Les personnalités débarquées à Brest

François de Bourbon-Vendôme, 3e duc de Beaufort, 1616-1669.

Les Bourbon-Vendôme proche du pouvoir en France ont un parcours sinueux entre les ombres et les éclats de la royauté ; comploteurs invétérés, ils connaissent le cachot et l'exil. Au cours d'une rentrée en grâce, le duc de Beaufort est nommé grand maître, chef et surintendant de la navigation et du commerce de France à la suite de son père qui se dit vieillissant. A ce titre, il commande aux marines les expéditions militaires et commerciales dans un contexte géopolitique tendu. Jean-Baptiste Colbert, baron de Seignelay et de Sceaux, intendant des finances ordonne de transformer la place forte de Brest en port de marine offensif face aux prétentions anglaise et hollandaise. Il en va de la fluidité du commerce et donc des revenus du royaume. C'est en 1667, que 60 vaisseaux de guerre détachés de la flotte de la Rochelle, arrive dans la rade de Brest dénuée d'une installation capable d'entretenir une telle concentration maritime. Le Duc de Beaufort en est l'amiral et doit faire jaillir de terre, l'arsenal et les chantiers de constructions navales. Bien que protégée par le difficile Goulet de Brest, un "chenal" naturel agité, cette "escadre" doit aussi être protégée par des batteries de côte que le duc ne manque pas de déterminer avant que Vauban n'optimise par des grandeurs jamais égalées telle que la batterie de Cornouaille. La presqu'île de Crozon conserve un vague vestige d'une batterie de Beaufort.

L'amiral, petit fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, séjourne donc à Brest qui en dehors de son château n'est qu'un petit bourg anodin. La commune qui concentre la population locale est sise sur l'autre rive de la rivière Penfeld mais il n'y pas de noblesse dans ce monde ouvrier dédié aux ports de commerce et de Marine.

La venue d'un duc cousin germain du roi Louis XIV, a nécessité une famille hôtesse de circonstance que l'on trouve à Guilers au manoir de Keroual. Guillaume de Penancoët de Keroual et Marie de Plœuc, de noblesse léonarde suffisante, reçoivent un duc sans esprit, duelliste, téméraire et célibataire.

L'une des enfants du couple, Louise Renée de Penancoët de Keroual, 18 ans, qui se destine à une vie de religieuse après quelque étude au couvent Sainte-Ursule à Lesneven où une tante est religieuse et ceci faute de perspective et de dote respectable, subjugue l'amiral de 51 ans qui ne tarde pas à faire preuve d'assiduités maladroites ne convainquant en rien la jeune-fille embarrassée. Le duc lui promet d'être une fille d'honneur de la duchesse d'Orléans (Madame : épouse du frère du roi, sœur du roi d'Angleterre) à Paris…

Bien que rétive assurément, il se susurre qu'une liaison fut consommée sans grande suite puisque Beaufort meurt en 1669 au siège de Candie, en Crête, là où son corps ne fut jamais retrouvé. Cette rencontre aux contours incertains est pourtant le premier mécanisme d'une influence politique sans égal entre le royaume d'Angleterre et le royaume de France sous les trait d'une jeune-femme peu lettrée mais indiscutablement douée pour la diplomatie. Sans la venue du Duc de Beaufort à Brest, Louise de Keroual fut probablement oubliée jusqu'à son existence même.

Dépêche du 16 fev 1874 :
B R E S T. — Lundi à 10 heures du soir, le paquebot l'Amérique a mouillé en rade, venant de New-York. Il avait à bord, entre autres passagers, M. le marquis de Noailles, ambassadeur aux États-Unis, nommé récemment ambassadeur près du roi d'Italie. M. de Noailles a débarqué à Brest.

Le Finistère

Le marquis Emmanuel Henri Victurnien de Noailles (1830-1909) fut l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Washington en mai 1872 puis est nommé près du roi d'Italie en octobre 1873.

A cette époque pour être ambassadeur, il fallait être d'une descendance noble et ceci jusqu'en 1885 environ, date à laquelle un concours est sensé ouvrir des portes. La république cherche à supprimer les signes de l'ancien monde. Ce seront de grands bourgeois instruits qui seront retenus. Certains oseront ajouter à leur patronyme roturier une particule, ce qui en fin de compte ne démocratisera pas la fonction et augmentera la fréquence des diplomaties affairistes, en rien populaire, et d'autant plus corrompues que la république en cours y œuvrait à coups de scandales… Le maintien des colonies est à l'actif de cette période spéculative. A chaque colonie son contingent militaire, partant parfois de Brest...

Les personnalités de passage à Brest

B R E S T . — Le Républicain annonce que le prince de Joinville, après s'être arrêté lundi à Morlaix, est arrivé mardi à Brest par le train de midi 5, accompagné par la princesse. Il était attendu à la gare de M. le contre-amiral Bouët. Le prince est descendu au grand hôtel Lamarque.

Le Finistère du 18 août 1875

François d'Orléans, prince de Joinville. Un des fils du dernier roi de France, Louis-Philippe, duc d'Orléans et de Marie-Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles, très jeune (13 ans) il vient à Brest pour s'engager dans une carrière militaire dans la marine. Vice-amiral à trente ans. A plusieurs reprises, il séjourne à Brest. Cette fois, à 56 ans, il est député de la Haute-Marne encore quelques mois. Sa carrière militaire est faite de commandements interrompus par des exils car les royalistes le verraient bien président. De par sa nature, il est plus explorateur et chroniqueur de son temps, que "savant stratège". Son épouse est de haute noblesse brésilienne et portugaise : Dona Francisca de Bragança. En définitive ce personnage est un joueur invétéré, Contre-amiral sans éclat, privilégié parfois, entravé tout autant, son titre lui rendit service autant qu'il le desservit. L'époque n'était pas favorable aux aristocrates dont les républicains ne savaient que faire sans risquer de perdre le pouvoir.

L'hôtel Lamarque, était sur la place du Champ-de-Bataille, aujourd'hui place Wilson.

Le couple est à Quimper le 21 août 1875 après être passé à Douarnenez en voiture hippomobile, puis Quimper en préfecture. Voyage incognito vers Pont-l'Abbé... Concarneau... Rosporden.

Retour des communards

B R E S T . — Les transports la Loire et la Creuse ramenant un certain nombre d'amnistiés, sont attendus incessamment en France. Le premier de ces bâtiments vient à Brest.
Parmi les graciés ramenés par la Loire, on cite les citoyens Collot, ex-membre du comité Rochefort, ancien rédacteur de la Marseillaise en 1860 ; Charbonneau, Panière, Gustave Rousseau, Henri Place, ex-rédacteurs de la Patrie en danger.
A l'heure actuelle, 134 déportés et condamnés politiques au bagne, restent à la presqu'île Ducos. Parmi eux, les citoyens Assi, Trinquet, Caria, Cayole, Orsel, Dacosa, Fontaine, Prieur. Louise Michel, dont la peine a été commuée à dix années de bannissement, a refusé de s'embarquer et de quitter Nouméa, avant le dernier déporté.

Le Finistère du 18 février 1880

B R E S T . — Le transport la Loire, ramenant en France de Nouméa les graciés et amnistiés, est arrivé hier 5 mars.

Le Finistère du 6 mars 1880

B R E S T . — Nous empruntons à l'Union Républicaine du 6 mars les passages qui suivent :
« Le vaisseau-transport à voiles la Loire a mouillé en rade de Brest, dans la nuit du jeudi au vendredi 5 mars, à 2 heures 4/2 du matin. Il était parti de Nouméa le 1er novembre 1879 et avait relâché à Sainte-Hélène du 11 au 14 janvier dernier. Les vents contraires et le calme plat ont quelque peu retardé son arrivée qu'on attendait d'un moment à l'autre depuis une dizaine de jours.
« La Loire avait à son bord 415 hommes d'équipage et 800 passagers divers dont 300 amnistiés de la Commune. « Dès huit heures 1/2 du matin, le débarquement a commencé. Ceux des amnistiés qui avaient leurs papiers en règle ont pu débarquer à leurs frais à l'aide d'embarcations du commerce, l'autorité les ayant laissés libres d'atterrir. Les autres ont été transportés à terre par des chalands et des remorqueurs de l'arsenal. En dépit de la fatigue qu'occasionne nécessairement une traversée de 125 jours, les, amnistiés sont arrivés à Brest presque tous bien portants. L'état sanitaire a d'ailleurs été excellent pendant tout le cours du voyage. On n'a eu que deux décès à enregistrer : celui d'un amnistié nommé Metz Bernard, et celui d'un enfant du nom du Didier. En revanche, il y a eu une naissance à bord ; ce qui a porté à 20 le nombre des enfants. Les femmes d'amnistiés, rapatriées par la Loire, étaient au nombre de 16. « 159 amnistiés sont partis ce matin par le train de 7 heures 47.
« Ont été admis à l'hospice de Brest : un amnistié malade, le nommé Collet, et la femme Schenck, la nouvelle accouchée, avec son poupon et un autre enfant de trois ans.
« Sept transportés, non complètement graciés ou qui ont à répondre devant la justice de délit de droit commun, ont été écroués à la maison d'arrêt.

— Hier soir, à 5 heures, les troupes d'artillerie et d'infanterie de marine, rapatriées par la Loire, ont débarqué dans le port de guerre. La musique du 2ème de marine est allée à leur rencontre. Nos braves soldats ont monté la Grand' Rue escortés par une foule nombreuse et sympathique. Les nouveaux débarquants ont été immédiatement dirigés sur la caserne de Pontanézen.

Le Finistère du 10 mars 1880

B R E S T . — Une dépêche de Madère annonce que le transport à vapeur la Creuse, commandé par M. le capitaine de frégate Chardonneau, ramenant en France 800 amnistiés, a relâché le 7 mars à Madère : tout allait bien à bord ; la Creuse sera à Brest du 12 au 20 mars.

Le Finistère du 17 mars 1880

B R E S T . — La Creuse, venant de la Nouvelle-Calédonie avec 800 amnistiés, est arrivée le 5, à 8 heures du matin.

Le Finistère du 7 avril 1880

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