Louise Penancoët de Keroual (1649-1734), après une vie
de séduction et d'intrigues, ayant eut pour amants de rang le duc
François de Beaufort (1666-1669), grand-maître de la navigation et
du commerce de France puis du roi Charles II d'Angleterre (1630-1685)
avec l'assentiment rémunérateur du roi de France Louis XIV (1638-1715),
a vécu brièvement à Brest, place des Sept-Saints, dans un hôtel particulier
à son nom devant l'église des Sept-Saints.
Elle avait embarqué habillée en homme sur un vaisseau en compagnie de
son frère et de Beaufort (chef des expéditions depuis 1665) lors de l'expédition
de Candie en Crête, pour aider les Vénitiens papistes à se départir des
Ottomans. L'amant disparut mystérieusement en Crête, avant que Mme de
Keroual ne soit nommée fille d'honneur de Madame, la duchesse d'Orléans
et belle-sœur de Louis XIV, mais aussi sœur du roi Charles II. Lors d'une
mission diplomatique en Angleterre durant des négociations du traité de
Douvres, Louise Renée de Keroual en présence de Madame, est amenée à tendre
un bijou du royaume de France au roi Charles II en gage de bonne foi.
Le monarque aurait dit publiquement « Voilà le seul bijou que je désire
! » en désignant la jeune-femme de 21 ans, en 1670. Charles II marié à
Catherine de Bragance a plusieurs maîtresses officielles et autres dont
une comédienne sans titre.
Louise Renée ayant compris l'entrain du roi d'Angleterre bien qu'infidèle
patenté, prend conseil auprès d'un exilé français Charles Le Marquetel
de Saint-Denis dit Saint-Évremond, seigneur de Saint-Ébremond, ayant la
protection de Charles II et une rente du monarque. L'esprit français répond
à la demoiselle : « Soit que vous demeuriez dans le monde, je le souhaite,
soit que vous en sortiez, comme je le crains, votre intérêt est d’accommoder
deux choses qui paraissent incompatibles, et qui ne le sont pas : l’amour
et la retenue ». Un retour dépouillé au château familial de Keroual en
Guilers ne parut sans-doute une option après avoir connu le faste parisien
et désormais celui de Londres.
La comtesse d’Arlington, organise un bal masqué en octobre 1671 dont la
thématique est un faux mariage entre le roi Charles II et Louise de Keroualle
(orthographe à l'anglaise). Le soir même, ils sont amants.
Louise Renée de Keroual fait partie des favorites préférées (favorite
royale) avec de surcroît une influence politique sur la conduite des affaires
du royaume en faveur de la France papiste. De cette liaison nait un fils
reconnu le roi parmi 7 autres enfants adultérins de d'autres maîtresses.
La population anglaise anti catholique, conspue cette Française incestueuse
puisque Beaufort et Charles II étaient cousins descendants d'Henri IV
(Beaufort est aussi cousin germain de Louis XIV mais ce dernier ne fut
pas l'amant de Mme de Keroual parce-que trop occupé). Les quolibets pleuvent
sur l'aspect physique de la devenue baronne de Petersfield, comtesse de
Fareham, duchesse de Portsmouth puis en France duchesse d'Aubigny, un
visage poupin, une stature grassouillette… Le roi d'Angleterre est quant
à lui régulièrement charmé durant une petite quinzaine d'années… Avec
quelques aléas néanmoins. Rumeurs, complots, jalousies entre les maîtresses
sur des fonds politiciens contradictoires, Louise de Keroual qui demande
la nationalité anglaise en 1673, surnage à tout et devient la conseillère
du monarque, des diplomates français et informe Louis XIV en France. Entre
le roi de France et son espionne, la complicité sans équivoque existe
des lettres le prouve. En Angleterre, la bretonne vit à Whitehall dans
un appartement de 40 pièces et dépense beaucoup. Une robe d'un soir de
59.15 livres étrangle les jalousies, même madame de Sévigné renâcle dans
différents écrits. Dépenser c'est existé à la cour. Elle est la maîtresse
la plus rémunérée par une rente croissante de 12 000 livres en 1671 à
138 000 livres en 1685. Elle dépense certes mais investi aussi dans l'immobilier.
Les châteaux, demeures terres s'accumulent. Elle n'a de cesse de travailler
à sa notoriété. La Dame de Keroual cultive une supposée filiation ou appartenance
avec plusieurs grandes noblesses dont les Rohan, un temps "propriétaires"
de la presqu'île
de Crozon, et porte le deuil à chaque fois que nécessaire pour asseoir
son rayonnement en Angleterre ; elle pose régulièrement pour les peintres
officiels dont un tableau mémorable où elle apparait un sein nu en compagnie
de son fils, chose interdite en portrait officiel. Un tableau d'Henri
Gascard réalisé (1678-1679) au cours d'une période de dissonance. Charles
II "collectionne" des œuvres de nudité de ses conquêtes à Whitehall, dans
sa chambre, dont une rivale : Nelly Gwynn, comédienne sans titre d'une
rente de 1604 livres, que les Anglais préfèrent à la putain française
en noblesse bretonne.
Charles II aurait confié à l'ambassadeur de France Jean-Paul de Barillon,
marquis de Branges, seigneur d'Amoncourt, de Mancy, de Châtillon-sur-Marne
et de Châtillon-sur-Indre, en 1683, son profond attachement à Louise Renée
et son fils Charles, duc et franc-maçon, aimant le cricket…
En 1684, elle fait l'acquisition du château de Trémazan et joint la propriété
au manoir de Keroual qui est lui-même très embelli.
Le roi d'Angleterre meurt en 1685, le temps du rayonnement et de la profusion
financière s'amenuise, la duchesse dépense toujours sans compter mais
quitte l'Angleterre en 1688 pour vivre à Brest dans un hôtel particulier
dit luxueux sur la place des Sept-Saints et son église. Quartier des notables.
Dans l'église, fut inhumé son frère capitaine de vaisseau à l'âge de 25
ans, Sébastien de Penancoët de Keroual, seigneur de Chefdubois (1646-1671).
Brest dut être éloigné des fastes escomptés d'autant que ses parents quelques
peu gênés de la manière de vivre de leur fille lui firent sentir une certaine
réserve. Elle quitte Brest pour Paris et son fief d'Aubigny où elle jouera
les dames de bon cœur.
Louis XIV reste son protecteur malgré les injonctions des créanciers,
ces derniers sont empêchés de procédure par des lettres d'arrêt du roi.
Elle évite la prison. Cependant à partir de 1705, ceux-ci sont en droit
de se payer sur les revenus des fermes de la duchesse. Le roi de France
meurt en 1715, la rente qui était alors de 20000 livres devient incertaine
et les créanciers ne sont plus entravés. Louise de Keroual vend tous ses
biens de Bretagne autant contrainte par les dettes que par l'expropriation
qu'elle subit à Brest au sujet de son hôtel particulier. L'armée prend
possession du quartier des Sept-Saints (bas) ainsi que de la commune de
Recouvrance pour étendre l'arsenal des constructions navales. Les dettes
essentielles sont couvertes.
En 1721, le régent, le duc d'Orléans octroie une rente de 600 000 livres
en un seul versement contre les 20 000 livres annuelles.
Louise de Keroual partage sa vie entre Paris et ses terres d'Aubigny ayant
appartenues aux Stuart avant de mourir à 85 ans dans une forme d'oubli
et une indifférence affichée, pourtant la dame à l'orthographe chaotique,
qui avait influencé la création de l'observatoire de Greenwich, et surtout
rendu le royaume d'Angleterre neutre face aux guerres hollandaises, sans
omettre de rappeler les conseils multidirectionnels diffusés avec tact
aux responsables politiques britanniques, avait fait d'elle, une femme
fréquentable et appréciée de la reine d'Angleterre, épouse du roi Charles
II... Une faveur au sens des plus remarquables.
On peut avec facilité, aujourd'hui, avoir un certain mépris à l'égard
d'une réussite féminine basée sur le bon vouloir sexuel des hommes mais
au 17ème siècle les femmes sont entièrement dépendantes d'un "protecteur
masculin". Celles qui refusent ou renoncent à ce dictat sont religieuses
d'office.
Sa devise : "En la rose je fleuris".
A Brest, ne reste qu'une rue au nom de la duchesse. Lors de l'absorption
des communes limitrophes de la ville de Brest en 1944, la commune de St
Marc a une rue Auguste Brizeux, poète, dénomination déjà quatre fois employée
dans la nouvelle entité, il faut donc un nouveau nom de rue qui revient
à Louise de Keroual. Le manoir familial, en ruines, est lieu de culture...
B R E S T. — Nous apprenons avec plaisir que M. le docteur
J. Caroff, médecin de l'hôpital civil de Brest, qui depuis de longues
années seconde et supplée dans son service le médecin du lycée de Brest,
vient de recevoir la palme d'Officier d'Académie. Cette distinction n'est
qu'une tardive justice rendue à cet honorable médecin qui dirige depuis
sa fondation le cours départemental d'accouchement. Le Conseil général
du Finistère a déjà, en plusieurs circonstances, témoigné sa satisfaction
du dévouement apporté par le docteur Caroff dans l'accomplissement de
cette tâche. Depuis 16 ans qu'il occupe ce cours, M. Caroff a eu la satisfaction
de ne voir aucune des élèves présentées par lui, échouer dans leurs examens.
Le Finistère du 31 mars 1875
Les blessés graves et autres patients civils fortement atteints de la
presqu'île de Crozon sont transférés vers l'hôpital civil de Brest, hier
comme aujourd'hui. Hier par voie maritime, aujourd'hui par ambulance ou
hélicoptère.
UNE TOMBE ABANDONNEE
Brest, 2 novembre 1876.
Monsieur le rédacteur,
L'occasion du monument qui doit être élevé par souscription à la mémoire
de Mlle Déjazet, permettez moi de vous communiquer un fait probablement
ignoré des nombreux amis de la grande artiste.
Mlle Déjazet avait une sœur qui, en 1819, était première chanteuse au
Théâtre de Brest. Est-il besoin d'ajouter qu'elle remplissait cet emploi
avec une précocité de talent qui lui promettait le plus brillant avenir.
Mais, comme l'a dit un grand poète. « tant d'éclat ne servit qu'à la faire
remarquer plus tôt par la mort, et sa jeunesse, sa beauté, ses plus chères
espérances, furent ensevelis dans une nuit éternelle »
Sa dépouille repose dans le cimetière de Brest ; sur la pierre qui la
recouvre est gravée cette simple inscription : Clémence Pauline Déjazet,
décédée à Brest le 25 juin 1819 ; et plus bas : souvenir de sa sœur et
de sa fille. Celle tombe fut élevée par Mlle Déjazet, il y a vingt-cinq
ans environ, lorsqu'elle vint en représentation à Brest. Elle a été complètement
abandonnée depuis cette époque, de sorte que son état de dégradation permet
à peine de déchiffrer l'inscription.
— Pauvres morts oubliés, n'entendant sur leur pierre, Gémir que l'ouragan
! —
Ne pensez-vous pas, monsieur le rédacteur, que ce serait un acte de sollicitude
digne d'éloges, et peut-être même un devoir de la part des amis de Mlle
Déjazet, qui, cette année, n'ont pas manqué à leur pieuse habitude de
fêter la grande artiste, de réunir dans le même tombeau les restes des
deux sœurs depuis si longtemps séparées, Tel a dû être, le vœu, sans doute
plusieurs fois exprimé par l'éminente comédienne que Mlle Rachel [Élisabeth-Rachel
Félix NDLR] appelait : la meilleure des femmes. Agréez, etc.,
Duseigneur
Ancien pharmacien de la marine, 88, rue de Siam, à Brest (Finistère).
Le Petit Journal
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