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Le Pin maritime, l'arbre invasif de la lande

Ancienne lande d'Argol disparue au profit d'une pinède artificielle.

Cônes femelles – pommes de pin à graines (gauche) & cônes mâles à pollen (droite). A la saison des pollens la presqu'île de Crozon est recouverte d'une poudre jaune soufre.

Un châtaignier tente de trouver la lumière sous deux pins maritimes.

Jeune Pin maritime colonisant une zone herbeuse. Si ce pin parvient à maturité, il n'y aura plus d'herbe et le biotope en sera modifié.

Pousse par section. D'abord la branche avec des aiguilles courtes. Puis une fois la pousse de la section terminée pour l'année, les aiguilles s'agrandissent de 10 à 17 cm selon la santé de l'arbre.

Croissance rapide du Pin maritime, tout d'abord de forme conique durant sa jeunesse puis dégarni du tronc avec un toupet branchu ensuite. Hauteur maximale après 30 ans : 30 mètres. Durée de vie dans de bonnes conditions sanitaires : 50 ans.

Le moindre espoir d'une agriculture prospère en presqu'île de Crozon s'évanouit à la fin du 19ème siècle surtout pour les terres littorales impropres à la culture céréalière ou maraîchère, alors une nouvelle idée germa pour tenter d'obtenir un revenu des terres sablonneuses ou des landes rocailleuses, la culture du Pin maritime par des semis économiques. La rentabilité était affichée : en 20 ans (dans la réalité mieux valait attendre 30 ans) les parcelles ensemencées étaient à maturité pour une coupe de pins adultes de laquelle il fallait compter un bénéfice de 6000 fr l'hectare (estimation 1893). La destination des grumes était même décrite dans des publications spécialisées que la presse reprenait : le débouché était la fabrication d'étais pour les mines anglaises. Les grainetiers y voyaient un nouveau débouché. Le magasin très estimé de l'époque se situait à Brest : M. A. Huon, au 13 rue de Siam. 1,5 fr le kilo de graines de Pin maritime.

Pour mémoire : il a été trouvé des empreintes fossiles de graines de pins en presqu'île de Crozon prouvant qu'une forêt de résineux naturelle exista dans un lointain passé à une période où la presqu'île était émergée durablement avant de replonger sous le niveau de la mer !

Cette fois l'apparition des résineux était donc artificielle. La première génération de l'ère moderne des pins maritimes fut semée vers 1880. La lande vit croître des arbres méconnus que l'on trouva plutôt esthétiques. Esthétiques et appropriés puisque même l'armée, en Roscanvel tout particulièrement, utilisait ce nouveau brise-vue pour masquer des bâtis que trop visibles de la mer pouvant être ciblés par de l'artillerie de marine ennemie.

L'argument de la protection fut repris par l'agriculture. Il était conseillé de faire des semis de pin sur les hauts des falaises pour briser, cette fois, les effets néfastes des vents tempétueux sur les cultures ou sur les pentys – maisons traditionnelles. On pensait alors que les racines des pins consolideraient la falaise elle-même et limiteraient les éboulements. Là encore la réalité était tout autre. Les racines fracturent la roche et augmentent les infiltrations des eaux de ruissellement qui favorisent l'érosion.

Semis en ligne directement dans la lande (des rangs espacés d'1,5m et des graines en ligne espacées d'1m), cette dernière assurant la protection des arbrisseaux. Il fallait prévoir une clôture pour éviter que le rare bétail allât paître dans les landes ensemencées. Pendant une dizaine d'années, l'agriculteur pouvait faucher sa lande avant de la passer au hachoir.

Dans les années 1930, les pins maritimes devinrent un atout touristique avec en premier plan le bois du Kador / Gador dont on en fit des représentations illustrées puis photographiques largement commentées par des écrits dithyrambiques : «  Le bois du Gador,
Le charme spécial de Morgat, ce sont les retraites qu'il assure aux amateurs de solitude : soit les grottes, soit les pinèdes qui coiffent les hauteurs du Gador. Ici, dans la senteur balsamique des pins, on peut couler des heures exquises. Les arbres sont si pressés qu'on n'aperçoit plus le ciel. Lumière de parasol vert. Sol de mousse, de fougères, de brindilles sèches. Ailes froufroutantes, cliquetis d'insectes. Le moindre bruit acquiert de l'importance, devient irrespectueux, comme dans une cathédrale. Seul le silence convient ici.
Pierre Avez. Dépêche de Brest. 10/08/1929. »

A la même période, le semis fut quelque peu mis de côté par les propriétaires qui en avaient les moyens. Des potets – petits pots – comportant un jeune plant étaient livrés par milliers après un voyage en train provenant de pépinières. La plantation offrait un meilleur rendement de 6000 plants à l'hectare au lieu de 4000 en cas de semis et ceci dans le meilleur des cas. La Société forestière scolaire et post-scolaire de Scrignac (Sud-Est de Morlaix) « boisait » le Finistère avec ses plantules. Les particuliers membres de l'organisme passaient commande : Mr Bouvron d'Argol reçut en port dû 15000 potets à Argol en 1931. 15000 pins de 20 cm de hauteur qu'il fallut mettre en terre à l'automne suivant.

Après l'engouement, quelques inquiétudes. Le pin flambait comme une allumette. On commença à signaler les premiers incendies catastrophiques dont celui du bois du Kador en août 1937... Un mégot avait-on dit.

Il était déjà trop tard pour circonscrire la répartition galopante des pins qui débordait des parcelles initiales. Semis naturels à tout vent, chaque arbre disséminait des centaines de graines portées à plusieurs dizaines de mètres, la plupart atteignant un sol humide propice à la germination...

Des vols de coupe prirent forme dès que la maturité des boqueteaux arriva. Un délit inconnu jusqu'alors. Un vol de grumes résineuses en pleine guerre (1943) à Morgat secoua les esprits. Le propriétaire porta plainte auprès du procureur de la République au Parquet de Châteaulin.

Les autorités allemandes ordonnèrent de plus en plus de coupes de pins maritimes pour planter des pieux dans les zones probables de parachutages alliés en 1944. Tout homme valide civil fut requis à la tâche. Dans les faits : piètre résultat. Les quantités de pieux exigées pour couvrir des hectares de terres planes dépassaient le nombre d'arbres des zones boisées. Les soldats Allemands sur place n'y croyaient pas davantage et laissèrent l'immense chantier se dégrader sans l'achever vraiment.

Après guerre une nouvelle campagne de boisage fut entreprise. Les anciens massifs de chêne furent remplacés par des résineux (pas uniquement des pins maritimes). Les moindres parcelles exploitables furent semées ou plantées...

Aujourd'hui bien qu'il y eut des programmes de désenrésinement parfois soutenus par la commission européenne, le Pin maritime poursuit sa progression et contribue à la réduction de la lande qui souffre aussi de l'envahissement des fougères, des prunelliers, des ajoncs... Par exemple : coupe sanitaire au Kador après les tempêtes de 2013/2014 en avril 2015. Les tourbières vivent une fin probable avec l'appui des sécheresses...

Actuellement, le Pin maritime est devenu une calamité par l'acidité des aiguilles qui tombent sur un sol où plus rien ne pousse en dehors des fougères et de quelques ronces hardies. L'exploitation des arbres n'est pas rentable car largement contrariée par les exploitations du nordique Pin Sylvestre dont la fibre est moins noueuse. Autrement dit le Pin maritime est un encombrant dont on ne sait que faire.

Le Pin maritime ou Pin des Landes, Pin de Bordeaux, Pin de Corte, Pin mésogéen – Pinus pinaster – est d'origine portugaise et espagnole puis des Landes (France). Dès le 17ème siècle des semis sont organisés pour une exploitation des pins pour la fabrication de goudron – brai – utile à l'étanchéité des embarcations de marine.

Les aiguilles de pin étaient ramassées pour faire un feu doux sous le/la bilig/billig : plaque en fonte circulaire plate pour cuire les crêpes.

La flore de la presqu'île de Crozon

Identification des fleurs sauvages

Changement de couleur des fleurs

Identification des fougères

Sore des fougères

Chêne Vert

Cyprès de Lambert

Pin maritime invasif

Forêt domaniale de Landévennec

Lande

Tourbière de Tromel

Tourbière d'Argol

Ajonc

Pelouse aérohaline

Les plantes du haut de plage

Jonc aigu

Oyat

Orge maritime

Lichen jaune

Lichen noir

Lépiote

Coprin chevelu

Scléroderme commun

Chasmophyte - plante de fissure

Herbiers de zostères - prairie sous-marine

Algue rose encroûtante

Algue Laminaire

Répartition des algues

Restauration de la végétation

Saule osier

Arbre qui penche

Les plantes invasives et le climat

Plante envahissante

Galle de l'érable

Maladies et chenilles du buis

Baies sauvages comestibles ou toxiques

Esule ronde

Pommiers à cidre

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