
mousse des champagnes d'imitation et
la poussière des derniers confettis ?
Mais tout cela ne valait pas la
grande foire de Saint-Michel, dans la
douceur des payes gagnées et des
moissons faites. Cela, c'était dans la
bonne tradition bretonne, qui ne saurait mourir: le défilé des coiffes de Gouesnou mêlées aux « pen maout », aux « pen sardine » et aux coiffes de « je n'ose », toute une houle d'ailerons et de toquets de tulle blanc d'où
émergeaient, comme d'une mer de lys,
les pompons rouges des matelots.
Et c'était la splendeur de la foire
aux puces, sous des ombrages qui ne
sont plus, sur un place vaste comme
le monde, que reverront, par cette
Saint-Michel de guerre — la dernière,
espérons-le — dont quelques semaines nous séparent. M. Guillermit, penché sur ses orgues romorantines, un
retraité de marine aux bords du
Trieux et telle de nos lectrices, en
proie à l'ennui, dans l'ombre d'une
trop vaste église Renaissance, du pied
des monts.
Dépêche de Brest. 20 septembre 1943
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