La ville de Brest
fut créée artificiellement par une décision royale sous l'influence de
Colbert. Le hameau d'alors, à l'ombre d'un château féodal, devait devenir
une cité fortifiée pour accueillir un arsenal
et développer ainsi une marine militaire de haute intensité. Une marée
militaire a donc drainé une population civile croissante en quête d'emplois
stables. Qui dit familles, dit enfants et donc éducation, du moins l'entend-on
ainsi… Les choses s'installeront dans une inégalité complète car seules
les familles aisées (négociants, nobliaux, juristes…) auront accès à l'enseignement
par le biais de cours privés payants soit par un seul précepteur, pour
un enfant à domicile par exemple, soit dans une pièce d'une maison privée
réputée qui regroupe quelques élèves masculins bien choisis et rémunérateurs.
Les filles ont cours à
domicile exclusivement et l'exigence de niveau s'arrête à savoir lire
et écrire et connaître l'art du paraître. Pas question qu'une future femme
ait une opinion sociétale incompatible avec sa condition de future épouse
docile sans travail.
Les enseignants sont souvent issus des rangs religieux, de près ou de
loin (anciens séminaristes par exemple), pour certifier de la bonne moralité
de l'apprentissage. Sinon ce sont encore des veuves d'un bon milieu (femmes
d'officier ou assimilé) qui s'improvisent enseignantes afin d'améliorer
leurs revenus et ceci après avoir reçu une certification tacite des prêtres
locaux. En effet ces femmes doivent avoir une fréquentation assidue de
l'église de leur quartier et pratiquer la confession régulièrement avant
d'enseigner grâce à des ouvrages ayant reçu l'agrément de l'évêché. Rousseau
est décadent, Darwin est diabolique...
Dans la ville en grand développement durant le 18ème siècle, le roi Louis
XIV - 14 - impose la présence de jésuites rémunérés pour constituer un
ferment de salubrité morale. Plus tard, viendra une première école souhaitée
par la ville en 1746 dont l'enseignement gratuit dispensé sera confié
aux Frères de la doctrine chrétienne, dans une maison communale. Ces derniers
sont rémunérés par la ville et les cours sont destinés aux garçons dont
les destins envisageables seront ceux des soldats ou des prêtres. Le privilège
d'être éduqué est à ce prix. Cette dualité va survivre jusqu'à la fin
du 19ème siècle, jusqu'à la réelle démocratisation de l'école laïque.
La lutte d'influence entre l'armée et l'église se répercutera sur la gestion
politique de la municipalité qui fera le grand écart entre deux institutions
gourmandes en rayonnements existentiels. Le Lycée
de Brest fut construit sur les terres de l'Eglise, un symbole fort.
Quoiqu'il en soit, cette première école des Frères de Recouvrance connaîtra
au plus fort de son activité 500 élèves et sera dissoute en 1790 à cause
de l'exclusion du clergé par la Révolution.
La résultante éducative de cette Révolution de 1789 est qu'il s'ensuit
deux écoles prétendument laïques dont une pour les filles en 1791 mais
avec du personnel congréganiste brestois. Avantage significatif, les élèves
pauvres sont accueillis sans restriction, c'est à dire sans que le parcours
religieux des parents ne soient examinés. La ville paie les frais de base
et des dons privés améliorent l'ordinaire jusqu'en 1881 pour l'application
de la gratuité de l'école, et en 1882 pour une laïcité complète et non
déguisée comme auparavant. Esprit de laïcité, en dehors de tout cadre
légal insufflé par l'émergence nationale des partis républicains : la
Ligue de l'enseignement, est créée en 1870 à Brest. Une association laïque
pure et dure en influence auprès de la municipalité qui va prendre des
arrêtés interdisant l'exercice de l'enseignement par des religieux et
tout particulièrement les jésuites. C'est cela ou des manifestations
houleuses dans les rues et des heurts jusqu'au théâtre,
circonscrits par une force armée régimentaire de la place.
Entre temps, compte tenu de la pauvreté de la ville, de l'occupation des
mains d'œuvre, pour faciliter le travail des femmes, les enfants à partir
de 2 ans sont accueillis dans une salle d'asile sur dons privés et sur
les fonds inutilisés d'une campagne anticholérique. Les enfants y sont
partiellement enseignés et surtout à l'abri de la rue jusqu'à 7 ans. Au
delà un enfant
est susceptible d'être employé dans le privé ou des sous-traitants de
l'armée. L'armée attend aussi les plus jeunes pour son école
des mousses.
Les relations alambiquées de l'armée royale et du clergé royaliste ont
notoirement influencé l'enseignement brestois. L'armée du roi, représentation
de Dieu en France, a permis à l'Eglise de s'immiscer dans la société avant
que la république ne se débarrasse du clergé encore présent à l'assemblée
nationale jusqu'à la loi de la séparation de l'église et de l'état de
1902. L'armée devenue pleinement républicaine se rangea du côté de la
laïcité, pour certains officiers, contre nature néanmoins...
Une autre guerre allait s'ouvrir entre l'enseignement privé catholique
et l'enseignement public. En Bretagne, l'enseignement catholique gagna
aisément malgré l'attente populaire républicaine. Un métissage sociétal
que les politiques ne purent refreiner car les catholiques étaient d'excellents
électeurs fidèles que l'on ne trouvaient pas dans les rangs des électeurs
progressistes anticléricaux toujours en contestations diffuses jusqu'à
l'étourdissement et le tumulte que l'on assimilait tôt ou tard au chaos
sanglant…
B R E S T . — L'incendie de l'école des frères de
Recouvrance a occasionné pour une vingtaine de mille francs de dégâts
; la perte est couverte par une assurance. Cet édifice communal servait
depuis quelques jours à loger des réservistes du 19ème
de ligne. Le feu a pris, on ne sait comment, dans les combles, qui
étaient inoccupés. Toute idée de malveillance doit être certainement écartée.
Deux frères, un pompier et un soldat ont été légèrement blessés.
S A I N T - P I E R R E - D E - Q U I L B I G N O N . — Les conseillers
municipaux de St-Pierre ont décidé l'achat, par cotisation personnelle,
d'un buste de la République qui sera placé dans la salle des séances du
conseil. Ils se sont aussi occupés de la réorganisation de la bibliothèque
populaire. Cette question, qui est d'un grand intérêt au point de vue
de la propagation de l'instruction, sera activement étudiée - Deux écoles
laïques de filles, celles de Mme Leven et de Mme Gargam, viennent d'être
érigées en écoles communales.
Le Finistère du 5 mars 1879
L A M B E Z E L L E C . — L'Union Républicaine
a reçu du maire de Lambézellec la note suivante :
« Le journal l'Océan imprime, à la date du
19 avril, un article ainsi conçu :
« On lit dans l'Union, de Paris :
On nous signale de Lambézellec. (Finistère),
un fait aussi curieux que consolant. Les ressources locales n'ont pas permis d'organiser
l'enseignement gratuit dans les écoles congréganistes libres, et cependant l'école des
Frères compte, déjà 250 élèves.
Ainsi, les pères de famille, qui ont à leur
disposition trois écoles laïques gratuites, préfèrent payer et donner à leurs enfants une
instruction religieuse sérieuse.
L'Union, de Paris, devrait bien prier son
correspondant de ne lui envoyer que des nouvelles vraies.
La gratuité n'a jamais existé, malheureusement, à Lambézellec. La rétribution scolaire
est fixée à 1 fr. 50 par mois. Les indigents sont
admis gratuitement, mais alors la commune
paie aux institutrices, dont deux sont congréganistes, 0 fr 75 par mois et par enfant.
Nos écoles ont perdu quatre élèves depuis
l'ouverture de l'école libre tenue par les frères ;
ce sont des enfants que nous avons renvoyés
parce qu'ils étaient admis gratuitement dans
nos écoles et qu'ils avaient des frères ainés placés chez les congréganistes. 0 comme le dit le
correspondant de l'Océan, l'instruction n'est
pas gratuite chez les frères. Ils auraient donc
reçu un salaire, et, nous, nous aurions fourni
l'instruction pour rien. C'eût été par trop de
simplicité.
Que l'Océan prie donc son correspondant
et son confrère de Paris de rester dans le vrai ;
c'est plus honnête. »
Le Finistère du 24 avril 1880
B R E S T . — Dans sa séance du mardi dernier, le Conseil municipal a émis, à la majorité de 15 voix
contre 7, un vœu tendant à la laïcisation des
écoles communales.
Le Finistère du 22 mai 1880
Écoles de filles. — Toutes les
communes, sans exception, doivent
avoir des écoles primaires de filles,
publiques et gratuites.
M. le Ministre de l'instruction publique vient d'adresser aux préfets la
circulaire suivante :
« Monsieur le Préfet,
» Les rapports de MM. les Inspecteurs généraux de l'enseignement primaire m'ont signalé, dans un certain nombre de départements une situation à laquelle les lois récentes m'obligent à mettre un terme.
»
Certaines communes, importantes par
le chiffre de la population, n'ont, jusqu'à
présent, au lieu d'écoles publiques de filles,
que des classes gratuites, ouvertes soit dans
des écoles réputées communales, soit dans
les écoles libres tenant lieu d'écoles publiques. Сев classes sont confiées, moyennant
uue subvention généralement très-faible, à
une congrégation qui dirige dans la même
commune des écoles libres payantes. Ni la
lettre, ni l'esprit de la loi ne me permettent
de considérer désormais comme remplissant
leurs obligations légales, les communes qui
ont recours à ce mode d'enseignement au
rabais.
» Les rapports de l'inspection générale
sont aussi explicites qu'unanimes dans l'appréciation de ces "classes des pauvres",
annexées par charité aux écoles que fréquentent les enfants de familles aisées. Tous les
inconvénients qui résultaient de la division
des élèves de l'école publique en payants et
gratuits reparaissent dans cette combinaison, et ils reparaissent singulièrement aggravés, parce que les enfants pauvres n'ont
même plus de contact avec les autres, qu'on
ne leur donne ni les mêmes maîtres, ni les
mêmes leçons, enfin paree qu'il est de l'intérêt de la congrégation religieuse qui dirige
les deux établissements de ne faire faire
concurrence à elle-même ni de ne pas affaiblir le prestige de son école libre payante en
élevant, comme ce serait son devoir, l'école
communale gratuile à un égal degré de
prospérité.
» D'autre part, les raisons qui ont fait
longtemps tolérer cet état de choses, c'est-à-dire la pénurie des ressources communales
et l'économie, parfois considérable, que réalisait la commune en se dispensant d'entretenir une véritable école publique, ont aujourd'hui entièrement disparu. Qu'elle ait
une école ou deux, qu'elle ait deux instituteurs ou qu'elle en ait dix, la commune n'a
pas désormais à payer davantage ; sa contribution se réduit uniformément aux 4 centimes obligatoires. Le prélèvement même
sur ses revenus ordinaires, dont elle est redevable en principe, est aboli en fait, grâce
aux libéralités du Parlement, de sorte que
se sont les fonds de subvention de l'Etat qui
supportent tous les accroissements de la dépense scolaire annuelle.
» Dans ces conditions, la commune étant
désintéressée dans la question des frais d'entretien, et la responsabilité de l'exécution de
la loi incombant désormais à l'Etat, je ne
puis que vous recommander d'une façon
pressante le plus prompt retour possible à
un état de choses régulier, c'est-à-dire l'établissement d'une école publique de filles, indé-
pendante de l'école libre payante, dans toutes
les communes qui, par économie ou par tout
autre motif, se sont jusqu'à présent soustraites à l'application de la loi.»
M. le Ministre termine en disant que
rien ne doit arrêter les préfets duns la
mise a exécution de cette mesure,
grâce à laquelle toutes les communes
finiront pourtant par être dotées d'écoles publiques pour les filles.
Traitement des Instituteurs.
Le ministre de l'instruction publique
vient d'adresser aux préfets une circulaire qui concerne le traitement des
instituteurs et des adjoints.
Cette circulaire établit que tous les
instituteurs, titulaires ou adjoints, devront toucher le traitement le plus
élevé dont ils auront joui, dans n'importe quel poste, pendant les trois dernières années, tant qu'ils resteront
dans la commune où ils exerçaient un
moment de la promulgation de la loi
nouvelle. Quant aux instituteurs déplacés depuis la promulgation de la loi de
1881, ou qui le seront dans l'avenir
ils ne pourront prétendre qu'aux émoluments déterminés par les art. 9 de
la loi du 10 avril 1867 et 1er de la loi
du 19 juillet 1875.
La mesure dont il vient d'être parlé
est applicable aux instituteurs adjoints
devenus titulaires depuis moins de trois
ans, aux maires nommés sur leur demande dans dos écoles gratuites, et qui
ont accepté, de fait, un traitement inférieur à celui dont ils jouissaient antérieurement dans une école payante, et
enfin à ceux qui auraient été l'objet
d'une disgrâce, sauf le cas où l'autorité
départementale jugerait à propos de les
changer de résidence.
Le Finistère du 5 octobre 1881
B R E S T . — M. le Ministre de la Marine
s'est entendu avec son collègue de l'Instruction publique pour que désormais la direction de l'enseignement soit confiée à des maîtres laïques à l'Ecole des pupilles de la
marine.
— Le ministre de la marine s'occupe activement de réorganiser l'Ecole des mécaniciens
de Brest.
Le Finistère du 10 décembre 1881
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