B R E S T . — Dimanche ont eu lieu les régates de Brest,
qui ont été fort brillantes. En dehors des joutes sérieuses le programme
contenait maints détails amusants qui ont fort diverti les spectateurs.
Des canards, voire même un cochon, avaient été lancés à la mer et leur
chasse a donné lieu à des scènes réjouissantes. Un feu d'artifice a terminé
cette journée.
Le Finistère du 1 septembre 1875
B R E S T . — Il circule en ce moment â Brest des pièces de deux francs
fausses. Elles sont à l'effigie de Napoléon III et portent le millésime
1868. Leur couleur est celle de l'argent quelque peu vieilli, leur poids
est le même que celui des pièces vraies et on ne peut guère les reconnaître
qu'à leur son qui est tout a fait mat.
Le Finistère du 16 mai 1877
B R E S T . — Nous lisons dans l'Union républicaine de mercredi : Dimanche
soir, un voyageur, arrivant par le train de 11 heures et demie, aurait
été attaqué, près la porte Foy, par trois malfaiteurs. Il serait parvenu
à se débarrasser d'eux et aurait même conduit au poste du champ-de-Bataille
l'un de ses agresseurs.
B R E S T . — Hier, la police a procédé à l'arrestation d'un ecclésiastique
inculpé d'attentats à la pudeur sur la personne de jeunes enfants. Il
nous répugne d'aventurer noire plume plus avant en pareille matière. C'est
à la justice, s'il y a lieu, à accomplir son œuvre, et à donner satisfaction
à la morale publique trop souvent outragée par ceux-là mêmes qui font
profession de la défendre.
Le Finistère du 20 avril 1878
B R E S T . — L'Union républicaine de vendredi rapporte le fait suivant
:
« Hier, vers les six heures de l'après-midi, les promeneurs qui se trouvaient
sur les quais du port de commerce ont assisté à un spectacle qui doit
être assez rare : l'invasion des bassins par une bande de marsouins. C'était
vraiment curieux de voir si près de terre, à longueur de gaule, à travers
toutes les embarcations, ces gros cétacés nager, plonger, sauter hors
de l'eau et s'esbaudir dans leurs vigoureux ébats. « Les pêcheurs, par
contre, ont dû être moins contents de cette visite bruyante. L'arrivée
du marsouin, c'est la fuite du poisson qui se cache ; on aurait pour à
moins. Ajoutez à cela que quand les filets sont pleins de poisson, le
marsouin les considère volontiers comme un garde-manger préparé à son
intention. Il y pénètre sans hésitation, et son repas terminé, brisant
tout par sa grande force musculaire, il s'en va allègrement emportant
le produit de la pêche avec les malédictions du pêcheur.
Le Finistère du 26 juin 1878
Cette affaire souligne la difficulté de l'espèce humaine à vivre avec
les espèces animales comme si l'homme était au-dessus de toute nature.
En presqu'île de Crozon la visite des dauphins
est toujours surprenante et le souvenir des canons à l'encontre des bélugas
est encore vivace.
B R E S T . — On lit dans l'Union Républicaine du 27 février :
Un sauvetage bien émouvant a eu lieu au port de commerce lundi dernier,
à 6 heures 1/2 du soir. En débarquant du vapeur le Bas-Breton, un passager
nommé Donval (Olivier), tomba à la mer. Aussitôt on lui tend une gaffe
; mais il ne peut pas la saisir ; tous ses efforts sont inutiles. Il enfonce;
l'eau gagne, et couvre sa tête. Déjà on ne voyait plus que ses deux mains
s'agitant désespérément en l'air. C'est alors qu'un courageux préposé
des douanes, nommé Landrin, accourt. Se dégageant vivement des prières
et étreintes de femmes, qui, voyant le danger qu'il allait courir, voulaient
l'empêcher de se jeter à l'eau, Landrin, sans même prendre le temps de
se déshabiller, se précipite au secours du malheureux qui se noie. Mais,
comme il arrive souvent, le noyé s'accroche à son sauveteur. Pris par
le cou et par sa barbe, gêné dans ses mouvements, Landrin est sur le point
de payer de sa vie son dévouement ; enfin, par un effort suprême, il se
dégage et pousse Donval vers le quai, où il peut enfin saisir la gaffe
qu'on lui tend ; Donval est sauvé. On le hisse sur le quai, et on lui
prodigue les premiers soins que réclame son étal. Cependant son courageux
sauveteur, épuisé, ne pouvait regagner la terre. Il venait de dîner quand
il s'est jeté à l'eau; un malaise subit l'envahit. Fort heureusement sa
main rencontre une chaîne de navire ; il la saisit et y reste suspendu.
Peu de temps après, on vint à son aide. Le préposé des douanes Landrin
n'en est pas à son premier acte de dévouement ; il a déjà accompli plusieurs
sauvetages, dont le dernier, en juillet 1877, lui a valu une médaille
d'argent de 2° classe. Il mérite mieux aujourd'hui ; nous signalons à
l'autorité compétente l'émouvant sauvetage du lundi 24 février 1870.
Le Finistère du 5 mars 1879
B R E S T . — Le Petit Brestois signale la mort d'une dame Mignard, âgée
de 70 ans, dont l'acte de naissance révèle une particularité digne de
remarque : celle dame est née le 1er janvier 1800, et sa naissance est
la première inscrite sur les registres de l'état-civil. Nous avons donc
raison de dire que Mme Mignard est la première femme du siècle,.. à Brest,
ajoute notre confrère.
Le Finistère du 19 avril 1879
B R E S T . — On lit dans le Petit Brestois :
Pendant que Mme Caroff, demeurant au Moulin-à-Vent (Petit Paris), était
en train de traire une vache, un rat très indiscret s'est glissé sournoisement
sous ses jupons et se mettait en devoir de grimper le long de ses jambes
: la pauvre femme a voulu s'en débarrasser, mais, au moment où elle empoignait
le polisson, elle a été mordue cruellement à la mai ; l'extrémité de l'index
a même été emportée.
Le Finistère du 23 avril 1879
L A M B E Z E L L E C — Voici, dit l'Union Républicaine, une bonne manière
de tirer vengeance d'une insulte. Les pauvres en profitent, et celui qui
paie l'amende doit, lui-même, en somme, moins regretter son argent quand
il connaît l'emploi généreux qui en est fait. Ces réflexions nous sont
inspirées par la lettre suivante que nous recevons de l'honorable M. Berard,
maire de Lambézellec : Lambézellec. 6 Juin 1879.
Monsieur le Rédacteur,
« M. Bellour, marchand boucher à Lambézellec, ayant été insulté, a fait
condamner l'insulteur à 200 fr. d'amende. Il a mis 120 fr. à la disposition
de la commune, pour être délivrés en pain aux indigents.
« Une commission prise dans le sein du Conseil municipal, a arrêté la
liste des personnes qui prendront part à cette libéralité. Chacune d'elles
recevra un bon de pain, avec lequel mardi prochain 10 juin, elle pourront
se présenter chez M. Bellour. C'est là un acte de générosité qu'on ne
saurait trop louer.
« Tout à vous Bernard »
Le Finistère du 11 juin 1879
B R E S T . — Un bien triste accident a eu lieu jeudi dernier en gare
de Brest, â l'entrée du train de 6 h. 45 de l'après-midi. Voici, suivant
ce qui nous a été raconté, comment le malheur est arrivé. Le train était
arrêté au contrôle, ou l'on recueille les billets des voyageurs. Le surveillant
chargé de ce soin venait de terminer son service, et le signal d'entrée
en gare donné, il se disposait à prendre place à côté du serre-frein,
à la queue du train ; mais en se hâtant pour gravir l'escalier, son pied
manqua, au moment même où le train se remettait en marche; perdant l'équilibre,
le malheureux employé tomba, et d'une façon si malencontreuse, qu'il glissa
la tête en avant sous les roues du wagon ; il a été littéralement broyé.
La victime de ce triste accident, Ménec (Jean-Marie), était âgé de 39
ans ; il était marié et père d'un enfant.
Le Finistère du 11 juin 1879
B R E S T . — Il est né Jeudi dernier, entre 10 et 11 heures du matin,
à la grande ménagerie Pezon, qui se trouve actuellement à Brest, trois
lionceaux : une femelle et deux mâles. La mère et les enfants se portent
bien.
L'Union Républicaine, à qui nous empruntons celle intéressante nouvelle
ajoute : Lady Bellone, qui est une très grande dame habituée à tous les
raffinements de la vie civilisée, ne nourrit pas elle-même ses enfants.
On leur a donné une nourrice sur lieu. Cette auxiliaire lactifère est
une bonne et brave chienne basset, qui remplit, avec le plus grand dévouement,
ses importantes fonctions et ses gourmands nourrissons.
Le Finistère du 30 juillet 1879
B R E S T . — Nous lisons dans l'Union républicaine de jeudi :
Un triste événement a jeté, hier, l'émoi dans une partie de notre population.
Un banquier, établi à Brest depuis quelques années, M. S.. , s'est donné
volontairement la mort en se tirant un coup de revolver dans la région
du cœur. On devine aisément les motifs qui l'ont poussé à cette funeste
détermination. Les dernières fluctuations de la cote des valeurs industrielles
qui, presque toutes, après une hausse excessive, sont tombées subitement
à la baisse, font présumer, avec toute apparence de raison, qu'il aura
éprouvé de grandes pertes d'argent au jeu de la Bourse. Ne pouvant faire
face à ses obligations, le malheureux s'est sauvé du déshonneur dans la
mort. M. S... était marié et père, de famille. La veille, sous un prétexte
quelconque, il avait décidé sa femme à quitter Brest pour une ville voisine
où habite une partie de sa famille. Le malin même, il avait encore, dit-on,
conduit un des siens au chemin de fer. En revenant de la gare, il se rendit
dans une petite maison de campagne qu'il possédait aux environs ; c'est
là qu'il mit fin à ses jours. Un grand nombre de nos concitoyens ont des
sommes plus ou moins considérables placées en dépôt ou engagées dans les
spéculations de la maison de banque dont 11 était le directeur. Cette
mort a produit une émotion qui est loin encore d'être dissipée.
Le Finistère du 8 novembre 1879
B R E S T . — Nous avons mentionné, d'après les journaux de Brest, le
suicide de M. Sossa, banquier, qui avait fondé dans cette ville le Comptoir
de Bretagne, avec succursale à Lorient. La faillite a été déclarée. On
ne peut calculer encore le montant des pertes, qui frappent un grand nombre
de petits commerçants et rentiers ; on parle de deux millions de francs.
La femme de M. Sossa a disparu, ainsi que son neveu, qui dirigeait la
succursale de Lorient.
Le Finistère du 19 novembre 1879
B R E S T . — Nous apprenons avec plaisir qu'un honorable industriel de
Brest, M, Victor Lapierre, vient d'obtenir une nouvelle médaille d'or
pour ses granits, à l'Exposition des Sciences appliquées à l'Industrie.
C'est la troisième médaille d'or qu'il obtient cette année.
Le Finistère du 26 novembre 1879
Victor Lapierre est un sculpteur brestois connu, architecte, maître d'œuvre
et entrepreneur. Son travail de référence est d'avoir été le maître d'œuvre
du Manoir de Kerstears en granit – devenu Lycée Fénelon au 105 chemin
de Ker Stears, ceci en 1860. Bénéficiaire : l’ingénieur et architecte
écossais John Burnett Stears, investisseur en 1841 de l’usine à gaz du
Forestou.
L ' H I V E R
A mon Petit-Fils
Elève du Lycée de
Brest
Tout est sombre. Un brouillard enveloppe la mer.
Tout est mort, et la terre est froide : C'est l'hiver.
La neige, sur le sol, semble un tombeau de marbre.
On n'entend plus chanter un seul oiseau dans l'arbre.
Pauvres petits oiseaux ! Vos chants pleins de douceur
Se taisent ! Craignez-vous le retour du chasseur ?
L'hiver, c'est la saison de la grande hécatombe ;
L'hiver, tout est frappé, tout est fauché, tout tombe.
On dirait que Dieu fit l'hiver pour prévenir
Tous les êtres que tout ce qui vit doit finir.
L'Année est-elle donc l'image de la vie ?
Belle au printemps ; l'été, belle encore et ravie;
Elle entre dans l'automne et, bientôt sur le seuil
De l'hiver, elle prend un vêtement de deuil.
C'est la Loi. Cette loi du Dieu qui nous gouverne
Veut que, dans la Nature, ici-bas tout alterne;
C'est de là que provient l'équilibre et l'accord ;
Ce qui fait que la vie est juste, c'est la mort.
II
L'hiver !.. Que ce mot là contient de tristes choses !..
Mais ce n est pas, mon fils, l'effeuillement des roses
Qui fait que l'hiver est si triste à regarder;
Ce n'est pas l'ouragan que l'on entend gronder
Qui fait que l'hiver est si rempli de désastres.
Ce n'est pas le nuage étendu sur les astres
Qui fait que le soleil est si lugubre à voir
Quand, l'hiver, ou plein jour on se croirait au soir.
Non, ce n'est pas cela qui rend l'hiver terrible ;
C'est le dépouillement, c'est la misère horrible ;
C'est le froid qui grelotte et ne peut se couvrir ;
C'est la faim qui s'affame et ne peut se nourrir,
Et pour lesquels, parfois, si prompte, si pressante
Que soit la charité, l'aumône est impuissante.
Aveugle, elle est trompée ou n'agit qu'à demi :
Le froid, c'est le bourreau ; la faim, c'est l'ennemi.
Et bien souvent l'aumône, entre ces deux athlètes,
Est impuissante ou fait des œuvres incomplètes.
III
Viens, mon enfant, et vois ce que c'est que l'hiver ;
Viens. Entrons dans ce bouge, entrons dans cet enfer.
Vois le pauvre chez lui : vois tous ces enfants pâles
Qu'on berce avec des chants tristes comme les râles.
Vois la table sans pain ; vois le foyer sans feu,
Et regarde, à travers le toit, si tu vois Dieu !...
Le vois tu ?
Je le vois. C'est son bras qui te porte :
C'est sa main qui te guide et t'ouvre cette porte.
Ce qui met dans ton cœur ce sentiment humain,
Cet amour pour le pauvre, ô mon fils, c'est sa main !
Mais l'hiver n'a t il donc qu'heures ternes et sombres,
Et que jours sans lumière, et que nuits pleines d'ombres ?
Que frimas au dehors, au dedans que douleurs ?
N'a-t-il donc pas de fruits ? N'a-t-il donc pas de fleurs ?
Est-il stérile ?...
Non : Pour les grands de ce monde,
C'est la saison superbe et la saison féconde :
Leurs serres ont des fleurs et des fruits sans pareils ;
Leurs palais, des flambeaux plus beaux que des soleils ;
Des chambres de velours, si douces, si soyeuses,
Si chaudes, qu'elles sont de l'hiver oublieuses ;
De merveilleux banquets, miraculeux à voir,
Qui finissent le jour et commencent le soir.
Viens ! laissons là le riche. —
Entr'ouvre la fenêtre.
Viens voir l'hiver du pauvre et quitte ton bien-être.
Ecoute l'ouragan et quitte ton salon,
Pour aller, à travers la neige et l'aquilon,
Secourir la misère et porter ton aumône.
Obéis à la voix d'en haut qui te dit : — Donne ! —
Donne !...
Celui qui meurt de faim dans son grenier,
C'est ton frère. Ton Dieu défend de le nier.
Celui qui meurt de froid et râle sur la cendre,
C'est ton frère. Ton Dieu l'ordonne de l'entendre.
Nourris le, mon enfant ; réchauffe-le... Si peu
Que tu fasses, tu vas obéir à ton Dieu.
Madame A PENQUER. [épouse du maire de Brest NDLR]
Brest, le 9 Janvier 1880
Le Finistère du 17 janvier 1880
Alexandrine Françoise Éloïse Léocadie Hersent-Penquer poétesse ayant fréquenté
à Paris Victor Hugo, Lamartine, de Hérédia, Leconte de Lisle... Elle ouvre
un salon littéraire au 16 rue du Château à Brest, soit son domicile.
affaires civiles
Histoire de l'école à Brest • Promesses de mariage • Marché de Brest • Guano • Le lycée de Brest • Prise du théâtre de Brest par les baïonnettes de l'armée • Procès outrage public à la pudeur • Manifestation au port • Pétition contre les jésuites • Laïcisation • Denier des écoles chrétiennes • Statue d'Urbain II • Nathalie Duval Le Mel • Colons libres • Légion d'honneur indue • Cimetière • Place de la Liberté • Accidents • Accidents mortels • Morts de rue • Portefaix • Boucherie chevaline • Cheval • Câble transatlantique • Télégraphe • Transatlantique • Féminicide • Violences • Condition des femmes • Petit couvent • Prostitution • Enfants abandonnés • Mendicité • Travail des enfants • Monarchiste • Personnalités débarquées • Personnalités reconnues • Leroy de Keraniou • Suicides • Epidémies • Recrutements civils • Laïcité • Météo • Affaires et faits civils • Rue des Sept-Saints
°°°
Pages récentes : Histoire de l'école • Promesses de mariage • Guano • Le lycée de Brest • Affaires militaires diverses • Petit couvent • Ecole navale • Prostitution • Prise du théâtre de Brest par les baïonnettes de l'armée • Le malheur des douves • Enfants abandonnés • Statue du pape Urbain II • Boucherie chevaline • Versement des pensions de retraite • Le câble transatlantique • Le denier des écoles chrétiennes • La condition des filles au 19ème siècle • Délégations et personnalités japonaises • La fête du 14 juillet 1889 à Brest : le scandale politique • Escadre mobile en manœuvre • Accidents de la circulation • Les idées politiques monarchistes • Société de secours aux blessés militaires du Tonkin • Laïcisation des écoles primaires • L'extinction de la mendicité • 19è RI