Arsenal de Brest

B R E S T .— Ce matin à 3 heures 1/2, la mature établie sur le plateau du Parc au Duc, sous le Château, a été abattue, au moyen de fortes cahornes frappées du côté de Recouvrance. Le gréement est tombé en même temps que le système dont tout l'ensemble peut peser de 80 à 100 tonnes. Les navires qui se trouvaient vis-à-vis avaient été déplacés et toutes les précautions prises pour l'abattage de cette masse. Cette machine à mâter, construite en 1681, avait été perfectionnée en 1768 par le capitaine de vaisseau Joseph Petit. L'appareil employé pour la mâture, dit M. Levot, reposait sur un énorme massif de pierre de taille, élevé de sept mètres au dessus, du niveau de l'eau pris dans les basses marées, baigné par la mer, et formait, avec sa surface, un angle rentrant, à la faveur duquel les plus gros navires pouvait s'approcher de la machine. Elle se composait de trois fortes bigues ou mâts d'assemblage, longs d'environs 60 mètres, inclinés de sept à huit mètres, formant avec le niveau de la plateforme, un angle obtus 120 degrés, liés entre eux par de fortes traverses ou chouquets, et profondément implantés dans les massifs. D'énormes haubans ou chaînes, aboutissant au rocher sur lequel est bâti le Château, étaient adhérents à cet appareil, dont ils contribuaient à assurer la solidité. L'inclination des lignes et celle du massif arqué du côté de l'eau dans le sens inverse de la forme extérieurs des vaisseaux qui l'accostaient, avaient été combinés de façon à rendre sûre, facile et prompte l'opération du mâtage.

Le Finistère du 24 juin 1876

°°°

Doneaud Du Plan (Alfred), Histoire de l’Académie de Marine, Paris, Berger-Levrault, 1878.

Le 22 janvier [ 1788 NDLR ], l'Académie perdit son directeur, le capitaine de vaisseau et ingénieur Joseph-Jean Petit, chevalier de Saint-Louis. Il était né à Toulon, le 8 avril 1726. C'était un savant distingué, que sa naissance obscure empêcha seule d'arriver aux grades élevés. C'est sur ses plans et sous sa direction qu'avait été reconstruite en 1768 la belle machine à mater du port de Brest, qui a subsisté pendant longtemps encore, même après l'établissement de la grue Gervaise du viaduc. Membre de l'Association de Cincinnatus, comme Briqueville, Tredern de Lézerec, La Bourdonnaye, Bougainville, Goimpy, le baron d'Arros, le comte Le Bègue, Borda, Flotte-Beuzidou, Granchain, La Prevalaye et Fleuriot de Langle, un des fondateurs de l'Académie de marine en 1752, également ordinaire en !769, il était devenu académicien vétéran, depuis sa mise à la retraite en i785. Travailleur infatigable, il avait fourni à la Société un grand nombre de mémoires, et en avait commencé bien plus encore. On trouva chez lui, écrivait le comte d'Hector, la charge de plusieurs voitures de projets, plans et mémoires, placés depuis la cuisine jusqu'au grenier, sans suite pour la majeure partie, sans ordre ou pas terminés. Quoique le plumitif n'en parle pas, il dut être remplacé jusqu'à la fin de l'année, par le vice-directeur Le Bègue. A la séance du 28 février, on lut la liste des livres de sa bibliothèque, dont la Compagnie désirait faire l'emplette pour l'accroissement de la sienne, ainsi que celle de ses instruments qui pouvaient lui être utile. Après estimation, on compta à ses filles la somme de quatre mille quarante et une livres un sol pour leur acquisition, dont trois mille dix-neuf livres un sol pour les livres, et mille vingt-deux livres pour les instruments. Le 3 avril, les filles de Petit firent remettre à la Société un énorme ballot de soixante-dix volumes manuscrits in-folio. C'était le résultat d'un colossal travail de leur père sur toutes les parties de la marine. Elles laissèrent à la Compagnie la liberté de les examiner, et d'en retenir ce qu'elle jugerait convenable. L'Assemblée ayant reconnu que ces manuscrits, fruit d'un travail suivi pendant un grand nombre d'années, contenaient, pour la plupart, quantité de choses utiles, en conserva la valeur de quinze à dix-huit volumes in-folio, qui sont encore pour la plupart à la bibliothèque du port, et en retour, d'après une délibération unanime, elle prit la résolution d'en informer le ministre, et de le prier « d'honorer ces demoiselles de sa bienveillance, et de leur donner les preuves qu'il jugerait les plus convenables à leur situation, que ces travaux et particulièrement nombre d'autres aussi relatifs à la marine, auquel M. leur père avait sacrifié sa fortune, avaient rendue très gênée, en sorte qu'elles se trouvaient presque sans ressources. Le 18 décembre, la Compagnie, n'ayant pas reçu de réponse à sa première lettre, arrêta d'écrire de nouveau à La Luzerne, en faveur des filles de son ancien directeur. Nous doutons que, vu les circonstances, sa demande ait pu être accueillie.

Outre la multiplicité de ses embarquements et sa participation à différentes expéditions militaires de marine, Joseph Jean Petit fait partie des ingénieurs significatifs qui ont contribué à la construction, évolution et adaptation de l'arsenal de Brest. Un arsenal est une grande entreprise nécessitant des compétences techniques qui, à défaut d'école, qualifie alors une transmission empirique, puis le talent personnel contribuant à la modernité.

Sinon, une grue à mâter n'avait pratiquement plus d'usage militaire à la fin du 19ème siècle. Les vaisseaux motorisés, après une génération de navires mixtes, voiles et moteur, perdent les mâts au bénéfice de cheminées.

B R E S T . — Le 20 avril, vers midi, le nommé Nezou (Auguste), ouvrier charpentier de l'arsenal, étant occupé à bord du croiseur en construction l'Iphigénie, est tombé d'une hauteur de 5 mètres environ du faux-pont dans la cale de ce bâtiment.
Relevé sans connaissance, ce malheureux a été transporté à l'hôpital maritime, où il a succombé dans la soirée

Le Finistère du 1er mai 1880

B R E S T . — Mercredi, vers une heure 1/2 environ, à la reprise du travail, le nommé Boulch, ouvrier riveur, occupé à bord du vaisseau le Bayard, est tombé du pont dans la cale du navire, par l'un des panneaux. Quand on l'a relevé, il ne donnait plus aucun signe de vie. Boulch, qui appartient au corps des pompiers de la ville, laisse une veuve et deux enfants.

Le Finistère du 21 août 1880

B R E S T . — Jeudi, vers 2 heures de l'après-midi, le nommé Plusquellec, Jean-François, journalier au port, à l'atelier des machines (constructions navales), a été saisi par un arbre de transmission et entraîné pondant au moins cinquante tours avant qu'on eut pu arrêter la machine, ses jambes venant à chaque tour frapper la muraille. Il a été transporté â l'hôpital maritime où on l'a trouvé atteint d'une fracture compliquée de plaie de la cuisse droite, de broiement de la malléole externe du même côté, avec plaie, de fractures et plaies multiples aux deux pieds. Lésions internes probables. Il est mort le soir même, à 7 heures.

Le Finistère du 3 mars 1886

B R E S T . — Dimanche dernier, vers dix heures du soir, le feu a pris à l'arsenal de Brest, dans les bureaux de la direction d'artillerie. La population et les troupes se sont portées en toute hâte vers le lieu du sinistre. Deux pompes à vapeur ont été mises en mouvement et une heure après on était maître du feu. On avait de grandes craintes pour les magasins qui avoisinaient le bâtiment incendié. Ils ont pu heureusement être préservés. L'intérieur seul de ce bâtiment a brûlé. L'amiral Dubarquois et la plupart des chefs de service du port n'ont quitté le lieu du sinistre que lorsque tout danger a été conjuré.

Le Finistère du 22 décembre 1886

L'arsenal de Brest fut un bastillon du socialisme ouvrier à faire trembler, avec les autres arsenaux fançais, les gouvernements.

affaires militaires

Torpille • Présences russes • Réservistes • Arsenal • Ecole des mousses • Armée - Clergé • Emprise militaire • 1752 académie de marine • Fait divers des clairons • Influence de la guerre de 1870 • Etat de siège • Ration de viande • Travaux du port • Société de secours • 14 juillet • 19e RI • Déserteurs • Drames d'embarquements • Lancements • Escadre mobile • Pertes de navires • Enfants de troupe • Ecole navale • Hôpital de la marine Informations militaires • Prince japonais • Retraite • Service • Douves • Destructions des canons • Incendies • Affaires militaires diverses

Affaires civiles

°°°

Pages récentes : Quelques préfets • Catastrophe aérienne en ballon • Le socialisme d'antan • Assises • Législatives • Fausse monnaie • Histoire de l'école • Promesses de mariage • Guano • Le lycée de Brest • Affaires militaires diverses • Petit couvent • Ecole navale • Prostitution • Prise du théâtre de Brest par les baïonnettes de l'armée • Le malheur des douves • Enfants abandonnés • Statue du pape Urbain II • Boucherie chevaline • Versement des pensions de retraite • Le câble transatlantique • Le denier des écoles chrétiennes • La condition des filles au 19ème siècle • Délégations et personnalités japonaises • La fête du 14 juillet 1889 à Brest : le scandale politique • Escadre mobile en manœuvre • Accidents de la circulation • Les idées politiques monarchistes • Société de secours aux blessés militaires du Tonkin • Laïcisation des écoles primaires • L'extinction de la mendicité • 19è RI



°°°

© 2012-2026