Dans un climat politique délétère, avec les instabilités
successives, les mélangent des genres de la troisième république, la lutte
pour la survie d'une vie religieuse au cœur de la population est une ligne
de front avec d'un côté les républicains anticléricaux outranciers et
de l'autre les monarchiste ultraconservateurs près à une instrumentalisation
de l'Eglise pour reconquérir le pouvoir durablement.
Le nerf de la guerre de l'Eglise, l'argent. Les modalités diverses sont
ouvertes, parfois dans les zones grises de la légalité. Parfois dans des
résolutions légales contradictoires.
"Brest. — Lundi, 1er novembre 1886, jour de la fête de la Toussaint, à
8 heures du matin, a été célébrée à Recouvrance la bénédiction solennelle
de l'école congréganiste, érigée avec les dons de la Charité catholique.
Cette cérémonie a été fort belle ; le digne curé de Recouvrance y a prononcé
une très éloquente allocution. Cette école, dirigée par le très cher frère
Côme de Jésus, appartenant précédemment à la maison de Brest-Ville, a
été ouverte le 6 octobre. Elle compte déjà un fort grand nombre d'élèves,
environ deux cents, et les demandes affluent tous les jours.
L'Océan journal monarchiste."
"Mgr Freppel fait une chose excellente, il organise le denier des écoles
chrétiennes, un comité a été constitué pour organiser l'œuvre : il est
composé de tous les sénateurs, de tous les députés et de quelques autres
personnalités marquantes de l'Anjou. L'évêque d'Angers an- nonce ses résolutions
par une lettre pastorale topique, c'est une réponse au vote de la loi.
La loi est promulguée, il est utile qu'on n'en entrave aussitôt les effets.
A la promulgation de cette loi il faut répondre par la promulgation sur
tout le territoire du denier des écoles chrétiennes. Ce n'est pas tout
ce qu'il y a à faire, mais c'est quelque chose, ce sera peut-être le début
d'une action générale pour la revendication de tous nos droits et de toutes
nos libertés !
la Gazette de France" journal monarchiste.
C'est à la demande Mac Mahon, que Monseigneur Freppel est affilié au Comité
royaliste du Finistère comme candidat aux législatives en juin 1880 alors
que l'homme d'église est évêque d'Angers. Ce dernier avait pour devise
: « Volontiers son miel, à regret son dard »
Charles-Émile Freppel est encensé par le courant monarchiste, un évêque
d'Anjou député du Finistère plusieurs fois réélu est un fer de lance méritant
même si l'on reproche à Freppel de cumuler son salaire de député avec
celui d'évêque… Reconnu pour son conservatisme catholique qui manque trop
souvent aux électeurs inquiets de la décomposition de la vie religieuse
remplacée par une laïcité forcée qui ne parvient pas à aboutir dans ses
avancées sociales promises par manque de financements ; le seul faux pas
de l'évêque député est d'avoir soutenu le général Boulanger jusqu'au-boutisme.
Sinon l'accumulation des œuvres charitables et éducatives de l'évêque
plaidaient pour une considération conservatrice qui dépassait le strict
périmètre des monarchistes, à la campagne la religiosité restait prégnante,
mais cette réussite réactionnaire était l'outrage de trop pour des républicains
ulcérés par l'interventionnisme religieux dans la république laïque qu'ils
tentaient de bâtir.
Mgr Freppel influe le débat autant à la chambre (assemblée nationale)
que dans son évêché : "Jeudi, a eu lieu à Angers l'ouverture de l'Assemblée
régionale de l'Ouest pour l'œuvre des Cercles catholiques. Grande affluence.
M. Léon Harmel a prononcé un magnifique discours sur les devoirs sociaux
des catholiques. Mgr Freppel et M. le comte de Mun, retenus à la Chambre
par la discussion de la loi de l'enseignement, s'y rendront aujourd'hui.
Le discours de Mgr Freppel a été lu par Mgr Pessard, vicaire général."
L'Eglise tient à ses prés carrés l'aide sociale, hospitalière, éducative
avec l'usage de la morale chrétienne dans la conservation des valeurs
d'antan. Elle vient de perdre la rémunération des vicariats.
Nouvel assaut républicain :
"A la Chambre, la loi de haine, comme on l'a appelée justement, a été
votée, malgré les efforts et les protestations de nos amis. Mgr Freppel
a montré combien était injuste cette loi qui chasse des écoles tous les
Frères et toutes les Sœurs. Nous extrayons de son discours les passages
suivants : Le motif le plus sérieux qu'on invoque c'est que les congréganistes
ont deux maîtres. Ils sont tenus d'obéir à une autre loi que la loi humaine.
Mais alors ce sont tous les catholiques qu'il faut exclure de l'enseignement,
car ils reconnaissent tous un supérieur en dehors de l'administration
civile, et en cas de conflit ils donnent la préférence à la loi divine
: il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. (Bruit-)
L'article 17 ne tendrait donc a rien moins qu'à mettre hors la loi tous
les catholiques.
Un membre à gauche. — Ils y sont ! (Exclamations à droite). Mgr Freppel
ajoute qu'alors la véritable rédaction de l'article serait que l'enseignement
est interdit à tous les catholiques. L'honorable ministre de l'instruction
publique était sans doute animé du même esprit, lorsque dans un banquet
récent il a bu (à Quimper) à la mort politique de l'orateur et de ses
collègues du Finistère.
On peut dire que c'était un coup de trop. (Rires). L'article 17 serait
ainsi une menace perpétuelle pour tous ceux qui entendent rester fidèles
â leur foi et ce serait singulier dans un pays où les francs-maçons et
les athées peuvent prétendre à tous les emplois ; sans parler de la dépense
et de la difficulté qu'il y aura à remplacer 16,000 congréganistes on
n'ignore pas la sympathie des populations pour les sœurs qui dirigent
leurs écoles depuis tant d'années, la simple annonce d'une pareille mesure
causera un trouble profond dans le pays.
On ne peut pas se figurer que les catholiques resteront les bras croisés
devant cette mesure, ils épuiseront leurs dernières ressources pour fonder
des écoles libres qui se multiplieront sur toute la surface de la France.
Voici la péroraison de cet admirable discours : Eh bien, je vous le dis
hautement, si vous votiez l'article 16, si vous jetiez un pareil brandon
de discorde jusque dans les moindres communes de France, vous n'iriez
pas seulement au rebours de la justice et de la sagesse politiques, vous
feriez encore un acte anti-patriotique et anti-français. (Non ! non !
à gauche. — Nouveaux applaudissements à droite). Cela ne vous touche pas.
(Non ! non ! à gauche.)
Eh bien, permettez-moi de vous faire un aveu avant de terminer : je n'en
suis pas surpris. Depuis le 4 septembre 1870, je n'ai jamais cru une seule
minute à la possibilité d'un rapprochement du parti républicain avec les
hommes et les choses de la religion.
A gauche. — Vous avez eu raison !
Mgr Freppel. — Parce que, sauf d'honorables exceptions, l'hostilité à
la religion est la caractéristique du parti républicain. (Très bien !
très bien ! à droite)
A gauche. - Comme l'hostilité à la République est la caractéristique du
parti clérical. Mgr Freppel. — D'autres, plus confiants que moi, ont pu
se faire des illusions à cet égard. Vous vous chargez en ce moment de
les dissiper à jamais Par cette loi, qu'on appellera dans le pays la loi
de secte et de haine. (Très bien ! à droite. — Interruptions à gauche),
par cette loi qui n'est pas autre chose qu'une machine de guerre contre
le christianisme, par cette loi qui bannit de l'enseignement public tous
les religieux, toutes les religieuses, tous les prêtres catholiques, tous
ceux qui représentent à un degré ou dans une mesure quelconque l'idée
religieuse, vous achevez l'abîme qui nous sépare les uns des autres. Ce
n'est pas nous, c'est vous qui, par votre intolérance, avez coupé le pays
en deux...
Vifs applaudissements à droite. — Réclamations à gauche ; ce n'est pas
nous, c'est vous qui, par votre acharnement à vouloir laïciser toutes
les écoles primaires de France, mettez ce pays en état de lutte intestine,
de guerre permanente sans trêve ni merci ce n'est pas nous, c'est vous
qui posez la question de l'avenir dans ces termes redoutables, menaçants
: d'un cillé, les républicains , de l'autre, les chrétiens. Applaudissements
répétés à droite . — Dénégations à gauche. — L'orateur, en retournant
à son banc, est félicité par ses amis."
L'Union monarchiste du Finistère du 27 octobre 1886
"Nos pétitions. — Un grand nombre de pétitions contre la loi Goblet —
laïcisation du personnel de l'enseignement primaire — ont été déposées
sur le bureau de la Chambre. Parmi elles en figurent beaucoup du Morbihan
: nous avons remarqué dans la liste les noms des communes de Gourin et
du Faouët. Notre honorable député, M. Boucher, a déposé, lundi 18, les
pétitions de 1,613 habitants des communes de Loc-Mélard, St-Sauveur, Commana,
Sizun, St-Eloy, Kersaint, Dirinon, St-Divy, Guipavas. Mgr Freppel a déposé,
le même jour, les pétitions de 2,089 habitants de Brest, Quimper, St-Renan,
lle-de-Batz, Plouvien, Guissény. Les personnes qui ont mis en circulation
des feuilles de pétition sont instamment priées de vouloir bien les reprendre
et les adresser dans le plus bref délai au Secrétariat du Comité de Défense,
rue de Grenelle, 35, à Paris."
L'Union monarchiste du Finistère du 27 octobre 1886
La pétition du député Freppel récoltant quelques centaines de signatures
dans les milieux catholiques brestois n'est pas un succès. Aucune pétition
en presqu'île de Crozon, le "bastillon" est réputé être républicain...
S a i n t - P i e r r e - Q u i l b i g n o n . —
Le Petit-Brestois apprend au public que le recteur de St-Pierre va être
l'objet de poursuites de la part du parquet de Brest. M. Kervella aurait
commis le crime de dire du mal, du haut de la chaire, de l'enseignement
athée de la République ?!!
L'Union monarchique du Finistère du 6 octobre 1886.
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