Le Lycée de Brest ou "Grand Lycée" d'antan

Le décret du 28 septembre 1848, autorise la municipalité de Brest d'élevé à la place du Collège Prince de Joinville (1839-1848), un lycée "moderne" sur les anciens terrains de l'Eglise dit du Petit Couvent. Le nouvel établissement de Brest constitue l'orgueil local de l'enseignement au service de la patrie... Les bâtiments et annexes sont détruits sous les bombardements alliés de la seconde guerre mondiale lors de la Libération en 1944. L'enseignement se fait dès lors dans des baraques (sur les terrains du Lycée de l'Harteloire aujourd'hui) jusqu'à ce que de nouveaux lycées reprennent le flambeau, cette fois sans aucune influence de l'Eglise...

B R E S T . — Lundi matin a eu lieu la distribution des prix aux élèves du Lycée de Brest. Cette cérémonie, dit l'Union Républicaine, a été cette année tout particulièrement brillante. M. le vice-amiral Bourgeois, préfet maritime, qui présidait, a prononcé à cette occasion un discours fort remarquable, dont nous nous ferons un plaisir de publier quelques extraits. Contrairement à ce qui s'est passé à Quimper, on a remarqué à Brest, dans le cortège officiel, le vénérable curé de Saint-Louis et plusieurs autres membres du clergé.

Le Finistère du 10 août 1878

B R E S T . — Voici le passage le plus remarquable du discours prononcé le 5 août par M l'amiral Bourgois, préfet maritime, à la distribution des prix du lycée de Brest : L'armée et la marine étudient et travaillent, mais sans pensée agressive et pour obéir à la loi du progrès, dont aucun service public ne peut s'affranchir. Aucun danger présent ne menace la paix de l'Europe et les étrangers continuent de se presser en foule aux portes de notre Exposition, éclatant témoignage de la vitalité et de la puissance productive de notre beau pays. Il serait cependant téméraire d'espérer que nous venons d'assister aux dernières secousses des ébranlements produits par les dernières guerres. De nouvelles épreuves nous attendent peut-être ; mais j'ai foi dans l'avenir du pays, parce que j'ai confiance en cette jeunesse studieuse qui m'écoute, qui a connu nos malheurs, au moins par les récits de famille, et qui, comme le pays entier, s'est mûrie à leur école. Jeunes élèves, lorsque viendra pour vous le moment de lui payer votre dette par le service militaire obligatoire, vous imiterez l'esprit de sacrifice et de dévouement que montrent chaque jour, les plus simples citoyens appelés à tout quitter pour servir dans les contingents annuels de la réserve et de l'armée territoriale. Vous oublierez alors les funestes divisions de classe et de parti pour n'obéir qu'à la voix du devoir et du patriotisme, et vous contribuerez ainsi à donner à la France, en échange de ses frontières perdues, d'autres frontières plus sûres que les montagnes et les fleuves, le rempart de millions de bras et de cœurs unis sous un même drapeau et une même discipline, dans un môme sentiment d'amour du pays et de dévouement aux institutions républicaines qu'il s'est librement données.

Tous les journaux républicains de Paris, sans exception, ont reproduit ces belles et éloquentes paroles en les accompagnant des commentaires les plus flatteurs.

Le Finistère du 14 août 1878

B R E S T . — Il ne s'agit plus pour le lycée de Brest de deux, mais bien de trois nominations au concours général des lycées et collèges de France. L'élève Doux, de rhétorique, qui a le 4ème (et non le 5ème) accessit de version grecque, a également obtenu le 8ème accessit de discours latin.
Dans la comparaison entre les résultats du concours des départements et ceux du concours de Paris, l'élève Nollet, de Brest, qui a obtenu un accessit de physique et chimie, arrive à un rang des plus honorables et n'a que très peu de Parisiens avant lui.
Seul, dans l'Académie de Rennes, Laval, a, comme Brest, trois nominations, dont deux excellentes attribuées au même élève. Angers et Nantes n'ont qu'une nomination ; Rennes. Lorient, Pontivy et Saint-Brieuc ne sont pas nommés.

Le Finistère du 14 août 1880

B R E S T . — Le chiffre des élèves présents à la rentrée du lycée de Brest dépasse 700. Cette affluence a eu pour résultat de faire créer de nouveaux dortoirs ; mais les locaux ne suffisent pas, et l'on est dans l'obligation de refuser des élèves.

Le Finistère du 9 octobre 1880

B R E S T . — Au lycée de Brest, dont nous avons annoncé la brillante rentrée, on remarque parmi les nouveaux élèves un grand nombre de transfuges de l'établissement d'enseignement secondaire tenu naguère par les Jésuites, sous le titre d'Institution de Notre-Dame de Bon-Secours.
L'Océan [presse monarchique locale NDLR] annonce que lu rentrée de cet établissement vient aussi de s'effectuer sous la direction de M. Péner et des autres prête-noms que les Jésuites ont réussi à se substituer. En constatant les vides qui se sont produits dans les rangs des élèves, l'Océan se donne cette consolation facile : « Ce ne sont pas toujours les nombreuses légions qui remportent les plus belles victoires, mais les plus disciplinées, les plus morales, les plus héroïques. »
Laissons à l'Océan ses illusions et sa confiance dans la moralité de l'enseignement jésuitique, il nous suffit de savoir que cet avis est de moins en moins partagé par les familles.

Le Finistère du 13 octobre 1880

B R E S T . — Nous apprenons avec un vif plaisir, dit l'Union Républicaine, qu'un élève de philosophie du Lycée de Brest vient d'accomplir un acte de courage, en sauvant un baigneur imprudent, qui était sur le point de se noyer.
Mardi soir, vers quatre heures et demie, un employé anglais du câble transatlantique se baignait au Gaz. Il s'était aventuré trop au large, au milieu des herbes de fond, très dangereuses en cet endroit. Les forces lui manquèrent. Après beaucoup d'efforts, il faiblissait et avait déjà la tête sous l'eau, lorsque le jeune lycéen put l'atteindre, le saisir et le ramener sur le bord. Le malheureux, qui était évanoui, reçut des secours empressés et put revenir à lui.
Nos félicitations sincères à ce brave jeune homme, qui fait honneur à l'Université. On nous accusera d'indiscrétion, si l'on veut, mais nous ne croyons pas pouvoir taire le nom du sauveteur, qui a droit à un témoignage d'éloge public. On nous dit que c'est un élève de philosophie, Yves Plessis.

Le Finistère du 9 juillet 1881

B R E S T . — On nous écrit de Brest :
La distribution des prix du lycée de Brest a eu lieu le 3 août, sous la présidence de M. Camescasse, préfet de police, conseiller d'Etat, désigné au choix du ministre par le vœu unanime de l'administration et des professeurs du lycée. On remarquait au premier rang MM. Lagrange de Langre, préfet du Finistère, revenant de Lauderneau, où il avait présidé la veille la distribution du collège, Cothereau, secrétaire général, Camescasse père, conseiller à la cour de cassation, Penquer, président du conseil général, Bellamy, maire de Brest, Dreux, inspecteur d'Académie, Lozé, le sympathique sous-préfet de Brest, qui, malgré un récent et douloureux accident, a tenu à se faire conduire à cette fête scolaire, de Gasté, député (???) de Brest (rassurez-vous : il n'a pas parlé!), des pro- fesseurs de la Faculté de Rennes, en tournée de baccalauréat, plusieurs amiraux, un seul prêtre étranger au lycée, M. Lucas, aumônier de la marine. L'excellente musique de la flotte a salué l'arrivée des autorités en jouant la Marseillaise, qui a été fort applaudie.
Après le discours d'usage, prononcé par le professeur de philosophie, qui a traité de l'optimisme et du pessimisme, et fait une éclatante profession de foi spiritualiste au nom de cette Université qu'on prétend athée, M. Camescasse a pris la parole et l'a gardée' longtemps au grand plaisir de l'assistance. M. Camescasse est trop bien connu dans le Finistère pour qu'il soit utile de louer, ici cette parole, tantôt si fine dans sa bonhomie, tantôt si entraînante dans sa verve. On a ri de certains traits imprévus et familiers ; on a acclamé certaines déclarations de principes d'une fermeté singulière. Toute la première partie de ce discours a été une invocation tour a tour émue et spirituelle de souvenirs personnels à l'orateur. Il a rappelé qu'il était l'un des plus anciens élèves du lycée, où il était entré, en octobre 1818, lors de l'inauguration des bâtiments, alors que la blancheur des classes était encore éblouissante, que les tables n'avaient pas encore subi les atteintes d'un canif perfide et paresseux, que le granit même, aujourd'hui si noir, affectait quelques légères teintes roses. Mais il a proclamé la supériorité des élèves, ou plutôt des méthodes d'aujourd'hui, plus pratiques, plus attrayantes. Une spirituelle oraison funèbre du vers latin a été couverte de bravos, N'a-t-on fait que supprimer certains travaux inutiles en rajeunissant les autres ? Non. C'est l'esprit même de l'écolier qui s'est transformé en même temps que l'esprit de l'école : le suffrage universel a balayé les préjugés de caste ; les fils des bourgeois, des paysans, des ouvriers se rencontrent sur les mêmes bancs et vivent de la même vie ; l'idée de l'égalité pénètre partout. Que sera-ce lorsque les lois magnifiques sur lesquelles la République vient d'asseoir l'enseignement primaire, auront accompli leur œuvre, et donné tous leurs résultats ? Des écoles primaires, l'élite des élèves passera dans nos collèges et nos lycées. On ne laissera plus improductifs ces trésors d'intelligence que renferment les classes populaires; tous pourront arriver à tout. L'instruction s'étendant de plus en plus, de plus en plus les conditions se rapprocheront, et la véritable démocratie se fondera sur la véritable égalité. D'un bout à l'autre de la France, depuis le plus humble instituteur, jusqu'au savant le plus illustre de l'Institut, l'Université répandra la lumière et la vie.
Elle n'est pas une école de servitude intellectuelle ; son rôle, qui grandit chaque jour, c'est de faire des esprits éclairés et des citoyens, libres, pénétrés des idées de leur temps, habitués à se soumettre à la loi, sans restriction mentale, dévoués à la République.
Nous regrettons de ne pouvoir donner qu'une sèche analyse du discours de M. Camescasse : le public brestois qui l'entendait n'avait qu'un regret, c'est d'applaudir le préfet de police de Paris, au lieu d'acclamer le futur député de Brest.

Le Finistère du 6 août 1881

B R E S T . — M. Camescasse a adressé au Maire de Brest deux lettres qui touchent à des questions importantes pour la ville. Il s'agit, d'une part, de l'unification de la dette de la ville, et, de l'autre, de l'agrandissement du Lycée. Sur le premier point, un projet de loi, autorisant l'unification, sera déposé immédiatement après la rentrée, sur le bureau de la Chambre, et tout porte à croire que ce projet sera volé sans difficulté. Quant au projet d'agrandissement du lycée, satisfaction vieni d'être donnée à la demande de la ville de Brest. « M. le ministre de la guerre vient, dit M. Camescasse, d'envoyer l'ordre de passer le traité définitif de cession des terrains du Petit-Couvent. La municipalité va, dès lors, pouvoir entrer en possession de cet emplacement et continuer les travaux du lycée. »

Le Finistère du 22 octobre 1881

B R E S T . — Dans leur réunion annuelle, les professeurs du lycée de Brest ont émis le vœu suivant, déjà émis, sous une forme analogue, par un certain nombre de lycées et collèges :
« L'Assemblée des professeurs du lycée de Brest,
« Considérant qu'un projet do loi sur la retraite des professeurs de l'enseignement secondaire vient d'être pris en considération par la Chambre, et qu'il est opportun dès lors, en prévision d'un prochain débat, que l'Université exprime son opinion sur un sujet qui touche à ses intérêts les plus essentiels ;
« Considérant que l'Etat prélève une retenue de 5 % sur le traitement de chaque professeur et du douzième sur chaque augmentation de ce même traitement ; mais que, par suite d'une mortalité considérable, bien peu de professeurs arrivent à bénéficier des sommes que la retenue leur a enlevées ;
« Que, sur ce point, le projet de loi nouveau ne réaliserait pas une amélioration notable, puisqu'il est constaté que celle mortalité frappe surtout les professeurs de cinquante à soixante ans, et que le projet de loi propose de fixer à cinquante-cinq ans la limite d'âge ;
« Considérant d'ailleurs qu'il est illogique, en principe, impossible en pratique, après avoir reconnu au fonctionnaire des droits à la retraite, au bout de vingt-cinq ans de services, de le contraindre, s'il en a besoin, à attendre cette retraite dix ans encore,
« Emet le vœu :
« 1° Que toute limite d'âge, indépendante de celle des vingt-cinq ans de services, soit supprimée ;
« 2° Qu'après vingt-cinq ans de services, on ait droit à la moitié du traitement, calculé sur les six années qui auront produit le chiffre le plus élevé, et qu'au-delà des vingt-cinq ans, le chiffre de la retraite puisse proportionnellement s'accroître ;
« 3° Que les intérêts des veuves et des enfants des fonctionnaires morts en activité de service soient sauvegardés par la loi nouvelle. »
Si nous publions ce vœu, c'est que les signataires, avant de le présenter au Conseil académique, désirent propager dans la région de l'Ouest un mouvement qui a pris naissance dans le Midi. On se décide enfin à assimiler les fonctionnaires de l'enseignement secondaire aux fonctionnaires du service actif ; mais on continue à leur imposer un limite d'âge invariable, distincte des vingt-cinq ans de services que l'Etat désormais se contentera d'exiger d'eux. Un simple et triste fait invoqué par les professeurs de Marseille prouvera combien il serait injuste de persévérer dans cette exigence : en dix ans, le lycée de Marseille n'a pas perdu moins de trente fonctionnaires, âgés de cinquante à soixante ans. Si l'Université, sur tous les points du territoire, fait connaître nettement ses vœux, nous avons la confiance qu'ils ne seront pas repoussés par une Chambre où siègent tant d'universitaires.

Le Finistère du 1er mars 1882

B R E S T . — On lit dans l'Union républicaine de jeudi :
Le colonel Riu, commandant de la garde militaire de la Chambre de députés, était hier à Brest.
On sait que l'honorable officier supérieur a été chargé par le ministre de l'instruction publique de faire une inspection dans les lycées au point de vue des exercices militaires et de la gymnastique.
Conformément à ce programme, le colonel Riu a passé l'inspection des élèves du Lycée de Brest.

Le Finistère du 22 avril 1882

B R E S T . — La distribution des prix au lycée de Brest est fixée au jeudi 5 août sous la présidence de M. le vice-amiral Lafont, préfet maritime.
Le discours d'usage sera prononcé par M. Karr, professeur de 3ème.

Le Finistère 22 juillet 1882

B R E S T . — La Chambre des députés, dans la séance de lundi, a adopté le projet de loi suivant : « Article unique. — La ville de Brest est autorisée à emprunter à la caisse des écoles, aux conditions do cet établissement, la somme de 200,000 francs, remboursable en 25 ans, à partir de 1883, sur ses revenus ordinaires, et destinée à concourir, avec d'autres ressources, au payement do la dépense d'acquisition et d'appropriation d'un immeuble pour l'agrandissement du lycée. »

Le Finistère du 9 décembre 1882

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