Crozon par Jean François Brousmiche 1830 1831

"Voyage dans le Finistère en 1829, 1830 et 1831. Tome Second. Chapitre 28. Landévennec, Crozon, Camaret, Lanvéoc. Un condensé d'une visite de la presqu'île de Crozon par Jean-François Brousmiche, percepteur d'origine brestoise dont le récit fut seulement publié en 1891 par la Société académique de Brest. Le texte ci-dessous recopie la version de l'éditeur Morvran de 1977. L'orthographe est parfois "ancienne". Quoiqu'il en soit, le descriptif est aussi accablant que circonstancié hormis quelques inexactitudes mineures. Une vérité qui a ses prolongements aujourd'hui... La presqu'île de Crozon vit l'inexorable à tous les temps fussent-ils d'un lointain passé et tout autant vers un probable avenir.

Parcourons maintenant les rives de l'Aulne ; sauvages, agrestes, couvertes d'épais taillis, quelques anses assez profondes offrent des sites harmonieux, présentent des aspects qui flattent la vue, qui la reposent agréablement. Plus on approche de l'embouchure de la rivière, plus l'Aulne s'élargit : à Trévargan elle n'a pas cent mètres d'une rive à l'autre, devant Landévennec, elle en a six à six cents. A Landévennec où nous arrivons, existait le plus vieux des monastères de la basse-bretagne : il fut fondé dans le cinquième siècle par Gradlon, lequel abandonna son château, son rendez-vous de chasse dans la forêt de Tévénec, à son ami saint Guennollé [Guénolé NDLR], déjà retiré avec quelques compagnons de solitude, sur l'île Tibily [Tibidy NDLR]. Tous se transportèrent au continent, et le lieu des délices, des plaisirs d'une cour et d'un souverain, mit à l'abri des reclus ne vivant que de privations, livrés aux austérités de la pénitence. L'Abbaye de Landévennec élevée au confluent des rivières de l'Aulne et du Faou, était placée dans une situation des plus pittoresques. De nombreuses, d'épaisses forêts couvraient alors les bords de l'Aulne ; elles environnaient les édifices de l'Abbaye dont elles étaient l'ornement et la propriété, c'était un don de la munificence de Gradlon à Saint Guennollé, et à ce don le roi de la Cornouailles [Cornouaille NDLR] ajouta celui de la multitudes de fermes, dans les paroisses confinant au monastère qu'il affectionnait, et dont il avait créé Saint Guennollé le premier abbé. C'est à Landévennec que Gradlon choisit sa sépulture ; à sa mort son corps y fut transporté de Quimper ; son tombeau existait encore dans l'église du couvent à l'époque de notre première révolution. Il a été brisé comme tant d'autres monuments par des vandales sans foi, sans croyance, sans respect pour rien, et par lesquels la violation d'un tombeau offrait un charme de plus. On lisait sur le tombeau du roi Gradlon une épitaphe latine portant la date du cinquième siècle, mais que les savants en latinité prétendent appartenir au onzième. Un mauvais plaisant, visitant et l'abbaye de Landévennec et le tombeau de Gradlon improvisa dans la chapelle où reposaient ses ossements, l'épitaphe suivante que nous ne citons pas pour la richesse de ses expressions, mais pour son originalité.
Ici, gît le roi Gradlon,
Reposant tout de son long,
Etendu comme un cochon. Excusez la comparaison,
Ce monarque était bas-breton.

A Landévennec on remarquait aussi le tombeau de son premier abbé Saint Guennollé ; plusieurs personnes marquantes dans les fastes du pays y étaient inhumées. Toutes les tombes ont été brisées ou vendues ; rien dans ce monastère n'a pu échapper au marteau des dévastateurs.

Des bâtiments de l'abbaye il n'existe plus que la maison abbatiale, édifice construit dans le dix-septième siècle ; du couvent, du cloître, de l'église, on ne trouve plus que quelques pans de murailles, et la porte d'entrée de la chapelle, porte dont la construction indique une époque reculée, au moins au neuvième ou dixième siècle. Le chœur de cette église avait été refait en entier au seizième siècle, elle devait comme celle de Saint Mathieu, présenter réunis les styles d'architecture lombarde et gothique. Le cloître entier a été transporté à Brest par l'un des propriétaires successifs de l'abbaye de Landévennec ; il a servi à la construction des boutiques du marché connu sous le nom de quartier Pouliquen.

L'église de Landévennec nous rappelle à son saint fondateur ; disons en quelques mots. On ignore sur quel fondement les mauvais plaisants ont fait de Saint Guennollé le priape de la chrétienté. Rien dans les actes de sa vie n'autorise à lui donner une aussi mauvaise renommée. Jeune au contraire, il travaille à vaincre ses passions, dans une capitale corrompue, il prêche d'exemple par l'austérité de ses mœurs ; il prédit aux habitants de la ville d'Is [Ys NDLR], en punition de leurs débordements, la ruine de la cité maudite, sauve son roi, en devient l'ami, le conseiller. Dans son monastère, Guennollé prescrit la règle, l'observance la plus étroite ; il instruit et police les peuplades voisines de sa résidence ; il se fait aimer, chérir du peuple, et couronne une existence toute entière consacrée à la pratique des vertus, par la mort la plus sainte dans un âge avancé. Il est difficile d'imaginer sur quelle nature de faits a pu être basée la croyance populaire de la cheville de saint Guénollé, qui râpée et prise intérieurement, avait le privilège de rendre fécondes, les femmes jusques-là vouées à la stérilité. Dans les vies des Saints de Bretagne recueillies par Albert Le Grand, on trouve les miracles opérés par le bienheureux Guennollé : aucuns n'autorisent à croire à la vertu de la cheville. Le plus extraordinaire de tous, c'est celui que je vais rapporter. Saint Guennollé venant un jour au manoir paternel visiter ses parents, les trouve dans la désolation la plus amère. Sa jeune sœur, jouant le matin dans la cour du castel a eu l'œil arraché et mangé par un des hôtes de la basse-cour : la pauvre enfant est borgne à tout jamais. Saint Guennollé, plein de cette foi robuste qui transporte les montagnes, se met en prières, invoque l'aide du tout-puissant, prend ensuite le volatile assassin, l'ouvre, retire l'œil de son corps, l'applique à la place d'où il a été enlevé, rend ainsi la vue à sa sœur et ramène le contentement et la joie au sein de la famille désolée. Saint Geunnollé fit beaucoup d'autres miracles encore, mais bornons-nous à celui que nous venons de citer; il est sans contredit le plus étonnant de ceux qui lui sont attribués.

L'Abbaye de Landévennec, l'une des plus anciennes de la France, possédait un grand nombre de chartes, de documents sur l'histoire de la Bretagne. Le tout fut spolié, enlevé, mis dans les futailles et envoyé en 1793, à la direction de l'artillerie du port de Brest, qui sans respect pour les antiques manuscrits, ni sans égard pour les vignettes, les miniatures élégantes qui les décoraient, en fit à ce moment des gargousses ! Ce n'a pas été assez pour nous de perdre sept de nos vaisseaux dans la désastreuse journée du 13 prairial an 2, il a fallu y joindre encore celle des matériaux les plus propres à jeter du jour sur l''histoire de notre pays.

Des fouilles que l'on pourrait entreprendre à Landévennec, ou dans les environs, ne seraient peut-être pas sans résultat ; on pourrait y rencontrer des objets précieux, sous le rapport des arts, à des époques déjà éloignées de nous.

On voit dans la main d'un cultivateur, nommé Le Cam, dans une ferme attenant à l'ancienne abbaye, des anneaux d'argent doré, qui témoignent par leur forme d'une grande ancienneté. Ces anneaux ont été trouvés par lui en défonçant un champ, ainsi que des hanaps en argent qu'il s'empressa de vendre pour leur poids à un orfèvre de Brest. Celui-ci, peu curieux d'objets du moyen-âge ne vit dans ces vases que la matière dont ils étaient formés, et les mit de suite en lingots.

Le couvent de Landévennec était riche, et sans nul doute, pendant les troubles de la ligue alors que Sanzai et Fontenelle ravageaient le pays, bien des objets précieux ont dû être enfouis, et par les moines et par les serviteurs de l'abbaye, et probablement par les paysans eux-mêmes. On sait que c'est après avoir passé l'Aulne à Châteaulin, que les soldats du comte de la Magnanne se gorgèrent de butin dans la Cornouailles, pays qui était resté vierge jusqu'alors des excès de la guerre civile, qui embrassait, enveloppait à ce moment les autres parties de la Bretagne.

L'Abbaye et les moines faisaient vivre les habitants de la bourgade qui s'était créée autour de leur demeure. Elle se composait d'une cinquantaine de maisons s'élevant en amphithéâtre, sur le côteau dominant le couvent et toutes couverte de feuillage. Forcément en ce lieu on devait avoir recours aux religieux, car la situation du bourg n'a jamais permis une culture étendue, les habitations étant environnées de taillis. L'exploitation de ces taillis est aujourd'hui la seule ressource de la population du bourg de Landévennec, ainsi que le transport à Brest des bois qui en proviennent.

La rivière de l'Aulne étant extrêmement profonde et des vaisseaux pouvant mouiller devant Landévennec, on conçut le projet, il y a moins d'un siècle, d'y établir un port, succursale de celui de Brest ; mais la difficulté d'en faire appareiller les bâtiments qui ne pouvaient en définitive avoir d'autre sortie que le Goulet de Brest, la dépense qu'aurait occasionnée la création d'un arsenal maritime ; les fortifications à édifier pour le mettre à l'abri d'un coup de main, firent reculer devant un pareil projet, qui n'a eu un commencement d'exécution que sur le papier.

Sur les deux rives près de Landévennec, les bords de l'Aulne sont couverts de nombreux et d'épais taillis qui renferment une assez grande quantité de loups et de sangliers. Ces derniers animaux causent des ravages dans les communes voisines, où les cultivateurs sont souvent forcés de garder leur bétail, et le jour et la nuit. On effraie les loups, on les contraint de fuir, en sonnant dans des espèces de buccins en corne, en criant lorsqu'on les aperçoit. Quand on les voit avec fréquence, quand ils détruisent ou qu'ils enlèvent le bétail, on fait des battues dans les bois qui leur servent de refuge, mais les taillis étant communs dans ces parages, ils rencontrent bientôt de nouveaux abris.

En quittant les bois de Landévennec, on rencontre ceux d'Urgars [Hirgars NDLR] et de Poulmic, qui sont placés sur la rade de Brest et situés dans la commune de Crozon.

Crozon a sa bourgade placée sur un plateau très élevé sur la presqu'île séparant la rade de Brest de la baie de Douarnenez : il renferme plus de deux cents maisons, dont plusieurs sont assez élégamment construites ; il a plusieurs rues dont l'alignement présente de la régularité, et plusieurs places offrant trop peu de surface pour la tenue des foires et des marchés. Crozon est en hiver éclairé par quelques réverbères qui servent à guider les habitants pendant les nuits obscures.

Les commerçants de Crozon se livrent tous à la pêche de la sardine ; leurs établissements de pêche sont à Morgat que nous visiterons. Crozon est la commune la plus étendue du finistère ; elle a cinq lieues de longueur, et environ deux lieues de largeur dans son plus grand diamêtre ; sa population est au moins de neuf mille habitants [environ 8000 en réalité. La commune atteindra à peine les 9000 h au plus haut de sa démographie vers 1865-1868 NDLR]. Un tiers de la superficie du territoire est livré à la culture ; les deux autres tiers ne produisent qu'une lande sans force et sans vigueur, qu'une sèche bruyère sur un sol qu'il serait difficile de défricher. Les parties cultivées sont très productives, elles abondent en blés de toutes les espèces, en pommes-de-terre ; les jardins et les vergers fournissent d'assez bons fruits, les pommes surtout. Dans quelques portions du territoire de Crozon, on fabrique du cidre, mais en trop petite quantité pouren faire un objet d'exportation ; celui que l'on y presse, se consomme sur les lieux.

L'église de Crozon, sans être remarquable est pourtant un assez bel édifice ; elle est grande, a trois nefs, et suffit à la population, car dans la commune il existe plusieurs chapelles qui sont desservies par les prêtres de la paroisse. Cette église possède une châsse magnifique en orfèvrerie, représentant une chapelle gothique. Elle est d'une perfection de travail qui fait honneur à l'artiste inconnu dont la brillante imagination de l'artiste qui s'est plu à la confectionner (sic). Une tour ronde, dans la forme de celle de Saint Louis de Brest, surmonte le portail de l'église de Crozon. Sur cette tour, mais en temps de guerre seulement, est établi un poste à signaux, correspondant avec celui du château de Brest. Si l'on monte sur une plate-forme de cette tour, on jouit de la vue d'un panorama, peut-être moins grandiose que celui qui se développe au sommet de Ménéhom [Ménez-Hom NDLR], mais qui ferait la fortune de l'artiste qui entreprendrait de le reproduire.

Les habitants de Crozon sont mélangés ; le bon et le mauvais s'y trouve pêle-mêle. On y trouve de vieilles familles au sein des quelles les moeurs patriarchales qui distinguaient nos aïeux, se sont conservées dans toute leur pureté, mais il en est beaucoup où les vices se sont infiltrés. L'ivrognerie, la débauche sont ici très communes, surtout près des côtes, où le lucre résultant de la pêche, donne plus de moyen de s'y livrer. Beaucoup de gens de ce pays sont larrons par essence ; la bonne foi n'y préside pas toujours aux transactions, et l'on y est accessible aux petites tracasseries et d'un naturel assez processif. La tendance au vol conduit fréquemment au meurtre dans Crozon, et plusieurs fois la justice a dû faire exécuter pour l'exemple, ses arrêts contre les meurtriers sur les places mêmes du bourg. Il est peu de sessions d'assises, où l'on ne voie figurer des habitants de Crozon, ou des communes de son canton. La grande étendue du territoire de Crozon rend les hameaux distants les uns des autres, car habituellement ils ne sont établis que dans les portions fertiles. On est isolé sur les routes, et les malfaiteurs peuvent presque sans crainte vous y attaquer. Sur le chemin de Quimper, les mendiants s'attachent à la bride de votre cheval, et ce n'est que quelquefois qu'en les frappant qu'ont peut leur faire lâcher prise et vous abandonner.

On rencontre dans Crozon quelques taillis, peu de bosquets, aussi le bois de chauffage y est-il d'un prix élevé. On trouvait autrefois de la futaie au château de Palmic [manoir de Poulmic NDLR], au bois d'Urgars [Hirgars NDLR] ; à quelques arbres près, tout y est abattu aujourd'hui. Ici, comme partout, on dépeuple les bois, sans songer à l'avenir, car on ne replante pas ; les propriétaires ne pensent pas au moment très prochain où les terres n'offriront plus qu'une effrayante nudité. Les terrains en friche de Crozon pourraient, du moins en partie, être utilisés, si l'on voulait y naturaliser les arbres résineux. Aucun essai n'est entrepris, et cependant, il paraît hors de doute qu'à Crozon, comme tant d'autres communes du finistère, le pin d'italie, le mélèze et les autres arbres verts croîtraient avec promptitude, dans les portions de landes et de bruyères où le soc de la charrue peut pénétrer.

De nombreux monuments celtiques sont répandus sur la surface de Crozon. L'amateur de cette sorte de curiosités peut prendre pour guide, monsieur de Fréminville, leur historien fidèle. Il ne court pas le risque de s'égarer avec lui, car nul dans le finistère n'a mis plus de conscience dans la recherche des antiquités du pays. Son livre est un témoignage en faveur des anciens temps, que nul voyageur curieux de recherches scientifiques ne saurait négliger.

Il se tient des foires du bourg de Crozon, au village de Lanvéoc. Toute espèce de produit s'y vend, s'y échange, contre des blés, des pommes de terre, du bétail. On ne voit aucune manufacture, tout y vient du dehors. Peu de moulins à eau, quoique les ruisseaux soient nombreux, mais beaucoup de moulins à vent sur les hauteurs. Dans l'anse, derrière l'îlot de l'aber, sur le ruisseau qui arrose les ruines de Port-salut avant de se perdre à la mer, on pense que facilement on établirait un marais salant, mais jusqu'à présent, aucun spéculateur n'a tenté cette entreprise. Près de l'anse de Dinant [Dinan NDLR], on s'aperçoit des traces de charbon de terre : nul encore n'a essayé de voir si l'on pourrait y essayer une exportation ; dans un pays dépourvu de bois, on trouverait de la tourbe à exploiter, mais on ne se donne pas la peine de l'extraire. Enfin il est difficile de rencontrer des caractères plus apathiques, des hommes moins disposés à profiter des avantages présentés par la nature sur leur sol, que ceux qui végètent sur le territoire de Crozon.

Sur cette commune, comme aussi à Telgruc, à Argol et dans tout le canton, les races de bestiaux sont faibles, abâtardies : les chevaux, les bœufs pâturent sur des bruyères rases, où l'on ne voit germer que la fougère. On rencontre dans Crozon quelques troupeaux de moutons, épars de loin en loin, quand la commune pourrait élever par milliers ces animaux, qui en outre de la laine qu'ils donneraient, produiraient des fumiers abondants, et conséquemment de l'engrais, ressource précieuse et rare dans tout le pays.

Crozon sur son immense étendue, ne renferme aucun monument ancien ou du moyen-âge, que l'on puisse citer ; les vieux manoirs qui s'y rencontrent, qui subsistent encore n'offrent aucune curiosité artistique. La chose étonne pourtant, car au moyen-âge, Crozon renfermait une nombreuse noblesse, et l'on n'y retrouve aucune trace de ces forteresses féodales, qui couvraient jadis le territoire de notre Bretagne.

Le dernier propriétaire de la terre du fief de Crozon, ce fut le comte d'Estaing.

Morgat, le port du bourg de Crozon, est situé à vingt minutes de marche de ce bourg ; c'est depuis le cap-de-la-chèvre, le premier endroit habité sur la baie de Douarnenez, la seule anse depuis ce point, où des bâteaux peuvent trouver un abri. Ce village est bâti près et sur une grève couverte d'un sable fin et argenté. C'est une réunion de magasins, de pressoirs et de maisons de pêcheurs. Une centaine de bâteaux fréquentent et garnissent le petit havre de Morgat ; ils sont employés pendant la saison, à la pêche de la sardine sur la baie. Ces bâteaux, les magasins, sont la propriété des commerçants de Crozon, qui tous spéculent ainsi que ceux de Douarnenez, sur la vente du poisson qui s'exporte comme nous l'avons dit, dans le midi de la France. Les établissements de pêche, sont en petit à Morgat, ce que nous les avons vus à Douarnenez.

Sur la plage sablonneuse au bord de laquelle s'élève le hameau de Morgat, sous les falaises élevées qui de ce point se dirigent vers le cap-de-la-chèvre ou vers l'île de l'Aber, se voient un grand nombre de grottes ouvertes dans les rochers qui bordent la côte. Il en est de très belles qui sont dignes d'être vues. Dans celle nommée Quès Charivari, la cave du Charivari, la voix humaine fortement accentuée produit l'effet d'un tonnerre, par sa répercussion dans les angles nombreux de cette grotte qui est très profonde. Dans celle nommée des oiseaux, la fuite de ceux qui viennent y nicher produit aussi un bruit extraordinaire, singulier, et l'on est étourdi rien que par la quantité d'oiseaux que l'on voit s'éloigner, au son peu commun de la voix de l'homme en ce lieu.

Il est de ces grottes que l'on peut visiter à toutes les marées ; il en est d'autres auxquelles il faut se faire conduire en bâteau. Rien n'est plus beau, plus harmonieux que certaines grottes de Morgat. Il en est une surtout dont l'entrée est si basse, au moment de la pleine mer, que l'on peut toucher de la main la paroi de la voûte qui en forme l'ouverture. Quand vous y entrez, le jour semble vous fuir ; il faut que l'œil s'accoutume à l'espèce d'obscurité règnant sous l'immense dôme de rocher qui vous recouvre. Quelquefois, si la mer est agitée, il semble que toute issue dehors vous est désormais interdite ; on éprouve alors un sentiment de trouble, d'inquiétude, qui n'est pas sans charme et que l'on ne peut définir. Votre léger esquif ondule au gré des flots ; la clarté douteuse du jour ne vous parvient qu'à travers la lame pénétrant par l'étroite ouverture que vous venez de franchir. Peu à peu votre œil s'accoutume à la lueur obscure de la caverne, il en aperçoit la voûte élevée, la profondeur, les anfractuosités. Bercé mollement dans votre frêle embarcation, vous vous livrez au charme de vos pensées, votre imagination travaille, s'exalte ; si alors au rayon du soleil perçant la vague diaphane vient la faire briller des rayons de l'arc-en-ciel, elles s réfléchissent sur les parois de la grotte ; ils vous montrent les mille accidents que produisent les rochers dont vous êtes environné. L'action continue des eaux en a poli les contours, les aspérités ; les marbres les plus beaux, les porphires semblent revêtir les rocs sous lesquels vous oubliez le monde positif au sein duquel vous étiez il n'y a qu'un moment. Vous ne songez à rien à force de trop penser, au milieu des merveilles vous plongent, surtout si vous allez admirer au soleil levant, moment de la journée qui convient le mieux pour aller visiter les grottes que recèlent les côtes de baie de Douarnenez, et plus particulièrement celles de la grève de Morgat.

Abandonnons Morgat et suivant les belles cultures de la vallée qui suit ce village, nous gagnerons les sommités des côtes élevées de la baie puis nous nous dirigerons vers le cap-de-la-chèvre, l'un des points extrêmes de cette baie ; ils y avaient établi leur mouillage, en-dedans du cap-de-la-chèvre , sous la côte de Crozon. Ils ont, pendant plusieurs années, prouvé la bonté de ce mouillage, car il est sans exemple qu'ils y aient perdu un seul navire, sont élevées ; voyons comme elles s'abaissent dans les vallées, et comme ces vallées offrent à l'œil les riches moissons que produit leur sol fertile. Les marins français assurent que la baie de Douarnenez n'offre pas un mouillage assuré, que sa rade est foraine. Cependant quand dans les guerres de l'empire, les anglais bloquaient le port de Brest, ils hivernaient dans cette baie ; ils y avaient établi leur mouillage, en-dedans du cap-de-la-chèvre, sous la côte de Crozon. Ils ont pendant plusieurs années prouvé la bonté de ce mouillage, car il est sans exemple qu'ils y aient perdu un seul navire, quoique souvent douze à quinze vaisseaux de ligne s'y soient trouvé réunis.

C'est une côte de fer que celle se déployant du cap-de-la-chèvre à la baie de Dinant. Tout est ici frappé de désolation : une terre ingrate, dépourvue de verdure, battue de tous les vents, des rochers à vos pieds, des rochers surgissant du sol, et devant vous un horizon sans borne, une mer sans limite, l'océan. Au loin, le raz, la chaussée des soins (sic), sur laquelle les flots bouillonnent sans cesse, d'un autre côté Ouessant, et intermédiaire à ces points extrêmes, des roches encore sur les eaux qui semblent quelquefois les caresser avec amour, et d'autres fois les recouvrent avec fureur. Et au milieu de ce tableau magnifique pour l'homme qui sait voir et réfléchir, vous retrouvez l'homme civilisé, vous le reconnaissez ici, car sur ce promontoire désolé vous rencontrez la trace de son passage, de ses œuvres. Une batterie défensive, des canons sont là, comme pour montrer qu'il n'est pas de lieu qui puisse lui échapper. On voudrait ne voir ici que les merveilleuses choses que la nature y a semées, et la main de l'homme vient élever des murs, des revêtements, tristes parodies de ces murailles de rochers qui sont le revêtement de cette portion de notre territoire, destiné à résister à la fureur de ces vagues auxquelles la voix de Dieu a dit : là se briseront les efforts ; tu n'iras pas plus loin.

La côte coupée à pic au cap la chèvre, s'abaisse tout-à-coup aux approches de la baie de Dinant, formée par la pointe du Toulinguet, et par le rocher connu sous le nom de château de Dinant. Quelquefois des navires trouvent un abri dans cette baie contre la tempête, quand les vents soufflent de la terre ; mais s'ils arrivent du large, le danger imminent, le naufrage presque toujours certain. Heureux quand le bâtiment peut arriver s'échouer sur les sables qui la bordent. S'il est poussé vers Toulinguet ou vers le château de Dinant, il est infailliblement brisé, et ses débris seuls viennent porter témoignage de son apparition sur cette côte fatale, sur cette côte de fer.

Le château de Dinant, est un rocher bizarrement découpé, qui surgit au sein des eaux, à l'une des extrémités de la baie. Il est joint à la terre ferme par un autre rocher percé, formant une voûte, un pont naturel de cinquante pieds au moins d'élévation au-dessus de la grêve. Sous cette voûte se trouvent des grottes profondes, minées par les eaux de la mer, dont les parois ont tout le brillant des marbres les mieux polis. Les couleurs les plus vives se font remarquer sur toutes les roches battues par les flots : les granits les plus beaux, les jaspes, les porphires, semblent embellir ces grottes souterraines, qui sont dignes et d'examen et de curiosité, pour les personnes sachant priser les beautés naturelles. On court des risques en descendant la côte pour les visiter, car les pierres sont tellement polies par l'action continuelle des vagues incessamment agitées. Qu'elles sont glissantes, comme si elles étaient couvertes d'un verglas éternel. On est bien dédommagé de cette fatigue, par le plaisir que l'on éprouve en voyant la hardiesse de la nature dans ses œuvres, dans des beautés qui ne sont point de convention. C'est au moment de la marée basse que l'on peut aller examiner les grottes de Dinant, et encore même seulement par un temps calme. Le vent a sur cette côte une telle violence, qu'il y aurait un danger réel à franchir l'arc qui sépare la grande terre du rocher dit le château, quand il gronde avec force. On serait enlevé par lui et jeté dans des abîmes, où l'on trouverait une mort certaine. Quand la mer en fureur passe sous la voûte de l'arc, elle bouillonne, gronde, et bientôt elle remplit le fond de l'anse d'une écume blanchissante, qui s'élève en pluie légère, et imbibe vos vêtements, malgré que vous soyez déjà éloigné du rivage. Le rocher ou château de Dinant, est couvert d'oiseaux aquatiques, qui s'enfuient en bandes nombreuses, faisant des cris étourdissants, quand l'homme porte ses pas aux lieux désertés où ils ont établi domicile.

En approchant de la pointe du Toulinguet, la côte effraie par sa hauteur de quatre-vingt-dix à cent cinquante pieds : elle est coupée à pic, et semble comme taillée au ciseau. A cette pointe, sont les rochers presque pyramidaux connus des navigateurs sous le nom de Tas-d-foin, ou de Tas de pois : plus loin sur la mer est aussi la roche nommée la Parquette. C'est entre cette roche et Toulinguet que passent les navires sortant de Brest, ou de la Manche lorsqu'ils se dirigent vers le Raz. La mer bat avec rage et fureur la pointe de Toulinguet ; on dirait qu'elle veut renverser ces formidables murailles de rochers qui ont bravé des siècles, et que de nouveaux siècles ne verront pas anéantir.

Toulinguet, les tas de foin, sont des points avancés de la côte du finistère ; ils font face à Bertheaume, à Saint Mathieu : ce sont les points extrêmes de l'entrée du Goulet de Brest. Partout ici sont des batteries pour défendre l'entrée de la passe. De Brest au Conquet, de Quélern à Toulinguet, la côte est couverte de bouches à feu ; pas un point n'est accessible, tant la défense est habilement combinée. Ajoutez aux moyens que l'art présente pour faire de Brest un point hors de toute attaque, ces nombreux brisants, ces rochers contre lesquels la mer s'épuise vainement, et vous aurez une idée des obstacles à vaincre, dans une tentative sur le premier arsenal maritime de la France.

De Toulinguet, on n'aperçoit rien qu'une terre aride, et la mer blanchissante, courroucée, qui s'agite continuellement à vos pieds. Un ciel presque constamment nébuleux, rend vos idées plus tristes, plus mélancoliques. Ici pas de culture, pas de maisons ; à peine apercevez-vous la trace des pas de l'homme, et pourtant à ce lieu même, si l'on croit les antiquaires, les peuples de la gaule celtique venaient adorer Bellénus, Teutatès. Les celtes, dont les peuplades armoricaines semblent descendre, invoquaient leurs divinités, comme tous les peuples anciens, au sein des forêts, ou sur les hauts lieux. A la pointe de Toulinguet, on trouve des vestiges, des restes d'un temple consacré au culte druidique. Sur une plaine d'environ mille mêtres d'étendue qui décline en pente douce, on voit une rangée de soixante pierres, éloignées entres elles de douze à quatorze mêtres [alignement de Lagatjar] : au quart de la longueur, et perpendiculairement à cette rangée, se trouve une autre file de douze masses de ces mêmes pierres, qui sont aussi espacées comme les premières, et parallèlement à cette seconde rangée ; on remarque une même quantité de pierres, c'est-à-dire, une file de douze nouveaux blocs. Quelques savants ont prétendu que ces pierres tracaient la limite d'un camp, mais il est difficile qu'on ait jamais voulu en dresser un à Toulinguet, et d'ailleurs, l'assiette en eut été tellement circonscrite qu'elle n'eut renfermé qu'un bien petit nombre de soldats. Dans ce lieu, la côte a cent cinquante pieds de profondeur jusqu'au rivage, c'est l'endroit le plus élevé des environs, et cet exhaussement rapprochant davantage l'homme de la voûte céleste, l'hypothèse d'un temple à la divinité, quoique d'une forme très grossière, semble plus admissible que celle d'un camp, surtout dans un pays aride, alors sans doute infréquenté, et qui n'aurait pu suffire par ses ressources, à la nourriture des hommes que l'on aurait voulu y réunir. De plus, partout en Bretagne, et surtout près des côtes, on trouve de pareils monuments de pierres brutes ; les environs de Douarnenez, d'Audierne, de Penmarc'h en présentent dans vingt endroits, et celui de Toulinguet, n'est qu'un diminutif de l'énorme réunion de pierres qui se voit à Karnac [Carnac NDLR], dans le Morbihan. Les pierres qui composent le monument abrupt de Toulinguet ne sont ni aussi hautes, ni aussi volumineuses que celles de Karnac, et pourtant monsieur l'amiral Thévenard les suppose d'une masse de quatorze à quinze cents pieds cubes chacune, et d'un poids de deux cent trois milliers.

L'imagination s'épouvante des efforts qu'il a fallu faire pour transporter de pareilles masses, pour les placer, chez un peuple sauvage, dépourvu de science, dont les connaissances mécaniques étaient nulles.

Nous allons descendre de Toulinguet à Camaret, par un sentier rocailleux à peine tracé sur la bruyère. Mais nous aurons dans le trajet une admirable compensation par la vue des objets qui s'offrent aux regards. C'est Ouessant et son archipel ; c'est Saint Mathieu et son phare ; c'est Bertheaume et son château ; c'est le goulet de Brest et les cent batteries qui le défendent. Imaginez pour animer ce tableau une escadre sortant de Brest, ou manœuvrant pour gagner sa rade, et vous avez alors sous vos yeux, l'un des plus brillants, des plus majestueux spectacles que la nature réunie à l'art, au génie de l'homme puisse jamais présenter.

Camaret est un bourg bâti dans une des anses du goulet de Brest. C'est un port de relâche continuellement fréquenté par tous les bâtiments qui entrent dans la manche, ou qui en sortent pour gagner le Golfe de Gascogne. Ils se réfugient dans ce port au moment de la tempête, ou bien ils y atteignent afin atteindre en sureté, les vents propices pour que les capitaines puissent les conduire au lieu de leurs destinations. Le commerce de consommation est très considérable à Camaret, car fréquemment la rade et le port voient réunies deux à trois cents voiles du commerce. Une jetée qui s'avance vers la rade forme le port ; à l'extrémité de cette jetée un fort garni d'artillerie, le couvre et le protège. Sur la jetée est édifiée une chapelle sous le vocable de Marie, dont la voûte est couverte d'ex-voto, résultats des vœux qui lui sont offerts par les marins pendant la tempête.

On ne trouve à Camaret pendant les six mois où la navigation présente des dangers, que des boulangers et marchands de comestibles. L'été, toute la population de cette bourgade se précipite dans ses bateaux ; elle se livre à la pêche de la sardine, qui dans les années où ce poisson est abondant, lui fournit des gains assurés.

L'aspect de Camaret inspire la tristesse. Le bourg est établi sur le bord de mer qui vient baigner ses maisons, et au pied d'une montagne sèche et aride. Le vent de l'Océan arrête ici tout végétation, et l'on n'aperçoit d'autre verdure que celle de quelques arbres rabougris, qui végètent dans de misérables jardins placés près du rivage, sur le penchant de la colline.

Jusqu'à présent le port de Camaret avait été complètement délaissé. On vient enfin de songer à cette importante localité. Un quai, des cales de débarquement s'y construisent, et sous peu Camaret présentera au navire du commerce toute la sécurité désirable. On pourra y amarrer les bâtiments dans le port, les mouiller sur les corps-morts qui doivent être établis sur sa rade. Ce n'est pas sans peine que l'on a obtenu la chose ; peut-être ne l'eut-on pas obtenu, sans les nombreux sinistres arrivés depuis peu à Camaret.

C'est dans l'anse de Camaret, sur laquelle s'appuie l'une des extrémités des lignes de Quélern, qu'en 1694, les anglais et les hollandais réunis, descendirent pour tenter un coup de main à l'effet de surprendre la ville et le port de Brest [bataille de Trez Rouz]. Le maréchal de Vauban, commandait alors à Brest. Ses dispositions furent si bien prises, les côtes mises par lui dans un tel état de défense, que l'armement fait par les ennemi de la france leu devint inutile, et qu'ils ne recueillirent que confusion de leur projet. Vauban se transporta de sa personne au Conquet ; le marquis de Langeron fut désigné par lui pour commander les troupes détachées à Camaret. A peine un premier détachement de soldats ennemis fut-il débarqué, qu'il fut attaqué par des troupes de la marine, par des garde-côtes et des paysans. Il ne put résister à la bravoure des assaillants, et se vit contraint à fuir vers les vaisseaux qui l'avaient mis à terre. Mais la marée avait baissé, les embarcations ne flottaient plus, et la majeure partie des ennemis fut massacrée sur la plage. Les anglais et les hollandais commandés par Barclay, perdirent dix-huit cents à deux mille hommes dans cette expédition ainsi que plusieurs bâtiments de guerre et des transports.

Quélern est un retranchement qui couvre en entier la presqu'île de ce nom : il a ses points extrêmes sur la rade de Brest et sur la baie de Camaret. Ce retranchement fut conçu et exécuté par le maréchal de Vauban quand il fortifia Brest, pour que l'entrée de la rade ne put être surprise par une descente sur la plage de Camaret. Sous Louis seize, on a retouché le plan primitif de Vauban, et l'on a réédifié les lignes de Quélern en les portant sur un point plus avancé de la presqu'île.

Dans l'intérieur de ces lignes est renfermée la commune de Roscanvel, bornée par elles, par la rade, et les côtes sud du goulet. Cette presqu'île est hérissée de forts, de batteries, de blockhaus, de canons. Roscanvel produit des blés abondamment, ainsi que des pommes de terre : on y trouve des moutons, petits de taille mais d'un goût excellent. On trouve à Roscanvel une briqueterie en pleine activité, et dans l'anse de Rostellec la marine avait établi un dépôt de mâtures et de bois de construction, qu'elle vient d'abandonner après d'énormes dépenses pour sa création.

Au lieu nommé la pointe espagnole, en Roscanvel, était édifié le fort de Crozon, que les espagnols y construisirent sous la ligue, dans l'intention manifeste de protéger les navires de leur nation qui viendraient sur la rade de Brest, de défendre l'entrée de cette rade à d'autres bâtiments que les leurs. Quoique quelques personnes aient pensé que ce fort fut établi au lieu où est aujourd'hui celui de Lanvéoc, il est bien plus raisonnable de croire que le point extrême de la presqu'île de Quélern fut l'endroit qu'ils durent choisir, et sans nul doute, c'est là qu'ils s'établirent. Des débris d'épées, des tronçons de lances trouvés sur la presqu'île, dans les environs de la Pointe espagnole, viennent ajouter à la croyance que c'est là seulement que les espagnols, alliés du duc de Mercœur, fondèrent leur établissement.

Les lignes espagnoles n'étaient pas encore entièrement terminées, quand le maréchal d'Aumont, après la soumission de Quimper, jugeant combien il serait dangereux de laisser des étrangers maîtres d'un point qui pouvait leur assurer le passage dans la rade de Brest, se décida à tenter les plus grands efforts pour en débusquer les Espagnols. Il joignit aux troupes dont il pouvait disposer, le corps d'anglais auxiliaires commandé par Norris, puis aidé de Sourdéac, gouverneur de Brest, il accourut assiéger le fort de Crozon. Le siège traînait en longueur, le général commandant les forces espagnoles en Bretagne accourait pour le faire lever ; parti de hennebond, il était déjà à Locrenan [Locronan NDLR], à six lieues seulement du point attaqué, quand le maréchal d'Aumont, résolut de donner l'assaut à la forteresse. Dom Praxède qui la commandait fit la plus vigoureuse résistance, mais il ne put résister à la valeur française et anglaise réunie. Les lignes furent enlevées et Praxède frappé d'un coup mortel, périt les armes à la main, emportant avec la vie, l'estime de ses vainqueurs. Son corps fut transporté à Brest : on l'inhuma avec pompe dans l'élise des sept saints. Le général espagnol, apprenant la chûte du fort de Crozon battit en retraite vers le Blavet, où mouillaient ses vaisseaux. Le maréchal d'Aumont ordonna la destruction immédiate de sa conquête.

Aussitôt que l'on a franchi les retranchements de Quélern, on se retrouve sur la commune de Crozon et presque sous les murs on trouve le joli village du fret [Le Fret NDLR].

Ce village est gracieusement posé sur les bords d'une anse de la rade de Brest, formée par la presqu'île nommée l'Ile longue, faisant la partie la plus féconde de la commune de Crozon et par la côte dite de Lanvéoc. Les habitants de ce village, sont tous des pêcheurs et se livrent principalement à la pêche de la sardine. C'est dans la rade de Brest qu'on les voit capturer ce poisson si recherché par les gastronomes quand il a passé quelques heures recouvert d'une couche de sel. Le produit de leur pêche se vend en vert à Brest ; l'on presse très peu de sardines au Fret quoiqu'il s'y trouve des établissements propres à cet usage. Ce n'est pas ici comme à Douarnenez, le marin du fret trouve chaque jour à se défaire de sa marchandise, sur les marchés de Brest, où son bénéfice est toujours assuré, par le débit considérable qu'il fait du poisson frais et délicat que l'on recherche sur toutes les tables.

Devant le Fret, et à peu de distance, sont les îlots de Trébéron. Sur l'un s'élèvent des poudrières qui sont le propriété de la marine, sur l'autre est le Lazaret destiné à la purge des quarantaines des bâtiments arrivant à Brest, soumis à des mesures sanitaires. Beaucoup d'argent a été dépensé pour ce dernier établissement sans grand profit. L'isolement est sans doute complet au Lazaret de Trébéron, mais qu'est-ce qu'un lazaret établi sur un rocher stérile, où la bruyère même ne saurait naître ? Qu'est-ce qu'un établissement de cette nature, où le malade ne trouve pas un arbre qui lui prête un ombrage salutaire, où l'eau douce manque, si ce n'est celle d'une citerne que le port approvisionne ? Pendant la saison des tempêtes, on est souvent plusieurs jours sans pouvoir communiquer avec l'île de Trébéron, l'eau et les vivres peuvent y manquer. Un Lazaret devrait être abordable en tout temps, offrir aux personnes forcées de l'habiter des lieux de promenades, un air pur, des eaux abondantes. Tout cela peut se trouver près de Trébéron, à l'île longue, où une simple coupure de quelques pieds de largeur, isolerait complètement un hopital quarantenaire. Le Lazaret de Brest est mesquin, trop petit, mal situé ; il n'est pas digne du premier port de la marine de France.

Du Fret à Lanvéoc on suit un sentier sur les bords de la rade. Cette rade se présente dans cette promenade sous les plus riches aspects. Ce bassin pittoresquement découpé, qui présente des anses nombreuses et dans lequel viennent se perdre plusieurs rivières, offre aux regards des sites variés et toujours agréables. Brest, et les navires au mouillage devant cette ville bornent l'horizon ; la mer est sillonnée par de nombreux canots, et par toutes les barques, qui des ports intérieurs de la rade, de ceux de Landerneau, du Faou, de Port-Launay, se rendent à Brest, où elles vont porter et vendre les produits de la culture et les tributs du sol.

Lanvéoc est un village qui se compose de cinquante à soixante maisons, qui toutes sont édifiées sur les bords de la grande route qui conduit à Quimper. Ici tout est misérable, maisons et habitants. Autrefois, quand cette route était fréquentée par la population brestoise, parce qu'elle raccourcissait de huit lieues la distance entre Brest et Quimper, le commerce de consommation y était actif. Mais aujourd'hui que les voitures publiques roulent avec rapidité, qu'un bâteau à vapeur conduit jusqu'à Châteaulin, que les prix de transport sont modérés, le promeneur seul dirige ses pas vers Lanvéoc. Jadis encore, on trouvait à Lanvéoc, comme partout dans la basse-bretagne, ce que l'on appelait chevaux quittes, ou poste aux matelots. Des bidets [baudets NDLR] forts et vigoureux, quoique peu élégants de formes, vous étaient livrés et avec eux vous franchissiez en trois heures, les dix lieues de poste séparant Lanvéoc de Quimper. Alors toutes les maisons de ce village étaient des auberges et dans toutes l'on trouvait des chevaux de louage. A Lanvéoc où l'on trouvait des voitures comme des chevaux, comme des bateaux toujours prêts pour le transport des voyageurs à Brest, on ne voit plus qu'une population hâve, maigre, chétive ; sur la place de ce village, on ne rencontre plus que des mendiants tendant la main pour recevoir une misérable charité qu'ils sollicitent avec une insistance fatigante.

Sur la pointe avancée de Lanvéoc, est placé un fort, qui bat le dernier point de mouillage de la rade de Brest. La défense de cette rade est si habilement entendue qu'il n'est pas un seul endroit où les navires puissent se placer qui soit à l'abri de l'artillerie des batteries ou des redoutes élevées sur son pourtour.

Au pied du fort de Lanvéoc sont établies des cales d'embarquement servant au passage pour Brest où nous allons nous rendre.

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