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L'Arabie Pétrée en pays breton

Des pierres ramassées dans la lande pour en faire des murets de pierres sèches.

Dans la lande, les mégalithes de Lostmarc'h.

Des hameaux disparates, loin de tout. Souvent la solitude y réside...

L'Arabie Pétrée est une colonie romaine du moyen-orient qui était composée du désert du Sinaï (Nord) et approximativement de la Jordanie actuelle. La carte de Léon de Laborde de 1828 indique au Sud de cette province de l'empire romain le désert de l'Egarement. Du temps de Rome, la région moyenne-orientale recensait, entre autres, l'Arabia Felix – l'Arabie Heureuse et l'Arabia Petraea – l'Arabie Pétrée.

Petraea du latin petraeus « qui croît sur les pierres ». Adjectif pétré : rocheux, couvert de pierres.

La Bible relève la luxuriance de l'Arabie Heureuse, et la désolation de l'Arabie Pétrée. L'Arabie Pétrée était donc en fâcheuse réputation de pays rocailleux inhospitalier.

La presqu'île de Crozon fut considérée comme l'Arabie Pétrée par les recteurs, vicaires, curés qui vivaient cet univers de désolation où la seule luxuriance était la lande galopante parmi la rocaille. Pays d'isolement, de solitude, de dépravation (de l'alcool aux mœurs incestueuses ou endogamiques), de pauvreté où seules abondent les pierres jusqu'à n'en plus finir. Une sorte d'enfer terrestre duquel nul ne put sortir sans abattement tant l'avenir était inexistant, tant le conservatisme malsain primait sur les nécessaires évolutions. Si les évolutions cléricales attendues ne ressemblaient en rien aux évolutions économiques souhaitables pour que les presqu'îliens pussent vivre décemment, la spiritualité et la matérialité épousaient l'idée que le territoire souffrait d'une inertie désolante dans laquelle les moindres volontés s'émoussaient. Les hommes d'église voyaient en leur nomination une épreuve de Dieu ou une sanction de leur hiérarchie. Le recteur abbé Delaunay de Telgruc écrivait au milieu du 19ème siècle : « De l'ombre à Telgruc, de l'abri ! Chose inconnue, si ce n'est que quelque oasis, éloignée de trois ou quatre kilomètres, car, du reste, c'est bien l'Arabie Pétrée, comme dit monsieur Keraudy. » Ce dernier était le vicaire général et avait lui aussi largement répandu la notoriété calamiteuse d'une terre sinistre en tout point.

La presqu'île arriérée, paniquée à le venue de l'école pour tous privant les familles des bras des enfants mâles s'intoxiquant de connaissance inutiles à la survie au jour le jour. Quant aux filles, à quoi bon leur apprendre à lire et à écrire, elles étaient des fardeaux dont il fallait se débarrasser par le mariage en cousinage ou en intérêts vitaux relatifs à la gestion de la terre.

Les adolescents fuyaient le pays en s'engageant dans l'armée qui s'avérait être un bon placement en temps de paix. Les adolescentes partaient au couvent ou à Paris faire la bonne avec, en cas de grossesse inattendue, une mise au trottoir dans le quartier du Montparnasse, la petite Bretagne d'alors.

Les municipalités elles-mêmes entretenaient l'isolement par la force des choses, faute de moyens. L'argent manquait pour aménager une fontaine si bien que construire une école devenait un projet de luxe aux aboutissants mal définis. Mais pas seulement, les maires cultivaient la stabilité sachant que l'électeur rechignait aux causes nouvelles.

Il en avait fallu du temps et de la patience pour faire accepter les amendements dans les terres ; utiliser le maërl pour assortir l'usage du goémon...

Bachelot de la Pylaie archéologue du 19ème siècle sillonna la contrée et en rédigea différents constats dont un révélateur parmi d'autres :
« Ce serait un grand bonheur pour cette contrée que quelques cultivateurs des environs de Saint-Pol-de-Léon vinssent s'y établir, car le sol admettrait tout ce qui réussit dans le Léonnais, et de larges bénéfices forceraient la routine à se sortir de sa funeste ornière. »

L'écart entre les vues administratives francophones et les besoins immédiats bretonnants était intersidéral.

L'annuaire du département du Finistère pour l'an XII (12) de la république en démontre toute l'ampleur :
« Crozon n'a pas de promenade publique, à moins qu'on ne veuille donner à ce nom à une petite place, près de l'église, plantée depuis trois ans par l'administration municipale. Une centaine de maisons réunies forment ce que l'on appelle le bourg ; elles sont assez régulièrement bâties.  »

Les presqu'îliens des hameaux dispersés vont à pied, durant des kilomètres en sabots de bois par des chemins boueux, sur la place du marché dont les foires régulières permettaient des rentrées d'argent pour les vendeurs de bestiaux ou de volailles. Il n'est pas certain qu'une allée de promenade, qu'un jardin public fut d'une quelconque utilité si ce n'était pour les agents administratifs, mis en poste d'office, affligés de la modicité des distractions locales qui se limitaient à l'alcoolisme, aux bagarres et aux bals populaires que les curés comparaient à des orgies démoniaques.

Les critiques fusaient et étaient plus acerbes quand elles provenaient d'une autorité cultivée.
Antoine de Mauduit du Plessix, curé de Crozon de 1805 à 1809, écrivit à son évêque le 23 janvier 1806 :
« Il me faudrait de quoi nourrir un cheval et, par conséquent, une pâture  ; et pour de l'argent même, on n'en trouve pas. Si la municipalité se donnait quelque mouvement, il serait assez facile de rentrer en possession des terres appartenantes ci-devant au presbytère, mais comment cela se fera-t-il puisqu'on rechigne pour des réparations urgentes ? Une des réponses favorites, c'est qu'on ne veut pas loger un curé comme un évêque et, en attendant, les planchers sont pourris et on se casse le col dans la maison. Il n'y a qu'un an que je suis à Crozon et j'y ai déjà dépensé du mien de plus de 2000fr. Il est dur de sacrifier son temps, sa santé et sa fortune. Si la mienne me le permettait, il me serait égal où travailler, mais je n'ai pas l'intention de faire des dettes et, en conséquence, s'il n'est pas possible quelque amélioration à ma position, je renonce à Crozon et j'aime à croire que vous ne le trouverez pas mauvais. »
Cette complainte d'un curé de belle lignée quettant du fourrage pour un cheval et quelques décences à son habitat en déliquescence est le reflet d'une société multicentenaires presqu'îlienne.

En remontant le temps, les romains grands colonisateurs et faiseurs de richesses ne parvinrent jamais à faire de la presqu'île de Crozon une terre de fortune civilisée. Pour survivre à leur occupation litigieuse, ils se mêlèrent aux autochtones jusqu'à en absorber leurs coutumes et leurs pauvretés. Quand l'Eglise s’immisça par une conquête spirituelle, elle s'appropria les terres et les doctrines mais appauvrit la pauvreté par une surexploitation des bois et des êtres qui les coupaient. La noblesse « importée » repoussa l'influence cléricale pour s'octroyer des terres à l'abandon pensant faire fructifier des ambitions agricoles qui échouèrent. Les grandes familles revendirent leurs fonciers pour se construire des châteaux dans des localités plus dignes de leurs sorts ou furent ruinées à la Révolution. Ensuite, la bourgeoisie, souvent extérieure à la presqu'île de Crozon, racheta les biens pour en faire des fermages qui ne tinrent leurs promesses. Reventes et émiettements jusqu'à ce que la spéculation immobilière se fit connaître en presqu'île. Ainsi, beaucoup de dépenses pour peu de recettes en tous les siècles de servage ou de République.

Pour revenir au désespoir d'Antoine de Mauduit du Plessix, que vint-il faire en Arabie Pétrée avec sa culture, son bon vivre naturel et son ignorance de ce qu'est la pauvreté endémique. Pauvreté de l'assiette, du toit et de l'espoir. La seule religion indiscutable des habitants de la presqu'île était le fatalisme. Ce qui fut, est et sera... Le Dieu de la tranquillité connut l'ivresse des profondeurs des âmes converties à l'immobilisme. Le curé Mauduit voulait un cheval bien nourri pour galoper vers ses ouailles disséminées sur des milliers d'hectares peu fréquentés. On ne parlait pas alors d'enclavement de la presqu'île, un cheval suffisait à réduire les distances que l'on voulait toujours courtes car on aimait point se déplacer.

Le progrès amena le train, trente ans après le développement national du chemin de fer, celui-ci fut suspendu définitivement alors qu'ailleurs, il prit de l'essor.

Un recteur de Crozon rédigea à qui voulait le lire :
« De pauvres gens habitant un quartier assez dur, sur le bord de la mer, où tout le monde ne se soucie pas d'aller vivre... » et encore « Nos gens se plaisent tellement dans leur endroit natal, que pour tout l'or du monde ils ne voudraient en sortir... … ils n'admettent aucun étranger parmi eux. Il pourrait peut-être mettre le trouble dans cet endroit... »

La contrainte plus que le plaisir, l'obligation de vivre un territoire connu pour son dénuement, plutôt que de s'aventurer dans des terres promises dont le voyage était inabordable et incertain.

Tout ce qui vint de l'extérieur de la presqu'île, que ce fut les hommes ou les progrès, fut une étrangeté mal assimilée par une population prisonnière de sa mise à l'écart du monde.

Aujourd'hui, la presqu'île de Crozon est toujours une Arabie Pétrée même si la lande recule au bénéfice de plantes invasives ; les pierres, les mentalités et l'absence d'évasion possible pour les démunis subsistent. Ni un jardin public, ni un lieu de promenade, pas plus de belles maisons secondaires, ni la fibre optique, n'y changeront rien. Les presqu'îliens ont le culte de la survivance quelle qu'en soit la méthode d'accompagnement ou les écarts de conduite.

Toutes les vagues colonisatrices, romaines, cléricales, nobiliaires, bourgeoises, et désormais immobilières ou touristiques, se sont brisées sur l'état d'esprit presqu'îlien, plus puissant que les républiques les plus averties. Des colonisations qui nourrirent et nourrissent les précarités. Derrière le paysage transcendant, un espace vide pour tous ceux qui subissent l'isolement sous toutes ses formes. Isolement social, relationnel, jamais comblés, toujours latent le temps d'une vie presqu'îlienne.

La population baisse dans le désert économique. Aucun désert ne sait satisfaire tous les appétits de vie et le droit légitime de vivre son essor personnel.

Constats :

La contestation qui s'affiche!

Saisonniers

Taxe d'habitation des résidences secondaires tendues

Crise du logement social

Panneaux à l'envers

Opposition municipale

Achat vente de terrains communaux

Carte scolaire

Arabie Pétrée

WC à complications

Noyades

VTT bowling

L'insupportable CharançonLitage sédimentaireTerres vaines et vagues Chapelle St Nicolas bâtiment militaire – Cale de St Nicolas, symbole de misère – Le détecteur de métaux : usages et interdictions – Un agave envahissant ou pas ? – Intégration des résidences : urbanisme – La visite de la presqu'île de Crozon par Camille VallaudSaint Norgard oublié – Pierre Profonde bombardée – Hagiotoponymes de la presqu'île de Crozon – Risque de pollution bactériologiquePorte-conteneurs à l'ancre – Le bilinguisme routier plein de surprises – Lister les boiteux et les idiots ! – Les inquiétudes de la carte scolaire – 1944 US + FFI/FFL contre les postes avancés allemands – Le canon belge antichar de "carrefour" – Toul ar Stang le hameau des orphelins – Munition FX – WW2 : Russes blancs à Toul ar Stang – La chapelle St Michel de Tromel – La station météo de la BAN – La chapelle de Trovéoc – La Route Neuve – Usages de la prière prônale – Le cimetière de Crozon – Les pierres tombales de noblesse – Les troncs des pauvres – Temples druidiques – Un tronçon d'un ancien Grand Chemin en Argol – Kergoff : vie et mort d'un hameau oublié

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