B R E S T . — 30 mars 1876 a eu lieu l'inauguration, du
cercle des officiers de l'armée de terre, auquel ont été affectés les
bâtiments du Petit Couvent jadis occupé par l'état-major de la place.
M. le vice-amiral, préfet maritime, le major général, M. le maire de Brest,
MM. les chefs de service, un officier de chaque grade des différents corps
de la marine ainsi que les officiers des sapeurs-pompiers avaient été
invités et étaient présents à cette soirée. A l'heure des discours, M.
le maire de la ville de Brest a remercié MM. les officiers de la ville
de Brest des sympathies qu'ils venaient de manifester pour la population
en invitant le premier magistrat de la cité, leur représentant naturel,
à leur réunion. Il a rappelé combien avaient toujours été cordiales les
relations entre les habitants et les troupes, et il a uni ses vœux à ceux
de l'assistance pour la prospérité du cercle. Durant cette soirée la musique
du 19è de ligne a joué dans
le jardin du Petit Couvent les plus beaux morceaux de son répertoire.
Le Finistère du 5 avril 1876
Une harmonie entre les représentants militaires et la représentation civile à l'occasion de l'ouverture du cercle des officiers. Le maire cite les relations cordiales entre les troupes et les habitants et oublie les éclats de force, les troubles, incidents et accidents entre civils et militaires, le surcroît de prostitution, etc.
B R E S T. — On lit dans l'Electeur [ presse républicaine
NDLR ] : Si nous sommes bien informé — et nous croyons l'être, M. le ministre
de la marine à écrit ces jours derniers à M. le préfet maritime de Brest,
relativement à l'attitude prise par certains officiers sous ses ordres
dans les réunions des Cercles catholiques. Il y a là de graves abus à
réformer. Nous félicitons M. l'amiral Fouricbon* de tenir la main à ce
que ces réformes aient lieu, et nous espérons qu'il saura arriver à la
connaissance exacte de la vérité.
Le Finistère du 19 avril 1876
*Martin Fourichon 1809-1884
Un proche du général Bugeaud lors de la pacification / colonisation de
l'Algérie. Gouverneur de la Guyane 1853-1854. Ministre de la Marine et
des Colonies de 1870 à 1871 et de 1876 à 1877. Député de la Dordogne 1871-1876.
Sénateur inamovible à partir de 1876.
Sans qu'il n'y ait de précisions à propos des troubles provoqués par des officiers de l'armée française lors de réunions des Cercles catholiques à Brest, le fait que le ministre de la Marine soit sollicité pour éclairer la nature des incidents, prouve l'imbrication de l'armée et du clergé dans la société. Si les courants politiques tel que le parti républicain tentent de circonscrire l'influence religieuse dans la République, il semblerait que les militaires ne veuillent pas déplaire à l'Eglise. A noter qu'à cette époque des membres du clergé sont des élus de la République et que leurs tendances conservatrices s'allient très bien à celles des monarchistes espérant toujours la restauration de la royauté.
B R E S T . - M. Floquet, avocat, député de Paris, venu
à Brest mardi dernier pour défendre le Républicain du Finistère [ presse
NDLR ] devant le tribunal, a fait le soir, au profit de différentes œuvres
de bienfaisance, une conférence sur l'Instruction populaire, Cette conférence
a eu lieu dans la salle du Théâtre, et l'impression produite a été excellente,
dit l'Union républicaine, Nous regrettons que le défaut de temps et d'espace
nous empêche de reproduire, d'après notre confrère, le compte rendu de
cette soirée. Mais il est une chose que nous ne pouvons passer sous silence.
Le sujet choisi par M . Floquet — l'instruction populaire, — n'est certainement
pas un sujet séditieux. Pourquoi donc les troupes de la marine et de l'armée
de terre ont-elles été consignées et tenues prêtes à une sortie que personne
provoquait. Ces démonstrations sont regrettables. Elles ne peuvent que
troubler l'ordre. L'Union républicaine proteste énergiquement contré cette
provocation digne des plus beaux jours de l'empire, et dont seuls doivent
: être rendus responsables ceux qui l'ont ordonnée.
Le Finistère du 31 mars 1877
B R E S T . — Les précautions militaires prises à Brest, à l'occasion
de la conférence faite par M. Floquet, ont causé une impression d'étonnement
et une émotion bien faciles à comprendre Il parait que dans cette étonnante
affaire, on n'avait rien oublié, même le plan de bataille, pour le cas
où les troupes auraient été mises en mouvement. L'Union républicaine publie
ce plan, qui consistait à faire envelopper la place d'armes et le théâtre
par des troupes (marins, infanterie de marine et 19è de ligne), parties
de diverses directions pour se concentrer sur ce point. A la division
de marine, trois mille hommes environ étaient consignés, des cartouches
avaient été distribuées ou devaient l'être, et les faisceaux étaient formés.
Ces préparatifs paraissent en vérité bien ridicules, quand on songe qu'il
s'agissait tout bonnement de surveiller quelques centaines d'auditeurs
inoffensifs allant écouter une dissertation plus inoffensive encore sur
l'instruction populaire. Si le désordre avait pu sortir de quelque chose,
c'eût été - évidemment de cet étalage maladroit et inutile de la force
publique; ceux qui exercent l'autorité et qui réclament le respect pour
elle ne se doutent pas combien ils lui font perdre de son sérieux par
de si puériles démonstrations. Heureusement la population n'a répondu
par aucune manifestation à cette manifestation inattendue ; aucun désordre
ne s'est produit, et on n'a eu, par conséquent, aucun prétexte de mettre
à exécution le fameux plan sorti de quelque imagination trop habituée
aux douceurs souveraines de l'état de siège. Il reste à savoir qui a eu
l'honneur de cette conception. Dans un étal normal, dans une période pacifique
comme celle où nous sommes, c'est l'administration civile qui a la garde
et la responsabilité du repos des citoyens ; c'est â elle seule qu'il
appartient de requérir la force armée et de juger les circonstances où
il deviendrait nécessaire d'en faire emploi. Est-ce donc l'administration
civile qui est la coupable en tout ceci ? — Si nous sommes bien informés,
il serait injuste de l'on accuser. C'est en dehors d'elle et à son insu
qu'ont été concertées les mesures qui ont produit un si déplorable effet
: on ajoute même qu'elle avait reçu des assurances qui devaient lui faire
croire que des mesures ne seraient pas prises. Mais alors, qui donc a
pris sur lui la responsabilité de l'incident el de ses suites ? Ce n'est
pas notre rôle de le rechercher : nous nous contenions d'exprimer l'espoir
qu'une autorité supérieure interviendra pour rappeler los auteurs de cette
échauffourée à la vérité de leur mission légale, d'où on les a vus si
étrangement sortir.
Le Finistère 4 avril 1877
L'usage de l'armée n'est pas que militaire à la fin du 19ème siècle, tout comme cela fut sous l'ancien régime, elle est aussi au service du gouvernement qui, dès le moindre risque de confrontation avec la population, use et abuse de la force au nom de l'ordre public. Les évènements des communes en fut l'exemple le plus représentatif, l'armée tirant sur les communards... Mais tout autant sollicitée dans des circonstances plus navrantes que révolutionaires tel que l'assaut d'un théâtre à Brest... Une manifestation aux ports ? La troupe est consignée...
— L'escadre de la Manche, commandée par le contre-amiral
Jaurès [ Constant Jean Louis Benjamin Jaurès 1823 - 1889 républicain modéré
], sénateur, vient de mouiller sur la rade de Brest. Elle y séjournera
jusqu'à l'armement définitif des deux grands cuirassés, le Colbert et
le Friedland. L'escadre sera donc composée des cinq cuirassés de premier
rang : Colbert, Friedland, Suffren, Surveillante, Valeureuse, et de l'aviso
à hélice Hirondelle. On voit que la campagne d'évolution de l'escadre
n'a pas été longue. Elle a commencé deux jours avant le vote de la dissolution,
et a duré juste le temps nécessaire pour éloigner un sénateur républicain
le jour du scrutin, ainsi que l'a fait remarquer à la tribune du Sénat
M. Foucher de Careil.
Le Finistère du 4 juillet 1877
Un sénateur inamovible "flottant", contre-amiral d'escadre... Cousin de Jean Jaurès. Symbole de la présence de l'armée au sénat sous la présidence de la république de Patrice de Mac Mahon, comte de Mac Mahon, 1er duc de Magenta, maréchal de France.
B R E S T . — Mardi ont eu lieu, à deux heures de l'après-midi,
les obsèques de l'honorable M. Bellebon, ancien médecin principal de la
marine, adjoint au maire de Brest, officier de la légion-d'honneur. Une
foule nombreuse et recueillie a accompagné jusqu'à sa dernière demeure
cet homme de bien. Un suprême adieu a été dit au regretté défunt par l'honorable
M. Penquer, maire de Brest.
Le Finistère du 1 septembre 1877
Une présence militaire ou assimilée au conseil municipal auprès d'un maire républicain.
B R E S T . — Dans la séance du Conseil municipal du 20
juin, l'un des conseillers, M. Jehanne, a demandé qu'on appliquât à Brest
la loi qui défend l'exercice des cérémonies extérieures du culte catholique,
et notamment les processions, dans les villes où il existe des temples
destinés à différents cultes. Sur la demande du maire, l'examen de cotte
proposition a été renvoyé par le Conseil à sa session de novembre prochain.
Le Finistère du 10 juillet 1878
B R E S T . — Nous apprenons de source certaine, que malgré les efforts
des plus hauts fonctionnaires de la marine, le ministère vient de refuser
à M. Péner, directeur de l'école libre de Notre-Dame de-Bon-Secours, l'autorisation
qu'il sollicitait de continuer l'an prochain le cours préparatoire au
Borda [ navire école NDLR ] avec les cinq jésuites qu'on lui avait permis
de garder cette année. M. Péner a dû en être avisé hier ou aujourd'hui.
Le Finistère du 16 juillet 1881
B R E S T . — Depuis la prise de possession
de son poste par l'amiral Peyron, récemment
nommé préfet du 2ème arrondissement maritime, et par son ordre, la musique ne joue
plus et ne jouera plus le dimanche à l'église
des pupilles de la marine de Brest.
De plus, le cortège officiel qui se rendait
en grande pompe à cette messe est supprimé.
Le Finistère du 14 janvier 1882
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