ARRONDISSEMENT DE BREST.
B R E S T . — Les diverses fractions du parti républicain paraissaient
s'être mises d'accord pour former une liste unique, à laquelle les cléricaux
n'avaient pas jugé à propos d'en opposer une L'Océan, découragé, avait
été le premier à railler ses amis de leur impuissance ; il avait même
fait à La Fontaine, l'honneur de réimprimer à cette occasion la fable
du Conseil tenu par les rats.
Dans ces conditions, il semblait que l'élection dût aller d'elle-même,
sans secousses et sans difficultés d'aucune sorte. Mais cela ne faisait
pas le compte de certains amateurs d'intrigues, qui mettent tout leur
plaisir et toute leur gloire à contrarier de leur mieux la marche du parti
républicain, auquel ils prétendent appartenir.
Au dépouillement du scrutin de dimanche, on constata que les deux membres
principaux de la municipalité, MM. Penquer, maire et Troude, adjoint,
n'avaient pas réuni un nombre de suffrages suffisant pour être élus.
Ces deux noms seuls restent en ballottage, sur une liste de 84 candidats.
Le nombre des inscrits a Brest est d'environ 42,000 ; il n'y a guère eu
que 8,300 votants.
Nous recevons de Brest la lettre suivante sur ce sujet :
« Monsieur le Rédacteur,
« Le résultat des élections municipales de Brest n'a surpris personne
; quelques-uns seulement ont été attristés : vous allez juger si c'est
sans motifs.
« Une liste dite de conciliation avait été formée ; les deux Journaux
républicains de Brest y avalent adhéré ; on tête, figurait le nom de M.
Penquer, maire, de MM. Bellamy et Troude, adjoints ; un autre des adjoints,
M. Lamarque, était éliminé, sans qu'aucun motif sérieux parut justifier
cette élimination ; mais on était d'accord sur les autres noms ; du moins
les naïfs le croyaient. L'élection du 9 les a détrompés : sur trente-quatre
conseillers à élire, trente-deux ont été élus au premier tour, malgré
le nombre affligeant des abstentions. Seuls, MM. Penquer et Troude échouent
; M. Bellamy n'arrive guère lui-même qu'à la fin de la liste. Aucun doute
n'est donc possible : c est la municipalité toute entière qu'on a voulu
frapper : inscrits officiellement et pour la montre sur la liste des candidats,
les noms du maire et des adjoints étaient rayés en secret. On a réussi
; la victoire est complète. Triste victoire, en vérité, remportée aux
dépens des intérêts républicains, aussi bien que des intérêts municipaux.
« Nous ne parlerons pas des services rendus à Brest par M. Penquer. A
quoi bon ? L'ingratitude semble devoir être élevée par quelques-uns à
la hauteur d'une vertu. Peut- être eut-on pu se demander cependant si
le moment était bien choisi pour s'attaquer, non pas seulement au maire
dévoué et indépendant de la ville de Brest, mais au premier Président
républicain de notre Conseil général, l'élection si disputée de M. Penquer
à la présidence, où il remplaçait M. de Kerjégu, avait été un triomphe
pour la République ; voilà M. de Kerjégu et les monarchistes vengés !
Et par qui ? par ceux qui se prétendent les plus ardents défenseurs de
la République !
« Soit. M. Penquer ne sera plus maire ; est-ce lui, est-ce la ville de
Brest qui doit y perdre ? Un avenir prochain nous le dira. Ses flatteurs
de la veille seront ses détracteurs du lendemain ; mais aussi ceux qui
ne l'ont jamais flatté seront plus à l'aise pour se proclamer avec désintéressement
ses amis. »
Le Finistère du 12 janvier 1881
B R E S T . — MM. Penquer, maire, et Troude, adjoint, dont les noms sont
restés dimanche en ballottage, par suite d'une intrigue que nous avons
mentionnée, adressent la lettre suivante à l'Union républicaine :
« Monsieur le Rédacteur en chef,
« Nous vous prions de vouloir bien faire connaître à nos concitoyens que
nous ne sommes plus candidats au Conseil municipal.
« Nous vous serons reconnaissants de prier le comité de l'Union républicaine
de ne pas présenter à nouveau notre candidature pour l'élection complémentaire
de dimanche.
« Veuillez insérer la présente lettre dans votre prochain numéro, et agréez,
Monsieur le Rédacteur en chef, l'assurance de nos sentiments distingués.
« Docteur Penquer, maire.
« Colonel Troude, adjoint. »
MM. Penquer et Troude ont pris là le seul parti que leur dignité personnelle
pût leur conseiller.
Souhaitons pour los électeurs de Brest qu'ils n'aient pas bientôt à s'apercevoir
qu'ils ont commis une... Inconséquence.
Le Finistère du 15 janvier 1881
B R E S T . — Le conseil municipal a désigné comme maire M. Bellamy. Ce
choix étant accepté par le gouvernement, la nomination de M. Bellamy paraîtra
prochainement à l'Officiel.
Le Finistère 12 février 1881
B R E S T . — L'Officiel vient de publier le décret qui nomme M. Bellamy,
maire de Brest. Nous applaudissons à ce choix, en raison de la haute valeur
et des qualités personnelles de celui qui en est l'objet, et nous le félicitons
d'avoir, en acceptant la mairie de Brest, sacrifié ses convenances personnelles
à l'intérêt général.
Il nous sera permis de rappeler en même temps que c'est sous la présidence,
de M. Bellamy et sur son initiative que le nouveau Conseil municipal a
décerné un témoignage de reconnaissance et de regret à l'ancienne municipalité
dirigée par M. Penquer. La nomination de M. Bellamy est donc un nouvel
hommage rendu à M. Penquer qui, dans l'étrange élection de Brest, aura
eu le beau rôle jusqu'au bout. Ceux qui ont cru le diminuer se trouvent
ainsi avoir travaillé à le grandir. Telle est la morale de cette fâcheuse
histoire, et elle n'était pas inutile à signaler.
Le Finistère 12 février 1881
B R E S T . — Les élections municipales —
Aucun bouleversement, aucune transformation ne résultent pour nos conseils municipaux des élections complémentaires de la dernière quinzaine.
Les ballottages de dimanche ont renouvelé le phénomène du premier
tour : abstentions en masse ; on a peu
voté, mais le vote républicain n'a pas
été pour cela supplanté par un vote
monarchiste ni clérical ; la réaction
n'a pas disputé les positions, même
les plus mal gardées ; il n'y a pas eu
combat ; il n'y a pas eu agitation ; il
n'y a pas eu élan ; il y a eu simplement,
sans effort, maintien des choses.
C'est lassitude, disent les uns ; indifférence, disent les autres ; c'est ennui,
désaffection, refroidissement de l'esprit civique ; c'est désertion de la vie
locale écrasée par la centralisation parisienne. Qu'on cherche, qu' on adopte
les explications qu'on voudra, il faudra bien avouer que c'est confiance ;
car cette prétendue désaffection ne
s'est pas traduite en un abandon du
terrain conquis ; culte prétendue lassitude n'a pas profité aux adversaires du
régime actuel, bien que ceux-ci ne
soient jamais las.
S'il y avait ou la moindre chance de revirement, le moindre espoir pour
eux, on les aurait vus aux aguets , certainement ; tandis qu'ils n'ont
rien essuyé, rien obtenu ; ces votes tranquilles et ces abstentions tranquilles
aussi ont tout laissé en l'état. Nous ne sommes plus dans un temps d'oscillations
politiques, voilà tout ce qu'on peut conclure. L'aiguille du baromètre
reste stationnaire, elle s'arrête au mot calme ; elle marque : Fixité
dans la République.
Le Finistère du 29 avril 1882
B R E S T . — On sait que les élections de
dimanche n'ont pas donné de résultats.
L'Union Républicaine dit qu'en présence
d'une liste réactionnaire, les candidats de
la liste démocratique se retirent, pour qu'il
n'y ait qu'une seule liste républicaine.
Le Finistère du 29 avril 1882
Amable-Emmanuel Troude 1803 - 1885 à Brest (Finistère).
Militaire finissant sa carrière au grade de colonel mais aussi intellectuel
lexicographe, ce qui explique sans doute son positionnement républicain
peu fréquent dans l'armée plutôt légitimiste. Il est le fils du contre-amiral
Aimable Gilles Troude reconnu pour sa participation à la bataille d'Algésiras,
dont une rue de Brest porte le nom.
Charles François Auguste Salaün-Penquer 1809 - 1882 Lesneven - Brest,
docteur en médecine, maire républicain de Brest du 15/05/1871 au 12/02/1881.
Président du conseil général du Finistère de 1880 à 1883. Maire apprécié
mais ses détracteurs républicains le trouvaient trop centriste en tant
que libéral. Les premiers signes du socialisme révolutionnaire apparaissent
à Brest tout particulièrement dans le milieu ouvrier en croissance dans
la ville conduite par l'arsenal
et le port de commerce.
Jean-Baptiste Raymond Louis Eugène Bellamy 1821 - 1902 Bordeaux - Neûchatel,
maire de Brest du 2/12/1881 au 1/02/1884. Démissionnaire suite à un scandale
financier. Le notaire républicain, conseiller régional, est accusé d'abus
de confiance. La communauté protestante, dont il fait partie, tente de
le renflouer et se ruine. Il est condamné à perpétuité par contumace ayant
disparu à temps...
A cette même période, la presqu'île de Crozon est républicaine.
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